Violence conjugale: «voyez ce qui est arrivé à ma mère», avertit Louisa Paningayak

Égoportrait de Kataluk Paningayak (à gauche) et de sa fille Louisa Paningayak
Photo: Louisa Paningayak Égoportrait de Kataluk Paningayak (à gauche) et de sa fille Louisa Paningayak

Louisa Paningayak vit un cauchemar depuis qu’elle a appris que la mort de sa mère, survenue jeudi dernier, pourrait être le huitième féminicide en autant de semaines au Québec. Il y a deux ans, elle l’avait secourue alors qu’elle se faisait battre par son conjoint, retrouvé jeudi, lui aussi sans vie à ses côtés.

« La dernière fois que je lui ai parlé, c’était le 18 mars, elle m’a demandé de lui payer un billet d’avion vers Salluit, mais je n’avais pas assez d’argent, je regrette tellement », témoigne depuis Toronto Louisa Paningayak, une des filles de Kataluk Paningayak.

Son corps et celui de son conjoint Peter Ainalik ont été retrouvés jeudi dernier dans une résidence de Ivujivik, un village nordique du Nunavik. « Le décès des deux personnes a été constaté sur place. Aucune hypothèse n’est écartée », indique Nancy Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec. La thèse du meurtre suivi d’un suicide est notamment étudiée.

Louisa Paningayak a été témoin de la violence de Peter Ainalik en mars 2019. « Je l’ai surpris en train de la battre. J’étais tellement en colère. J’ai réussi à l’arrêter, mais il a crié qu’il allait chercher son arme », se souvient-elle. « Nous sommes parties nous cacher dans une autre maison parce qu’on avait peur. Cette fois-là, elle a porté plainte. »

L’homme de 44 ans, qui traînait un lourd passé criminel, avait reconnu s’être livré à des voies de fait contre Kataluk Paningayak. Il avait écopé d’une peine de 709 jours de détention, selon des documents de cour.

À sa sortie du centre de détention, l’an dernier, l’homme a renoué avec sa mère, raconte Louisa Paningayak. « Je supplie toutes les femmes dont le conjoint est violent de le laisser. Votre vie est importante, voyez ce qui est arrivé à ma mère, vous ne voulez pas que ça vous arrive », insiste-t-elle.

Elle se souviendra de sa mère comme une femme adorée de son entourage. « C’était une femme qui se souciait de tous et surtout de ses six enfants », dit-elle.

Morts violentes

Au cours des dernières semaines, ce sont les vies de huit femmes qui ont été emportées dans la violence.

Le 5 février, le corps d’Elisapee Angma, 44 ans, a été retrouvé à Kuujjuaq. Son ex-conjoint, qui avait été libéré sous caution deux semaines plus tôt, s’est enlevé la vie peu après. Le 21 février, Marly Édouard était assassinée d’une balle dans la tête à Laval. La femme de 32 ans, qui se serait retrouvée dans un triangle amoureux, avait appelé le 911 deux jours plus tôt, disant avoir reçu des menaces de mort.

Le 23 février, Nancy Roy, 44 ans, était poignardée à Saint-Hyacinthe. Son ex-conjoint a été accusé de meurtre non prémédité. Le 2 mars, Myriam Dallaire, 28 ans, et sa mère, Sylvie Bisson, 60 ans, perdaient toutes les deux la vie aux mains de Benjamin Soudin, l’ex-conjoint de Myriam, accusé de meurtres non prémédités.

Le 19 mars, Nadège Jolicœur était retrouvée poignardée. La femme de 40 ans et son conjoint ont succombé à des blessures à l’arme blanche. Le 20 mars, Rebekah Harry était transportée à l’hôpital après avoir été rouée de coups. Elle a succombé à ses blessures et son conjoint, Brandon McIntyre, a été accusé de meurtre.

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