L'adolescente était-elle présente la nuit du meurtre de Jaël Cantin?

Le meurtre de Jaël Cantin est survenu le 16 janvier 2020 à Mascouche.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le meurtre de Jaël Cantin est survenu le 16 janvier 2020 à Mascouche.

L’avocat de Benoit Cardinal a suggéré que l’adolescente avec qui l’accusé avait développé un lien de confiance se trouvait dans la maison familiale de Mascouche la nuit où Jaël Cantin est décédée. Cette déclaration choc a été lancée mardi à la fin de la 4e journée du procès de M. Cardinal pour le meurtre prémédité de sa conjointe.

« Je vous suggère que vous aviez peur que le contenu de la tablette permette aux policiers de savoir que vous étiez présente chez Benoit Cardinal quand sa femme est morte », a soutenu Me Louis-Alexandre Martin à l’endroit de l’adolescente, qui était âgée de 16 ans au moment du drame.

« Pardon ? » a répondu la jeune femme, dont une ordonnance de non-publication nous empêche de divulguer l’identité. « Je vous suggère effectivement que c’était ça, votre crainte. Je vous suggère que c’est le contenu de la tablette qui vous fatiguait », a ajouté l’avocat lors du procès qui se tient devant jury.

La juge Johanne St-Gelais, de la Cour supérieure, a annoncé peu après ce coup de théâtre que le procès, qui se tient au palais de justice de Joliette, serait suspendu jusqu’au lendemain.

La jeune témoin avait expliqué plus tôt dans la journée qu’elle avait demandé à un ami, peu après le meurtre, de réinitialiser le contenu d’une tablette que Benoit Cardinal, 34 ans, lui aurait donnée quelques jours avant le drame. « Quand j’ai appris [le meurtre], je me suis mise à paniquer », avait-elle dit. L’adolescente — qui avait développé un lien de proximité avec l’accusé lorsqu’elle habitait dans le centre jeunesse de Laval où le suspect travaillait à titre d’éducateur — dit avoir un trouble d’anxiété et un trouble de personnalité limite qui lui font imaginer les « pires scénarios ». « J’ai eu peur », a-t-elle affirmé.

« Dans ma tête, je me suis dit : pourquoi il m’a donné sa tablette ? C’est pas parce que je voulais effacer des preuves ou que j’avais quelque chose à cacher », avait-elle assuré.

Tout au long du contre-interrogatoire serré mené mardi par Me Louis-Alexandre Martin, celui-ci a cherché à mettre la crédibilité de la jeune témoin en doute. Mise devant certaines de ses contradictions, l’adolescente a notamment admis avoir dit « sa vérité » aux enquêteurs, lors de déclarations faites à la police après le meurtre de Jaël Cantin survenu le 16 janvier 2020. « Je n’allais pas bien. Je n’étais pas sous médication, a-t-elle dit. […] C’était vraiment stressant [l’adolescente était en fugue à ce moment-là]. C’est sûr qu’il y a des choses que je peux pas me souvenir et que je me mélange. »

« Il voulait tuer sa femme »

Lors de l’interrogatoire mené en matinée par la procureure de la Couronne, Me Caroline Buist, l’adolescente avait raconté que Benoit Cardinal lui avait dit à plusieurs reprises qu’elle ferait une bonne mère pour ses enfants.

« Il me disait qu’il voulait tuer sa femme pour que moi et lui, on ait une belle vie », a-t-elle dit. L’accusé laissait également entendre à l’adolescente qu’ils pourraient s’enfuir tous les deux, a-t-elle raconté. « Il me disait qu’il pourrait partir avec moi dans une autre province et laisser Jaël et ses enfants là. »

Quelques jours avant le meurtre de Jaël Cantin, 33 ans, l’adolescente serait allée dans la résidence familiale pendant que la mère de six enfants était encore au travail.

« Benoit m’a dit de tenir un instant [un bébé] parce qu’il voulait faire autre chose. Elle pleurait pas. Quand il est revenu, il m’a dit : “Wow, c’est rare qu’elle fasse ça, d’habitude elle part à pleurer. Je suis sûre que tu serais une bonne mère pour mes enfants” », a-t-elle rapporté devant le jury.

Lundi, le jury avait visionné une vidéo d’un interrogatoire mené le 21 février par un enquêteur avec la jeune témoin. Celle-ci racontait que Benoit Cardinal lui avait fait part de trois plans pour tuer Jaël Cantin : faire croire à un suicide, la pousser dans les escaliers ou feindre une violation de domicile.

Lorsqu’elle a appris qu’un meurtre avait été commis à Mascouche, et que la thèse de la violation de domicile était étudiée, l’adolescente dit s’être effondrée par terre. « Je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps. […] C’est là que j’ai cliqué que Benoit avait fait ses plans. »

Benoit Cardinal a plaidé non coupable à l’accusation de meurtre prémédité. Le procès devrait durer six semaines. Le jury entendra mercredi la suite du contre-interrogatoire de l’adolescente.

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