Au moins une personne racialisée sur deux a subi du racisme sur Internet

Selon le président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab, les gens exposés à des commentaires haineux sur Internet sont plus susceptibles de s’inquiéter du racisme.
Photo: Marco Piunti Getty Images Selon le président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab, les gens exposés à des commentaires haineux sur Internet sont plus susceptibles de s’inquiéter du racisme.

Sept Canadiens sur dix s’inquiètent du degré de racisme au pays, selon un sondage réalisé par la firme Léger pour l’Association d’études canadiennes. Cette préoccupation est partagée par les trois quarts des répondants âgés de 18 à 34 ans.

Plus inquiétant : un membre des minorités visibles sur deux dit s’être senti attaqué par des commentaires haineux sur les médias sociaux. Près de 60 % disent avoir lu des propos haineux en ligne.

La publication de ce sondage coïncide avec la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

Selon le président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab, les gens exposés à des commentaires haineux sur Internet sont plus susceptibles de s’inquiéter du racisme.

« Ce ne sont pas tant les incidents violents observés au cours de la dernière année ayant attiré une attention médiatique considérable qui alimentent les inquiétudes des gens face au racisme, dit-il. C’est aussi le fait que les gens sont témoins de l’ampleur croissante de ce phénomène sur les médiaux sociaux. »

Le sondage indique qu’un répondant sur trois reconnaît avoir une opinion négative des musulmans, un sur cinq n’estime pas les Autochtones et un sur sept pense du mal des Chinois, des Juifs ou des immigrants.

Les personnes qui n’ont jamais rencontré de membres de ces groupes sont plus susceptibles d’avoir une mauvaise opinion d’eux, ce qui laisse sous-entendre que les médias sociaux jouent un rôle dans ce racisme, croit M. Jedwab.

« Elles obtiennent des informations sur les médias sociaux concernant ces groupes. Le résultat, malheureusement, est qu’ils ont des opinions négatives ou préjudiciables. »

Le sondage auprès de 1514 Canadiens a été mené en ligne du 12 au 14 mars. On ne peut pas lui attribuer de marge d’erreur, car les sondages sur l’Internet ne sont pas considérés comme des échantillons aléatoires.

Une campagne

Noor Fadel est bien placée pour le savoir.

Pour elle, la pire nuit de sa vie ne s’est pas déroulée lorsqu’un individu raciste l’a attaquée dans un train léger de Vancouver en 2017. Non, ce fut bien pire les surlendemains à cause du torrent de messages haineux et menaçants qui l’ont submergée après sa dénonciation de l’agression.

« Les gens pensent que se cacher derrière un écran et dire quelque chose n’aura aucun impact. C’est faux. Cela a un impact énorme sur les gens, soutient-elle. Ce message dont on croit qu’il ne pourra pas faire de mal à quelqu’un. Ce n’est pas juste un simple message. Il peut ruiner la journée, sinon la vie de quelqu’un. »

Âgée de 22 ans, Mme Fadel a décidé de partager son histoire à l’appui de la campagne #BlockHate lancée par la Fondation canadienne des relations raciales et la YWCA Canada pour souligner les conséquences de la haine sur les réseaux sociaux.

Cette campagne sera lancée lundi et vise à renforcer la réglementation contre la propagation des discours haineux et du racisme sur Internet.

La haine en ligne est souvent un précurseur d’agressions contre des personnes marginalisées, note Mohammed Hashim, directeur de la Fondation canadienne pour les relations interraciales.

Les personnes ayant des opinions haineuses ne disparaîtront sans doute jamais, mais les médias sociaux leur ont donné le plus grand microphone qu’elles aient jamais eu.

« Ce que nous cherchons à faire, c’est de restreindre ce phénomène. Nous comprenons qu’il ne cessera pas d’exister, mais essayons de le maintenir en marge de la société », dit M. Hashim.

La réglementation doit permettre la suppression rapide des messages haineux pour ralentir leur diffusion. Elle peut aussi inclure des éléments de dissuasion afin que les auteurs des messages subissent des conséquences,

Se déconnecter n’est pas une véritable solution pour les victimes, ajoute M. Hashim, qui rappelle que la vie personnelle et professionnelle se déroule de plus en plus devant un ordinateur, particulièrement pendant la pandémie.

« Si nous ne nous en occupons pas maintenant, cela ne fera qu’empirer, souligne-t-il. Les gens doivent réfléchir. Est-ce le monde que l’on veut créer pour la prochaine génération ? »