Fuir la guerre au Burundi pour devenir soldat au Canada

Le caporal Billy Sayumwe
Photo: Courtoisie Le caporal Billy Sayumwe

En 1993, la guerre civile déchire la région des Grands Lacs africains. Comme des milliers d’autres, le jeune Billy Sayumwe fuit son pays, le Burundi. Aujourd’hui caporal dans l’Armée de l’air canadienne, il fait du maintien de la paix son cheval de bataille.

« Je veux rendre au pays d’accueil ce qu’il m’a donné en faisant le contraire de ce que j’ai vécu, où des militaires tuaient des innocents. Je ne veux pas généraliser à tous les militaires, mais on en voyait commettre des atrocités », raconte-t-il au Devoir.

« Une partie des militaires ont renversé le pouvoir de l’époque et ont assassiné le président, d’où le conflit. Avec ma famille, j’ai fui en Tanzanie et vécu dans un camp de réfugiés pendant quatre ans », se remémore-t-il, stoïque. « C’est alors qu’on a appris que le gouvernement du Québec à l’époque cherchait des immigrants francophones, d’où le commencement du processus d’immigration. »

Il atterrit à 15 ans à Québec et y termine sa scolarité. Les souvenirs des soldats stationnés dans son village d’enfance nourrissent ses projets de carrière. « J’ai toujours vu les militaires faire leurs parades et des exercices, courir la montagne. » Puis, convaincu du rôle différent de l’armée en Occident, il s’enrôle sous l’unifolié en 2013.

Sa volonté de devenir soldat rencontre de la résistance autour de lui. Les violences laissent des traces dans une famille de réfugiés comme la sienne. « Ce ne fut pas une décision facile. Mes parents ne comprenaient pas mon choix avec tout ce qu’on avait vécu. Je me suis dit que le Canada avait une approche différente. C’est plutôt une logique de maintien de la paix. On ne va pas en guerre pour tuer comme ça se passait chez nous. Je voulais aider l’autre. »

Basé à Valcartier, il participe régulièrement aux exercices à l’aéroport militaire de Bagotville. Sa première mission, au Koweït, aura été pour lui un moment fort. Il rappelle par contre que l’armée se déploie souvent aussi au Canada, lors d’inondations, de feux de forêt, et même parfois lors de pandémies. « Ma mission, personnellement, c’est de pouvoir rendre au pays d’accueil ce qu’il m’a donné. »

La diversité dans les forces

Les forces armées canadiennes tentent depuis plusieurs années d’augmenter la présence des différentes minorités dans leurs rangs. Une publication à ce sujet sur Twitter, montrant une réunion d’hommes blancs, a récemment soulevé des questions sur leur véritable nombre. Aucune statistique n’existe sur le nombre d’immigrants parmi les quelque 65 000 militaires canadiens, selon une porte-parole de l’armée.

Le caporal Sayumwe affirme pourtant que les néo-Canadiens sont plus présents qu’on peut le penser parmi les militaires. « Il y en a beaucoup, j’en ai rencontré beaucoup. Que ce soit ici, au Québec, ou en Ontario, et de différents horizons. Que ce soit des officiers, des militaires de rang, il y en a partout. Il y en a qui ont connu pire que moi. » Toute la chaîne de commandement a intérêt à faire une place aux Canadiens de différents horizons, souligne-t-il. « Le militaire, quand il est bien dans sa peau, il accomplit bien sa mission. »

Il mentionne que la nomination d’Harjit Sajjan, lui-même né hors du Canada, au ministère de la Défense n’aura pas changé son quotidien, mais en aura « encouragé » d’autres comme lui à envisager une carrière militaire. « C’est un symbole très fort. Ça envoie le message que, dans l’ensemble, au Canada, il y a une pensée en tout cas pour le vivre-ensemble. »

Quant à la question du racisme, le caporal Sayumwe répond par la négative. L’esprit de corps obligatoire dans les forces armées l’emporte sur les relents d’intolérance à son avis. « Y a-t-il des manquements ? Je ne saurais pas le dire, car je n’ai pas été témoin de ça. »

Le caporal Sayumwe ne renie pas ses origines, mais assure que sa loyauté va à son nouveau pays. « Ce n’est pas mon pays qui m’a chassé, ce sont certains individus qui ont causé la guerre. Mais le Canada m’a accueilli. J’ai fait ma scolarité ici. J’ai fondé une famille. Il y a la paix. Je suis reconnaissant. Je suis fier de porter le drapeau sur mon uniforme. »

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