Un autre été sous le signe de la piétonnisation à Montréal

L’an dernier, la SDC de l’avenue du Mont-Royal avait fermé l’artère tout l’été à la circulation automobile, un pari risqué compte tenu de l’ampleur du projet et du peu de temps accordé pour le mettre en place. La SDC compte répéter l’expérience cette année, mais a pris soin de sonder ses membres pour connaître leur opinion.
Photo: Adil Boukind Le Devoir L’an dernier, la SDC de l’avenue du Mont-Royal avait fermé l’artère tout l’été à la circulation automobile, un pari risqué compte tenu de l’ampleur du projet et du peu de temps accordé pour le mettre en place. La SDC compte répéter l’expérience cette année, mais a pris soin de sonder ses membres pour connaître leur opinion.

Alors que le printemps fait mine de s’installer pour de bon, des commerçants des quatre coins de la métropole se préparent à aménager leurs artères pour l’été. La Ville de Montréal a reçu 14 projets de piétonnisation cette année, signe que cette formule gagne du terrain en temps de pandémie.

L’an dernier, alors que la première vague de la pandémie frappait le Québec, l’administration de Valérie Plante avait déployé un plan estival, un peu dans la catastrophe, afin d’aménager des voies actives sécuritaires (VAS) et de piétonniser certaines artères dans le but de faciliter les déplacements et d’assurer le respect des règles de distanciation.

Un an plus tard, les projets de piétonnisation refont surface. À la différence de l’an dernier, la Ville a réservé 4 millions de dollars pour donner un coup de pouce aux sociétés de développement commercial (SDC). Certaines précautions ont aussi été prises. La Ville a exigé des regroupements de commerçants désireux de piétonniser leur artère qu’ils obtiennent l’assentiment d’une majorité de leurs membres avant d’aller de l’avant.

Les projets de piétonnisation déployés en 2020 ont-ils été bénéfiques ? « Globalement, les piétonnisations de l’an dernier ont été une expérience profitable », avance Billy Walsh, président de l’Association des SDC de Montréal. « Il a été démontré que, de façon générale, les artères qui ont été piétonnières s’en sont un petit peu mieux tirées que les artères qui ne l’étaient pas. »

Globalement, les piétonnisations de l’an dernier ont été une expérience profitable. Il a été démontré que, de façon générale, les artères qui ont été piétonnières s’en sont un petit peu mieux tirées que les artères qui ne l’étaient pas.

 

La Ville a réalisé plusieurs sondages et études, mais n’a pas voulu les rendre publics, car elle estime que certaines données devront être approfondies. « Les données ne sont pas assez complètes pour tirer des conclusions définitives », soutient Luc Rabouin, responsable du développement économique au comité exécutif et maire du Plateau-Mont-Royal. « Mais on a quand même vu que les piétonnisations ont eu un impact positif sur le chiffre d’affaires des commerçants. Il n’y a pas eu de catastrophe. »

L’élu croit que le dépôt de 14 projets de piétonnisation dans sept arrondissements témoigne d’un certain engouement pour cette formule. Billy Walsh soutient que les études réalisées par la Ville ont tout de même démontré, de façon très claire, que les citoyens « ont adoré » les projets de piétonnisation. Du côté des commerçants, le constat est plus nuancé, admet-il.

Des commerçants partagés

Si les restaurateurs et les propriétaires de bars ont apprécié l’expérience, les propriétaires de commerces de détail et de service ont été divisés, dit-il. « Il y a des salons de coiffure qui nous ont dit : “C’est génial, on veut que ça revienne l’année prochaine”. À l’inverse, d’autres nous ont dit qu’ils ne souhaitaient pas que les rues piétonnes reviennent parce que leur clientèle ne pouvait pas se rendre à leur commerce », explique M. Walsh.

L’an dernier, la SDC de l’avenue du Mont-Royal avait fermé l’artère tout l’été à la circulation automobile, un pari risqué compte tenu de l’ampleur du projet et du peu de temps accordé pour le mettre en place. La SDC compte répéter l’expérience cette année, mais a pris soin de sonder ses membres pour connaître leur opinion.

