Echeverria menacé d'arrestation pour une tuerie d'étudiants en 1971

Mexico — L'ancien président mexicain Luis Echeverria (1970-76) ainsi que deux hauts responsables de son régime attendaient hier une éventuelle arrestation pour leur responsabilité dans la répression sanglante d'une manifestation d'étudiants survenue le 10 juin 1971.

Ce jour-là, les forces de sécurité mexicaines, notamment un groupe paramilitaire dénommé «Les Faucons», ont tiré sur des milliers d'étudiants qui manifestaient dans les rues de Mexico, faisant plusieurs dizaines de morts et de blessés. D'autres, arrêtés, ont disparu.

Le sort de l'ex-président, de son ministre de l'Intérieur, Mario Moya Palencia, et du procureur général de la République, Julio Sanchez Vargas, est entre les mains du juge fédéral Jose Cesar Flores, qui a reçu jeudi un dossier d'accusation de 13 volumes préparé par le procureur spécial pour les Mouvements sociaux et politiques du passé (FEMOSPP), Ignacio Carrillo Prieto.

L'arrestation et le jugement de l'ancien président, âgé aujourd'hui de 82 ans, seraient une première dans l'histoire mexicaine, où, jusqu'à l'élection du président Vicente Fox, les actions portant atteinte aux droits de l'homme et mettant en cause les dirigeants du pays, de l'armée ou de la police n'étaient pas jugées.

La tuerie de juin 1971 a été l'un des événements les plus tragiques de la «guerre sale» (1965-1978), avec le massacre de la place Tlatelolco à Mexico en octobre 1968, avant les Jeux olympiques, et les disparitions d'opposants et de militants d'extrême gauche dans les années 70.

Le juge doit confirmer hier l'accusation de génocide, a indiqué l'avocat de Luis Echeverria, Juan Velázquez. Pour lui, «l'accusation de génocide est absurde, car ce qui s'est passé le 10 juin 1971 fut un affrontement armé». De plus, affirme-t-il, «les faits de génocide sont prescrits après 30 ans». Faux, répond le procureur Ignacio Carrillo. Les actes de génocide sont imprescriptibles, dit-il, en se basant sur une décision de la Cour suprême mexicaine prise en 2003, qui a autorisé l'extradition d'un militaire argentin, Ricardo Miguel Cavallo.

L'instruction du procureur Carrillo a débuté, il y a plus de deux ans, à l'instigation du président Vicente Fox, qui remplissait une promesse électorale faite aux dirigeants de la gauche l'ayant soutenu dans sa campagne.

L'arrestation et le jugement des responsables de la guerre sale pourraient conduire à une crise politique, à la fois avec le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir pendant 70 ans et aujourd'hui dans l'opposition, et l'armée. Ni le PRI, ni l'armée ne sont disposés à voir s'ouvrir une boîte de Pandore qui conduirait à d'autres jugements.

«Nous n'accepterons aucune tentative de l'État pour détruire ses adversaires politiques», a menacé le PRI dans un communiqué diffusé jeudi.

De nombreux responsables politiques et dirigeants de la société civile auraient préféré la création d'une commission de la vérité, comme en Afrique du Sud ou en Argentine, plutôt qu'un processus judiciaire pour analyser publiquement les événements et rendre justice aux victimes du passé.