En Alberta aussi, les variants gagnent du terrain

Le ministre de la Santé de l’Alberta, Tyler Shandro, a annoncé en début de semaine le maintien des restrictions sanitaires.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Le ministre de la Santé de l’Alberta, Tyler Shandro, a annoncé en début de semaine le maintien des restrictions sanitaires.

L’Alberta a décidé de faire marche arrière en ce qui concerne sa stratégie de relance économique, en retardant la réouverture de certaines entreprises au grand public. Les cas d’hospitalisation en raison de la COVID-19 augmentent et la propagation des variants s’accélère dangereusement.

« La province n’a pas rempli tous les critères requis pour assouplir davantage les restrictions », a déclaré lundi le ministre de la Santé de l’Alberta, Tyler Shandro.

Cette nouvelle en a découragé plus d’un, notamment Ellis Jacob, président et directeur général de Cineplex Canada. « C’est une nouvelle dévastatrice pour plus d’un millier d’Albertains qui constituent notre main-d’œuvre dans nos 19 cinémas de la province et qui sont tous actuellement sans emploi », a-t-il dit mardi, non sans inquiétude, dans un communiqué.

Si l’appréhension se fait sentir à propos du maintien des restrictions sanitaires et de son incidence sur l’économie, la propagation du variant et son taux d’infection inquiètent tout autant, voire plus encore. 

Arrivée du variant brésilien

Mercredi, l’Alberta a répertorié, en 24 heures, 202 nouveaux cas de variants du virus, qualifiés de « hautement contagieux » par la médecin hygiéniste en chef, la Dre Deena Hinshaw, lors d’un point de presse.

Cette dernière a non seulement abondé dans le sens du ministre de la Santé en ce qui concerne le report de la phase 3 du relâchement des restrictions, mais elle a aussi annoncé la possibilité de restrictions « supplémentaires et nécessaires », afin de ralentir la propagation des variants.

Actuellement, la province compte 7077 cas actifs et répertorie 2626 cas de variants. Apparemment, leur propagation complique déjà le travail des médecins dans certains hôpitaux de la ville d’Edmonton, qui appliquent de nouveaux protocoles pour limiter le taux d’infection.

« C’est vrai, les hôpitaux d’Edmonton essaient de séparer les patients atteints des différentes souches du virus », explique au Devoir Noël Gibney, coprésident du comité sur la réponse à la pandémie de l’Association des employés médicaux de la zone d’Edmonton. « Cela complique considérablement la gestion des unités COVID, car dans certains établissements, on s’efforce de loger ces patients dans des unités différentes, tandis que dans d’autres, ils sont dans la même unité. Le personnel soignant doit aussi changer son équipement de protection individuelle (gants, lunettes, chaussures de sécurité, combinaisons, gilets) entre chaque chambre, ce qui ajoute à la complexité et au temps », décrit-il.

Parmi les 2626 cas de variants, le variant anglais (B.1.1.7) reste prépondérant avec 2601 cas, contre 20 pour le variant d’Afrique du Sud (B.1.351) et 5 pour le variant brésilien de type (P.1).

Cependant, ce dernier variant fait craindre le pire auprès de spécialistes, comme le Dr Joseph Vipond, président du conseil d’administration de l’Association Canadienne des médecins pour l’Environnement et médecin urgentiste à Calgary.

Sur Twitter, il a partagé deux préoccupations majeures au regard de la situation : « Nouveau record, 202 nouveaux cas détectés en l’espace d’une journée et la propagation communautaire de 2 cas de type P1, le variant brésilien. Il s’agit d’un virus très dangereux qui sera très difficile à contenir. »

En effet, ce variant cause actuellement des dommages à grande échelle au Brésil, où la situation sanitaire connaît un tournant dramatique. « Le variant P1 semble être extraordinairement transmissible, tout en étant plus susceptible de réinfecter les personnes qui avaient un COVID classique », a déclaré dans une entrevue à CTV, Jean-Paul Soucy, épidémiologiste spécialisé dans les maladies infectieuses à l’Université de Toronto.

En attendant, Malgorzata Gasperowicz, chercheur en biologie du développement à la faculté des sciences infirmières de l’Université de Calgary, travaille indépendamment sur les données de la COVID et des différents variants provenant de la base de données de Services de santé Alberta. « Le variant a changé la donne en raison de leur taux de propagation, lance-t-elle au Devoir. Depuis trois mois, ils augmentent de façon exponentielle ».

Selon ses calculs, le taux d’infection du variant britannique (B.1.1.7) a doublé depuis le 19 mars et risque de prendre le dessus sur le virus souche. « En cumulant l’ancienne souche et le variant, fin avril, nous pourrons atteindre 4000 nouveaux cas, par jour », prévient-elle. « Le variant brésilien est deux fois plus contagieux que le virus initial », redoute-t-elle. En date du 26 mars, 764 nouveaux cas ont été détectés dans les dernières 24 heures.

En Alberta, près de 94 347 personnes, sur une population totale d’environ 4,4 millions habitants, ont reçu leurs deux doses de vaccin.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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