La surenchère menace les prix des loyers à Montréal

L’image a fait le tour des réseaux sociaux. Des dizaines de personnes font la queue dans Verdun pour visiter un 4 et demie avoisinant les 1000 $ par mois. « Symbole » de la crise du logement à Montréal selon certains, cette pression sur les propriétaires pousse le prix des loyers vers le haut.

La saison de recherche de logements débute à peine, alors « des files comme ça, on va en voir des bien plus grosses, des bien plus longues, des bien plus décourageantes », souffle le porte-parole du regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, Maxime Roy-Allard. Autour de lui, il dit constater « de plus en plus » de cas de surenchères.

C’est que, devant une demande si forte, certains aspirants locataires négocient un prix plus élevé dans l’espoir de signer le bail convoité.

« Je comprends les gens de vouloir faire ça, dit Maxime Roy-Allard. Les gens sont désespérés, ils veulent absolument un logement en particulier. Mais, ça a des conséquences importantes, parce que ça encourage les propriétaires à demander plus et ça défavorise systématiquement les locataires à plus faibles revenus qui ne peuvent offrir un tel moment. » Cette surenchère « contribue vraiment à la flambée des prix », fait-il savoir.

La pratique se situe dans une zone légale grise, explique Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU. L’augmentation peut être abusive aux yeux du Tribunal administratif du logement, mais lorsqu’elle est acceptée par les deux parties, la justice n’a guère de recours. « Quand le loyer est augmenté comme ça, par exemple de 100 $ par une surenchère, c’est très difficile d’agir. Les nouveaux locataires signent le bail en acceptant cette hausse-là, donc on ne peut pas dire que c’est une hausse abusive. On ne peut pas dire que c’est illégal. »

Pas illégal donc selon elle, mais plutôt immoral, car « ça laisse en plan la majorité qui n’ont pas les moyens de surenchérir ». En fin de compte, lorsque des dizaines de personnes attendent en file, « ça devrait être premier arrivé premier servi ».

Cette crise-là n’est pas prise au sérieux et il n’y a pas de réponse politique suffisante

Accepter une surenchère « n’est pas une bonne idée », convient le porte-parole de l’Association des Propriétaires du Québec, Martin Messier. « Ça peut avoir l’air alléchant, mais souvent ça cache anguille sous roche. »

« Même si un locataire proposait de signer à un plus fort tarif, le propriétaire pourrait se voir introduire une demande au tribunal administratif du logement et le loyer pourrait être rabattu au plus bas payé. » Selon M. Messier, il vaut mieux choisir son locataire « en fonction de leur capacité de respecter non seulement le prix du loyer, mais aussi de respecter les autres locataires. » Et puis, mieux vaut planifier des visites virtuelles que de créer une file d’attente dans la rue, note-t-il.

Partout au Québec

Véronique Laflamme sonne l’alarme sur une surenchère qui pourrait gagner toute la province. « Encore ce matin, en Abitibi, on entendait parler de 20 demandes pour un logement à louer », s’indigne-t-elle. « On a vu un 4 et demie à 1000 $ à Rimouski. » Sur l’île de Montréal, l’augmentation des prix du loyer entre 2019 et 2020 se chiffre à 4,6 %, la plus forte hausse depuis 2003.

« Les constructions neuves, les rénovictions et l’effritement du nombre de logements abordables expliquent cet emballement, avance Véronique Laflamme pour qui l’image virale de Verdun constitue un « symbole » de la crise du logement. « Derrière cette file, il y a le sort de tous ceux qui n’auront pas le logement et de tous ceux qui ne pourront pas se payer le logement. Cette crise-là n’est pas prise au sérieux et il n’y a pas de réponse politique suffisante. »

Martin Messier, lui, n’observe pas de surchauffe dans le marché locatif. « Je ne dirais pas qu’on dépasse l’année dernière. » Il s’inquiète davantage du taux d’inoccupation au centre-ville, où la proportion d’unités disponibles est passée de 0,6 % en 2019 à 2,6 % en 2020, conséquence de la pandémie. « Surtout au centre-ville, on a hâte de voir les étudiants revenir. Les propriétaires qui ont un mix commercial-logement ont hâte de voir le centre-ville revivre.

 

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