Des travailleurs agricoles réclament les prestations qui leur sont dues

Un groupe de travailleurs temporaires dans les serres Demers à Drummondville, incluant Elman Diaz
Photo: Courtoisie Un groupe de travailleurs temporaires dans les serres Demers à Drummondville, incluant Elman Diaz

Ils ont payé leurs cotisations d’assurance-emploi durant des années. Ils ont travaillé sans relâche, même en pandémie. Dix mois après avoir été mis à pied, un groupe de 18 travailleurs temporaires agricoles du Guatemala attendent toujours de recevoir la compensation financière du gouvernement fédéral à laquelle ils ont droit.

Leur cas est « emblématique », insiste Julio Lara, leur représentant du syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC). Les temporaires étrangers sont soumis aux mêmes obligations que les autres travailleurs et contribuent donc au filet social du pays. « Mais ils n’en retirent que trop rarement les bénéfices », dit-il. Pour une rare fois, ce groupe de travailleurs était admissible à des prestations d’assurance-emploi.

« Je suis complètement désillusionné, j’ai perdu confiance que cet argent va arriver un jour », déclare l’un d’eux, Elman Diaz, depuis le Guatemala. « J’ai reçu un appel d’une agente de l’assurance-emploi en octobre et depuis, plus rien », relate aussi Elias Espantzay Pinzón.

Au total, les TUAC évaluent que ce sont environ 30 000$ qui demeurent impayés. Une somme entre 1 500 à 2 000 dollars par personne, « qui fait une grosse différence », dit M. Diaz. « Je vais repartir bientôt pour le Québec, et j’ai dû m’endetter pour payer les papiers nécessaires. Je partirais aussi plus tranquille de laisser de l’argent à ma famille », ajoute Espantzay Pinzón, père de six enfants.

« Les mains vides »

Chez les Productions horticoles Demers, leur employeur, le cycle de rotation comporte une année complète d’emploi au Québec, puis une année dans leur pays d’origine auprès de leur famille. Les travailleurs s’attendaient aussi à recevoir ce montant juste avant de retourner chez eux : « Je suis revenu les mains vides dans ma famille, après un an d’absence », raconte Nelson Miculax Cuc.

Mis à pied le 8 mai 2020, les 18 hommes sont restés près d’un mois sans revenus, dans l’attente de pouvoir retourner au Guatemala, pays qui avait alors fermé ses frontières. « C’était au début de la pandémie et la situation était changeante de jour en jour, d’heure en heure », rappelle Yannick Rivest, conseiller en ressources humaines du producteur de tomates en serres et autres légumes.

Une nouvelle cohorte de travailleurs, dont la date d’arrivée était d’abord incertaine, est finalement débarquée à la fin avril 2020. Cette cohorte a délogé ceux dont les permis de travail venaient à échéance le plus rapidement, y compris de leurs logements fournis par l’employeur.

L’entreprise a pris en charge les travailleurs durant cette mise à pied temporaire pour les loger et les nourrir. « C’est une main-d’œuvre vraiment indispensable à l’agriculture, ils sont des agriculteurs de métier », souligne M. Rivest, disant trouver « très laborieux » les délais de compensation pour ces travailleurs.

Emploi et Développement social Canada (EDSC), le ministère en charge de l’assurance-emploi, n’a pas voulu commenter ces cas particuliers, indiquant que les travailleurs étrangers temporaires doivent être prêts à travailler au Canada et avoir un permis de travail valide. Ce groupe de 18 hommes remplissait ces deux conditions, selon leur représentant syndical.

Certains d’entre eux disposaient encore de plusieurs semaines d’un permis de travail valide, mais ce permis est exclusif à un employeur et ne les autorise pas à chercher un emploi ailleurs. Nelson Miculax Cuc considère ainsi avoir perdu un mois de travail : « Je ne suis certainement pas là pour dire qu’on est des victimes. On gagne notre argent, on aime le travail bien fait, on remercie notre patron à la fin de la saison. Avoir su que le gouvernement ne nous paierait pas, on aurait voulu travailler jusqu’à la fin de notre permis de travail », résume-t-il.

En contrats cumulés, ils comptaient pour la plupart entre deux à cinq ans à l’emploi des Serres Demers. Payés autour du salaire minimum, ces ouvriers agricoles cotisent à l’assurance-emploi sur chaque paie, en plus de la cotisation de leur employeur. « Nous avons travaillé et payé les cotisations comme les Canadiens. Mais quand vient le temps de retirer les bénéfices, juste une fois, c’est impossible », se désole Elman Diaz.

L’enjeu ne s’arrête pas là pour M. Lara, des TUAC : « Dans le grand mécanisme bureaucratique, les travailleurs sont toujours le dernier engrenage. Et pourtant, on l’a vu avec la pandémie, s’ils ne sont pas là, ça ne marche pas. » En 2014, son syndicat avait calculé que les travailleurs saisonniers paient au bas mot 90,6 millions de dollars en impôts et autres cotisations au gouvernement canadien, chaque année.

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