Benoit Cardinal aurait confié à une adolescente qu’il souhaitait tuer sa conjointe

Dans la soirée ayant précédé le drame, le couple s’était fortement disputé, a relaté l’enfant. «Il avait trébuché dans les marches et elle pensait qu’il l’avait poussée.»
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Dans la soirée ayant précédé le drame, le couple s’était fortement disputé, a relaté l’enfant. «Il avait trébuché dans les marches et elle pensait qu’il l’avait poussée.»

Benoît Cardinal aurait confié à une adolescente qu’il souhaitait tuer sa conjointe et qu’il avait élaboré plusieurs plans pour parvenir à ses fins, selon le témoignage livré par la jeune fille à un enquêteur. Une partie de la vidéo de ce témoignage a été présentée au jury, lundi, au troisième jour du procès pour meurtre prémédité de Benoît Cardinal.

« Il m’a dit : “Je vais la tuer. Je vais la faire souffrir. Elle m’a tellement fait souffrir dans le passé” », a rapporté la jeune témoin. Une ordonnance de non-publication interdit la divulgation de l’identité des témoins mineurs.

L’adolescente séjournait dans le centre jeunesse où travaillait Benoît Cardinal à titre d’éducateur. Les deux entretenaient un « précieux lien de confiance », avait mentionné en début de procès la procureure de la Couronne, Me Caroline Buist.

Le matin précédant le meurtre de Jaël Cantin, l’accusé et l’adolescente se seraient parlé au téléphone. « Il a dit “Je vais faire en sorte qu’ils croient que c’est un suicide. Je vais la pendre après les escaliers. Sinon, j’ai deux autres options. […] Je vais faire en sorte de glisser dans les escaliers et de la pousser en même temps en bas […]. Ou je vais faire croire qu’il y a eu une invasion chez nous et je lui pète la tête sur le bord du lit. […] Et moi aussi, il va falloir que je sois blessé. »

L’accusé aurait dit à l’adolescente de ne pas appeler la police, puisqu’il ne passerait pas aux actes. « J’aurais pu empêcher ça […], a glissé la jeune fille. Je ne le prenais pas au sérieux. »

L’adolescente a également raconté avoir fugué du centre jeunesse quelques jours plus tôt. Benoît Cardinal venait de perdre son poste d’éducateur. L’accusé aurait alors amené l’adolescente chez lui, puis l’aurait fait dormir en plein hiver dans le coffre de sa voiture pour ne pas que sa conjointe la voie. Dès le lendemain, Benoît Cardinal aurait payé plusieurs nuits de motel à l’adolescente, a-t-elle rapporté.

La suite du témoignage de l’adolescente sera entendue mardi.

« Elle se faisait massacrer »

Plus tôt dans la journée, le jury avait visionné une vidéo d’une enfant qui racontait à un enquêteur avoir vu Jaël Cantin se faire assassiner dans sa chambre à coucher de la résidence familiale de Mascouche le 16 janvier 2020. « Elle était en petit bonhomme et elle se faisait massacrer », a mentionné l’enfant.
Celle-ci avait accouru dans la chambre que la victime partageait avec l’accusé, après avoir entendu Jaël Cantin crier à l’aide aux alentours de 3 h, le matin. « Quand j’ai ouvert la porte, [une personne] était en train de l’assassiner. […] Je suis la seule qui a vu ça. »

Dans la vidéo de l’interrogatoire mené par l’enquêteur dans les heures ayant suivi le meurtre, l’enfant dit avoir vu une troisième personne dans la chambre à coucher, en plus de Jaël Cantin et de Benoît Cardinal. La lumière était fermée, a-t-elle précisé.

Interrogée lundi matin au palais de justice de Joliette, la jeune témoin a corrigé cette version. « Tu n’es pas certaine d’avoir vu une troisième personne ? » l’a questionnée la procureure de la Couronne, Me Caroline Buist. « Non. […] Je suis certaine d’avoir vu deux personnes », soit Jaël Cantin et Benoît Cardinal, a répondu l’enfant.

Des enfants paniqués

Dans la soirée ayant précédé le drame, le couple s’était fortement disputé, a relaté l’enfant. « [Benoît Cardinal] avait trébuché dans les marches et [Jaël Cantin] pensait qu’il l’avait poussée. » Vendredi, un autre témoin d’âge mineur a raconté qu’après la bousculade, la victime aurait crié à l’endroit de son conjoint : « Tu aurais pu me tuer. »

Pendant une heure la nuit du meurtre, des enfants en panique se sont terrés dans une chambre à coucher de la résidence du chemin des Anglais, à Mascouche. « On avait peur. On pleurait. On entendait plein de gros boums », a relaté l’enfant qui a témoigné lundi.

En sortant de la chambre, des enfants ont vu Benoît Cardinal couché au sol, le visage ensanglanté et une débarbouillette pleine de sang à la main. Celui-ci aurait alors dit aux enfants d’aller chercher de l’aide.

Le procès, qui se déroule devant la juge Johanne St-Gelais de la Cour supérieure, devrait durer six semaines. La Couronne entend démontrer que Benoît Cardinal, 34 ans, a planifié et prémédité le meurtre de sa conjointe de 33 ans. Celle-ci est décédée d’un traumatisme à la tête causé par un objet contondant. Le couple, qui était ensemble depuis une quinzaine d’années, avait six enfants. L’accusé a plaidé non coupable.

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