Large consensus autour de la protection du français

Parlons d’un résultat clair à une question claire. À quelques jours du dépôt attendu d’un projet de loi qui doit réformer la Charte de la langue française, un sondage Léger mené pour Le Devoir montre que huit Québécois sur dix estiment que « la langue française a besoin d’être protégée au Québec ».

Les résultats du coup de sonde ne laissent place à aucune ambiguïté : le soutien est large, peu importe l’âge, le sexe ou la région habitée par les répondants. Le seul facteur qui a une réelle incidence dans la réponse est celui… de la langue parlée. Et malgré tout, 42 % des non-francophones ont répondu oui à la question.

« Sur le fond, à peu près tout le monde se reconnaît dans le consensus qui dit qu’il faut protéger le français, relève Christian Bourque, vice-président de la firme de sondage. Et ce qui mène à ce 81 % d’appui, c’est que le débat autour de la langue est devenu moins politisé — au sens partisan du terme — qu’il ne l’était avant. Au Québec, tous les partis peuvent s’entendre sur le principe, et ça permet plus facilement aux gens d’adhérer. »

Un tel niveau d’appui « ouvre une opportunité » d’agir pour les deux ordres de gouvernement, pense l’analyste. « Mais pour le gouvernement Legault, ça veut aussi dire une obligation de résultat », ajoute-t-il.

Le consensus qu’on voit avec le sondage actuel ne porte pas sur les moyens à déployer pour protéger le français. Or, les divisions arrivent quand on demande aux gens comment on devrait procéder. Sur les moyens, il y a une réelle bataille.

Le sondage demandait à quel ordre de gouvernement les répondants font « le plus confiance pour adopter des mesures efficaces de protection pour protéger la langue française au Québec ». La réponse est là aussi sans équivoque : 81 % ont choisi Québec. Quelque 12 % de tous les répondants (même s’ils avaient répondu que le français n’a pas besoin d’être protégé) ont de leur côté indiqué qu’ils font davantage confiance au fédéral pour gérer cet enjeu.

Ce dernier a toujours été débattu à l’Assemblée nationale. Mais récemment, le gouvernement Trudeau a promis de déposer d’ici la fin 2021 un projet de loi visant à mieux protéger le français au Québec et au pays — par exemple dans les entreprises privées relevant de la compétence fédérale.

Les jeunes aussi ?

Un résultat étonne lorsqu’on décortique le sondage : 83 % des 18-34 ans ont en effet répondu que oui, la langue française doit être protégée.

 

Pourtant, en novembre 2020, un sondage Léger réalisé pour Le Journal de Montréal disait que 58 % des répondants de ce même groupe d’âge ne jugeaient pas important de se faire aborder en français dans les boutiques du centre-ville de Montréal. Et puis, en septembre dernier, un autre sondage Léger (mené cette fois pour la Fondation Lionel-Groulx) indiquait que seulement 46 % des 18-34 ans se disaient « préoccupés par la situation du français au Québec » (contre près de 75 % pour 55 ans et plus).

Comment expliquer les écarts apparents entre l’automne et maintenant ? « Le consensus qu’on voit avec le sondage actuel ne porte pas sur les moyens à déployer pour protéger le français, dit Christian Bourque. Or, les divisions arrivent quand on demande aux gens comment on devrait procéder. Sur les moyens, il y a une réelle bataille. »

Le sondage de septembre était révélateur à cet égard. Les deux tiers des répondants disaient que le gouvernement du Québec devrait adopter ou renforcer des lois pour améliorer la situation du français. Mais quand on leur soumettait des mesures précises, le taux d’adhésion variait grandement.

 

Les mesures les moins populaires : financer les services publics en anglais en fonction de la proportion de la population anglophone du Québec (54 %), et réserver la fréquentation des cégeps anglophones aux étudiants ayant fait leur secondaire en anglais (47 %). À l’inverse, l’idée d’assurer un financement nécessaire pour la francisation obtenait un fort appui (80 %).

Protéger l’anglais

Le coup de sonde actuel demandait aussi aux répondants si, selon eux, la « langue anglaise a besoin d’être protégée au Québec ? ». Les résultats sont ici inversés : 75 % des répondants ont répondu « non », alors que 22 % pensent que oui. C’est dans la région de Montréal (31 %) que le niveau d’appui est le plus élevé.

De la même manière, c’est au gouvernement fédéral que les gens font le plus confiance pour adopter des mesures efficaces de protection de la langue anglaise (57 %, alors que 24 % ont répondu Québec). La Loi fédérale sur les langues officielles prévoit notamment l’épanouissement des minorités francophones (hors Québec) et anglophones (au Québec).

Le sondage a été réalisé en ligne entre le 19 et le 21 mars auprès de 1002 répondants. On ne peut attribuer de marge d’erreur officielle aux sondages menés par panel Web, mais un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 %, dans 19 cas sur 20.

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10 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 29 mars 2021 05 h 38

    La complète maîtrise

    Le meilleur moyen de vraiment nous assurer de protéger le fait français, langue et culture au Québec, était et reste encore l'indépendance d'un État maître de ses décisions comme de ses destinées.

    Tant que les gens et les entreprises de l'étranger arriveront au Canada avant de s'installer ici, il y aura toujours un risque de dérapage vers l'anglais parce qu'il n'y aura rien de si clair que ça pour eux comme pour elles.

