Un autre féminicide frappe le Québec, cette fois dans Saint-Léonard à Montréal

Les corps d’un homme et d’une femme ont été découverts vers 5h25 dans une voiture de taxi stationnée sur la rue Dujarié, dans l’arrondissement de Saint-Léonard.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les corps d’un homme et d’une femme ont été découverts vers 5h25 dans une voiture de taxi stationnée sur la rue Dujarié, dans l’arrondissement de Saint-Léonard.

La vague de féminicides qui frappe la province a fait une nouvelle victime. Nadège Jolicœur, 40 ans, a été retrouvée sans vie vendredi matin dans une voiture taxi stationnée dans le quartier Saint-Léonard à Montréal. Elle aurait été tuée à l’arme blanche par son conjoint Enock Fenelon, 52 ans, avant que celui-ci ne s’enlève la vie. Il s’agirait du 6e féminicide commis dans un contexte conjugal depuis le début de l’année au Québec.

Un bilan qui est particulièrement funeste. En 2020, huit meurtres conjugaux avaient été commis dans la province, selon une recension effectuée par Le Devoir.

 

Or, dans les dernières semaines, ce sont les vies de six femmes qui ont été emportées dans la violence. « C’est meurtre après meurtre après meurtre, se désespère Maud Pontel, coordonnatrice de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape. Qu’est-ce que ça va prendre pour que ça s’arrête ? »

Le 5 février, le corps inanimé d’Elisapee Angma, 44 ans, a été retrouvé à Kuujjuaq. Son ex-conjoint violent, qui avait été libéré sous caution deux semaines plus tôt, s’est enlevé la vie peu après. Le 21 février, Marly Édouard était assassinée d’une balle à la tête à Laval. La femme de 32 ans, qui se serait retrouvée dans un triangle amoureux, avait appelé le 911 deux jours plus tôt disant avoir reçu des menaces de mort.

Le 23 février, Nancy Roy, 44 ans, était poignardée dans son logement de Saint-Hyacinthe. Son ex-conjoint a été accusé de meurtre non prémédité. Le 2 mars, l’horreur frappait à nouveau, cette fois à Sainte-Sophie. Myriam Dallaire, 28 ans, et sa mère, Sylvie Bisson, 60 ans, perdaient toutes les deux la vie aux mains de l’ex-conjoint de Myriam, accusé de meurtres non prémédités.

Puis, le 19 mars, Nadège Jolicœur était retrouvée poignardée. La femme de 40 ans et son conjoint ont succombé à des blessures à l’arme blanche infligées au haut du corps, indique l’agent Jean-Claude Brabant du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Les enquêteurs n’écartent pas encore complètement la thèse du double meurtre, mentionne-t-il. Le résultat des autopsies devrait permettre de confirmer la séquence des événements.

Travailler en amont

 

Selon Robert Cazelais, directeur général de l’organisme Pro-Gam qui offre des thérapies aux hommes violents, la pandémie a indéniablement un rôle à jouer dans cette succession de meurtres. « Il y a plein d’irritants qui peuvent arriver en confinement, comme la perte d’un emploi ou encore la peur de perdre de son emploi, illustre-t-il. Ce sont des situations difficiles, avec lesquelles ces gens réagissent très mal. » D’où l’importance, argue-t-il, de mieux encadrer les hommes enclins à être violents. « Il faut travailler en amont. »

Sans oublier que les femmes victimes de violence conjugale sont prises au piège avec leur agresseur en temps de confinement, rappelle Maud Pontel. « Leur capacité à aller chercher de l’aide est drastiquement diminué. »

Un leadership fort est nécessaire pour venir à bout de cette vague, croit-elle. « On ne peut pas continuer à dénombrer les meurtres comme ça. Sans oublier que ce sont 13 enfants depuis un peu plus d’un mois qui ont perdu leurs parents dans un contexte de violence conjugale. »

Au message que le premier ministre Legault a directement adressé aux hommes il y a deux semaines doivent s’ajouter davantage de gestes concrets, estime Maud Pontel. « Je crois que le gouvernement comprend qu’il doit agir rapidement. »

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