Une trentaine de cours de francisation reportés

En cours à distance, les familles s’évitent les coûts de garderie et la logistique compliquée du transport pour pouvoir assister à un cours dans un organisme de francisation.
Photo: iStock En cours à distance, les familles s’évitent les coûts de garderie et la logistique compliquée du transport pour pouvoir assister à un cours dans un organisme de francisation.

Une trentaine de cours de francisation n’ouvriront pas à la session du printemps débutant la semaine prochaine, faute d’enseignants, a appris Le Devoir. Ce sont plus de 600 immigrants à travers le Québec qui se retrouvent sur une liste d’attente pour suivre les cours coordonnés par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), certains l’étant depuis au moins deux sessions déjà.

Selon un sondage du Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ), qui a reçu jusqu’ici les réponses d’une quarantaine de ses membres, ce sont 32 groupes-cours, surtout de niveau débutant, qui n’ouvriront pas le 6 avril prochain. Il calcule qu’à 20 personnes par groupes-cours, 640 immigrants ne peuvent pas commencer à se franciser. Et ce nombre pourrait encore augmenter puisque des organismes attendent toujours une réponse du MIFI.

« Le ministère nous dit qu’il ne peut pas répondre à la demande par manque d’enseignants. […] On nous dit que c’est parce que les profs sont fatigués de travailler à distance et qu’ils préfèrent à la rigueur sauter une session et ne pas travailler », explique Carlos Carmona, le directeur du ROFQ.

Le Carrefour d’intercultures de Laval confirme que deux groupes de débutants n’ont pas pu ouvrir à la session dernière et que le même scénario se répète pour ce printemps. « Ils étaient en attente et ils ont été refusés de nouveau », a dit la responsable de la francisation, Rabab Marta.

Pénurie aggravée par la COVID-19

Selon elle, la pénurie d’enseignants s’est aggravée pendant la pandémie, en raison de la plus forte demande, sans doute liée au fait que les cours à distance en ont intéressé plusieurs. Elle constate aussi que, parallèlement, la perspective de donner des cours à distance a rebuté certains enseignants. « Je le vois parmi nos anciens profs qui étaient toujours prêts à nous dépanner. Ils ne sont plus là pour l’enseignement en ligne. Pour eux, c’est le double du travail. En plus des problèmes de connexion. »

Natalie Durocher, du Centre d’éducation populaire de l’Estrie, estime pour sa part qu’il n’est pas non plus facile d’enseigner en présentiel, les mesures sanitaires et le respect des 2 mètres exigeant une certaine gymnastique. « Avoir un groupe réparti dans deux espaces différents, ça demande au prof de se déplacer d’un local à l’autre. C’est toute une adaptation. Ça pourrait jouer sur la motivation des enseignants », dit-elle, en ajoutant qu’elle n’a pas encore reçu la réponse du ministère quant au nombre de groupes qu’il lui sera permis d’ouvrir.

Le directeur de Carrefour Solidarité Anjou, qui a essuyé un deuxième refus consécutif du MIFI pour l’inscription d’un groupe, remarque que la demande de francisation a dépassé l’offre depuis le début de la pandémie. « C’est dû à la facilité pour les gens de participer par Zoom », dit Gilles Provencher. En cours à distance, les familles s’évitent les coûts de garderie et la logistique compliquée du transport pour pouvoir assister à un cours dans un organisme de francisation. « On aimerait proposer au ministère une formule hybride en projet-pilote », a-t-il ajouté.

En juillet dernier, grâce à un investissement de 70 millions annoncé à l’été 2019, le gouvernement du Québec avait embauché 140 enseignants en francisation. Mais visiblement, cela n’est pas assez pour répondre à la demande actuelle, a soutenu M. Carmona. « On veut éviter qu’il y ait des listes d’attente. On aimerait que les groupes qui ne pouvaient pas ouvrir puissent commencer deux semaines plus tard dans l’éventualité où des professeurs se libéreraient ou seraient engagés par le ministère. »

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