    Mais aussi et surtout, nous devons tous et toutes comprendre qu'une langue et une culture ce doit être intrinsèquement une fierté populaire que l'on porte en nous face au monde entier, peu importe d'où on vient pour vivre au Québec.

  • Robert Morin - Abonné 29 mars 2021 07 h 34

    Est-ce bien «rassurant»?

    Dommage, j'aurais aimé pouvoir commenter directement cet autre article sur la «polémique du franglais». En effet, ce résultat de sondage peut sembler rassurant, mais quand je lis des déclarations comme celles de Mme Saldago qui affirme, en parlant de l'envahissement de l'anglais dans le secteur de la chanson : «Et on a beau chialer autant qu’on veut, on ne mettra pas un frein à ça.», je me dis qu'il n'y a pas meilleure illustration d'une démarche d'assimilation totalement assumée. Quand on a les lunettes tellement roses qu'on a le culot de poser la question «Quelle menace?» ou encore de laisser entendre que Robert Charlebois et Michel Tremblay ont mené le même combat que Muzion et les Dead Obies, alors je me dis qu'il manque de gros morceaux au puzzle ou bien que l'on veut jouer à l'autruche. Charlebois et Tremblay ont mené le combat d'affirmation de notre propre langue et de notre propre culture jusque-là colonisée et cachée sous le concept chimérique de «français international». Or, je suis convaincu que ni Muzion, ni les Dead Obies n'en ont le moindrement à cirer à ce chapitre. Il n'y a qu'à regarder ce qui se passe du côté de la «seule province officiellement bilingue au Canada» (le Nouveau-Brunswick), ou à écouter la chanson «Income Tax» du P'tit Belliveau pour comprendre que cette présence massive de l'anglais, bref le franglais est effectivement un important révélateur d'une assimilation galopante. On peut bien se voiler la face et tenter de faire du déni, mais c'est la triste et limpide réalité. Et puis, il faudra bien aborder aussi le rôle déterminant des GAFAM, véritables têtes de pont de cet envahissement par la monoculture anglophone sur l'ensemble de la planète, pas juste au Québec.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 29 mars 2021 15 h 02

      Ce qui est pathétique et paradoxal c’est que la SEULE province officiellement BILINGUE du Canada, le Nouveau-Brunswick, est gouvernée par un PM Conservateur, qui en est à son 2ème mandat et qui est UNILINGUE anglophone!!!

  • Claudette Bertrand - Abonnée 29 mars 2021 08 h 05

    Il est plus que temps d'agir...

    Quand 31% de montréalais estiment qu'il faur protéger la langue anglaise, le constat est clair. Nous avons besoin de tuer dans l'oeuf la bilinguisation systémique qui fait son oeuvre dans la seule métropole française d'amérique.
    Comme l'a dit si poétiquement Péloquin « Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez! ».

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 29 mars 2021 08 h 24

    Je travaille dans Griffintown, un monde anglophone parallèle..du vieux port au marché Atwater, des quartiers entiers sont devenus des chics gettos de jeunes anglophones très branchés et éduqués qui baragouinent le français.
    Complètement étanche à la culture québécoise, ils parasitent notre géographie pour leur propre intérêt sans aucun égard à notre culture, profitant de tout les bienfaits dans un irrespect un peu gênant mais assumé.

    Si Legault ne veut pas faire l'indépendance qu'il impose au moin la loi 101 jusqu'à l'université et un cour de culture populaire québécoise à chaque session qu'importe le programme.
    Pour moi, un ne va pas sans l'autre, parce que ça ne fait aucun sens d'être né quelque part sans pouvoir énumérer au moin quelques personnages artistiques, politiques, culturelles..À part Celine Dion

    Pour développer l'intérêt pour le français, il faut déjà connaître son histoire, les grands personnages qui l'ont défendu et porté ainsi que le trésor culturel qui en découle.

    Éduquons les génerations à venir à Montréal en particulier puisqu'ils ne démontrent aucun intérêt naturel et non pas le respect inné nécéssaire à une bonne intégration..

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 mars 2021 12 h 01

    L’Académie française protège la langue française. L’État doit protéger les _locuteurs_ francophones

    Il ne peut y avoir de politique linguistique sensée au Quebec, qu'une politique qui garantit aux quatre millions de Québécois unilingues français — la moitié du Québec selon le dernier recensement — d'être chez eux partout dans leur propre pays.

    Ce qui veut dire punir sévèrement la discrimination à l'embauche exercée contre eux. Sauf lorsque la nature du poste l'exige.

    Ce qui veut dire le pouvoir de destituer tout serviteur de l'État (y compris les juges en chef) qui veulent obliger toutes les personnes sous leur autorité à être bilingue.

    L'unilinguisme anglais n'a jamais empêché quelqu'un de faire carrière dans les provinces anglophones. L'inverse doit être vrai au Québec.

    • Robert Morin - Abonné 29 mars 2021 17 h 37

      Vus avez parfaitement raison. Et personnellement, j'aimais bien ce principe de la réciprocité que mettait de l'avant le premier gouvernement Lévesque, c.-à-d. accorder à la minorité anglophone du Québec l'équivalent EXACT de ce qui est offert aux minorités francophones hors Québec. Ça replaçait tout dans une perspective claire et équitable... et ça renvoyait aux Rest of Canada un image fidèle de leur intolérance et de leur attitude de colonisateurs.