Il faut construire un récit socioécologique commun

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Le projet LocoMotion a mis ses remorques à la disposition de l’organisme Cyclistes solidaires, qui regroupe des centaines de citoyens bénévoles assurant la livraison de paniers alimentaires à des gens vulnérables.
Laurent Lewis Le projet LocoMotion a mis ses remorques à la disposition de l’organisme Cyclistes solidaires, qui regroupe des centaines de citoyens bénévoles assurant la livraison de paniers alimentaires à des gens vulnérables.

Ce texte fait partie du cahier spécial Innovation sociale

La pandémie de COVID-19 a démontré notre formidable capacité à trouver des solutions innovantes pour le bien commun. Cette aptitude essentielle est à la fois le carburant et le défi des initiatives socioécologiques — orientées vers des objectifs de durabilité environnementale et de justice sociale — qui se multiplient à Montréal et dans nos régions. Mais comment ces actions se manifestent-elles dans une rue, un quartier ? Et comment les faire converger à l’échelle d’une ville ou de la province tout entière ?

Pour Bertrand Fouss, tout a commencé par un projet entre voisins pour aménager une ruelle dans Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal. « Nous avons progressivement pris confiance dans notre capacité d’action collective en tant que citoyens et citoyennes en menant des projets », dit celui qui a ensuite cofondé l’organisme à but non lucratif Solon, acteur de la transition socioécologique à Montréal.

De la ruelle au quartier

La mission de Solon : susciter et accompagner l’action citoyenne dans le déploiement de projets pour créer des milieux de vie conviviaux, solidaires et écologiques. Parmi les initiatives mises en place, il y a l’infrastructure de géothermie collective Celsius et LocoMotion, une solution de partage de divers véhicules (voitures, vélos…). Les deux projets ont été lancés dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie.

L’organisme a récemment déménagé avenue Beaubien dans Les Ateliers de la transition, un tiers-lieu de trois étages qu’il lui tarde d’inaugurer officiellement. « Les Ateliers jouent un rôle clé dans l’ancrage d’une communauté locale de transition », explique M. Fouss. En effet, à côté des bureaux d’organismes qui travaillent pour la transition, des espaces communs seront offerts aux citoyens pour des ateliers ou des échanges, notamment. Leur participation est un enjeu crucial pour Solon.

Faire converger les participations et les projets

Selon Bertrand Fouss, l’ancrage dans la participation citoyenne et la démocratisation est la plus grande fierté et le plus grand défi de Solon. « Nous pensons que cette question est la clé de la transition socioécologique aujourd’hui, ce qui nous amène à tester toute une série de processus d’appropriation », explique le cofondateur. Une tâche complexe, en particulier dans le contexte sanitaire actuel.

Dans le cadre de son premier laboratoire de transition écologique, lancé avec la Ville de Montréal dans Rosemont–La Petite-Patrie, Solon favorise les dialogues transversaux. « Nous avons monté un groupe appelé “Les transitionnaires” pour que les organismes qui travaillent à des initiatives de transition dans le quartier puissent se rencontrer, apprendre à se connaître, à se faire confiance et bâtir des projets communs », explique M. Fouss, pour qui le « récit de la transition » est essentiel. Une notion sur laquelle Solon travaille avec la Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique.

Construire un récit commun

« Le récit permet à celles et ceux qui participent à sa cocréation d’avoir une plus grande conviction qu’ils font partie d’un projet plus grand qu’eux, que leur action a un impact en s’inscrivant dans ce récit », lance Bertrand Fouss, pour qui Solon a su créer au fil du temps des liens entre différents milieux : pouvoirs publics, institutions financières, organismes, etc.

La construction du récit de transition socioécologique est aussi dans l’ADN du TIESS (Territoires innovants en économie sociale et solidaire). Sa mission : développer et renforcer les liens entre les acteurs, déterminer les expériences porteuses et les répertorier, notamment. En décembre dernier, l’organisme a d’ailleurs lancé sur Passerelles un outil en ligne collaboratif pour mieux repérer les initiatives à l’échelle du Québec.

« On constate qu’il y a des dynamiques différentes, mais également des points communs », rapporte Vincent Van Schendel, directeur général du TIESS, selon qui, même si des situations inégales entre les territoires peuvent générer une façon différente d’appréhender les enjeux, ces derniers sont souvent communs : la mobilité (transports actifs et collectifs), l’alimentation (circuit court) et l’aménagement (transition énergétique). « On retrouve partout l’enjeu d’arriver à une société zéro émission nette, même s’il n’est pas vécu partout avec le même niveau d’urgence », précise-t-il.

Bertrand Fouss note que de nombreuses briques s’agglomèrent pour construire ce récit commun. « Les réflexions se multiplient pour analyser comment ces initiatives se relient de mieux en mieux entre elles à l’échelle de Montréal ou du Québec », raconte celui qui souligne l’importance de préserver l’appropriation locale des projets. Vincent Van Schendel perçoit quant à lui des mouvements diffus qui essayent de se connaître et pressent que quelque chose est en train d’émerger. Mais pour le directeur général, l’enjeu est aujourd’hui d’accélérer. En tant que citoyens et citoyennes, nous pouvons apporter notre pierre à l’édifice.

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