La consultation menée par la firme BRAC auprès de 80 des 400 commerçants a permis de recenser les problèmes vécus l’an dernier et de souligner les points forts à valoriser pour l’avenir. Plusieurs idées ont émergé de cette réflexion. Au rayon des éléments positifs, les commerçants ont cité la diversité de l’offre commerciale et les prestations musicales, qui ont contribué à l’ambiance festive de la rue. Parmi les points négatifs, notons la circulation automobile difficile et la cohabitation ardue entre les cyclistes et les piétons.

« On a voulu mettre nos membres à contribution pour améliorer le projet. L’étude économique ne démontre pas, hors de tout doute, que ce fut un succès économique l’an dernier, mais les données indiquent un grand taux de satisfaction des usagers et une augmentation des visites à mesure que la saison avançait », explique Claude Rainville, directeur général de la SDC de l’avenue du Mont-Royal. « On pense qu’il y a suffisamment de points positifs pour que ça vaille la peine de prolonger l’expérience. »

Refus de certains quartiers

Dans Rosemont–La Petite-Patrie, aucun projet n’avait vu le jour l’an dernier après la controverse entourant la piétonnisation proposée par le maire François Croteau dans la Petite-Italie.

Cette année, la SDC de la Promenade Masson comptait bien proposer un projet de piétonnisation hybride en fermant une des deux voies de circulation automobile. Elle a cependant dû changer ses plans à la dernière minute en raison des risques d’effondrement du clocher de l’église Saint-Esprit-de-Rosemont, constatés le 22 février dernier, qui ont nécessité le déploiement d’un périmètre de sécurité empiétant sur la rue. La SDC a proposé un concept de places piétonnes dans certaines rues transversales à l’occasion d’un projet baptisé « Destination les Quais Masson ».

Ce changement de plan n’altère pas l’enthousiasme de Kheir Djaghri, directeur général de la SDC de la Promenade Masson. « On a tiré parti d’un handicap pour proposer un nouveau concept de piétonnisation. Si ce projet-pilote est concluant, on souhaite que ça puisse revenir dans les années ultérieures. Ça pourrait même inspirer d’autres artères commerciales qui n’ont pas la possibilité, pour diverses raisons, de piétonniser leur rue. »

Dans Hochelaga-Maisonneuve, l’idée avancée par l’arrondissement de piétonniser la rue Ontario entre le boulevard Pie-IX et la rue Nicolet sept jours sur sept pendant l’été ne fait pas l’unanimité chez les commerçants.La SDC Hochelaga-Maisonneuve soutient que seulement 6 % de ses membres appuient cette formule et qu’une piétonnisation sur 4 jours sur 7 serait préférable.

« On sait que les citoyens ont apprécié la piétonnisation en 2020. La rue était fermée. Les gens pouvaient se promener, et c’est agréable, mais cela a eu une incidence sur plusieurs de nos commerçants, de façon positive pour certains, mais de façon négative pour d’autres », indique Jimmy Vigneux, directeur général de la SDC Hochelaga-Maisonneuve. « On l’a vécu l’an dernier. Souvent, les lundi, mardi et mercredi, la rue est presque déserte toute la journée. Les commerçants ont perdu des centaines, voire des milliers de dollars chaque jour. Les livraisons étaient complexes. » Une décision devrait être rendue lundi à ce sujet.

Plusieurs SDC qui n’avaient pas piétonnisé leur artère l’an dernier n’envisagent pas de le faire cette année non plus. C’est le cas de la Promenade Fleury et de l’avenue Laurier Ouest.

En revanche, celles qui le font cette année pourraient être tentées de répéter l’expérience à l’avenir, une fois la pandémie terminée. « Cette année, ça va être un test vraiment intéressant, note Billy Walsh. L’an dernier, les SDC avaient piétonnisé un peu dans l’urgence sous l’impulsion des mesures sanitaires. Là, on a pris du recul. On a appris de nos erreurs. Je pense qu’on va avoir des projets beaucoup plus solides. »

À voir en vidéo