Calgary développe son offre de services pour les francophones

«Les immigrants francophones ont connu une augmentation de 106% sur une décennie, de 2006 à 2016. La ville d’Edmonton a même battu le record, avec une augmentation de 171%», rappelle Ida Kamariza.
Photo: Jeff McIntosh Le Presse canadienne «Les immigrants francophones ont connu une augmentation de 106% sur une décennie, de 2006 à 2016. La ville d’Edmonton a même battu le record, avec une augmentation de 171%», rappelle Ida Kamariza.

Au moment où le gouvernement Trudeau compte accroître le poids du français à l’extérieur du Québec grâce à l’immigration, un projet-pilote vient tout juste d’être lancé à Calgary pour y renforcer le poids des francophones.

« Après l’arrivée des immigrants francophones, on ne savait pas trop où ils étaient orientés, note en entrevue au Devoir Salima Bouyelli, présidente du conseil de consultation communautaire pour ce projet. Des sondages ont démontré que certains organismes pouvaient faire mieux [en matière d’intégration]. »

Pour pallier ces écueils et davantage retenir les nouveaux arrivants d’expression française, de nouveaux services dans la langue de Molière verront sous peu le jour dans la métropole albertaine. « Nous sommes en train d’élaborer les budgets et de mettre en place toute une série de projets […] qui débuteront en avril, voire en mai », précise Erwan Oger, coordonnateur du projet pour le Centre d’accueil pour nouveaux arrivants francophones (CANAF).

« Les nouveaux arrivants qui s’installeront [à Calgary] seront mieux accueillis. Ils développeront donc un sentiment d’appartenance à la francophonie et participeront aux activités de la communauté », se réjouit de son côté Ida Kamariza, coordinatrice au Réseau en immigration francophone de l’Alberta (RIFA), l’organisme chargé de la planification du projet-pilote.

Initiatives sur la table

Ainsi, à l’aéroport de Calgary, un service d’accueil en français destiné aux nouveaux arrivants sera mis à leur disposition. Une idée proposée initialement par l’Association canadienne-française de l’Alberta régionale de Calgary.

Une maison pour les jeunes francophones doit également ouvrir ses portes. Elle offrira plusieurs activités aussi bien éducatives, sportives que culturelles, et ce, sous la gestion de Portail de l’Immigrant Association. À terme, on espère offrir aux jeunes une bulle francophone où ils pourront se rassembler et socialiser en français.

Par ailleurs, un programme de formation auprès des enseignants du conseil scolaire FrancoSud de la ville sera également mis sur pied. Il a pour but d’établir les bases d’un dialogue interculturel entre eux et les jeunes nouvellement arrivés, afin de les aider à s’adapter à la culture canadienne et appréhender les rouages culturels.

Le CANAF proposera en outre un service de soutien à l’employabilité afin de pallier la suppression inopinée de Connexion Carrière. En juillet dernier, cet unique pôle d’employabilité en français de Calgary a fermé ses portes après 13 ans de bons et loyaux services.

« Lors de l’évaluation des besoins, il a été constaté qu’il y avait plus de services anglophones que francophones. Même si les immigrants francophones se faisaient servir dans les organismes anglophones, il reste la barrière linguistique », fait valoir Ida Kamariza, du RIFA. En effet, tous les programmes proposés en Alberta n’ont pas nécessairement d’équivalent en français.

Potentiel élevé

Ce panier de services bonifié s’inscrit dans le cadre du projet de communauté francophone accueillante de Calgary. En mars 2019, le ministère fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) a donné ce titre à la plus grande ville albertaine, à l’instar de treize autres communautés à travers le pays.

La capitale du Stampede s’est donc vu octroyer un montant de 1,35 million de dollars sur trois ans afin d’y favoriser l’intégration des nouveaux arrivants d’expression française.

À l’heure actuelle, l’Alberta compte près de 86 670 francophones dans la province, dont 24 600 sont issus directement de l’immigration. Afin d’augmenter le poids démographique des francophones, la cible nationale, hors Québec, demeure toujours la même, soit 4,4 % depuis 2003. L’Alberta n’a, jusqu’à présent, jamais encore atteint cet objectif.

Or, selon le dernier recensement de 2016, le potentiel est bien là. « Les immigrants francophones ont connu une augmentation de 106 % sur une décennie, de 2006 à 2016. La ville d’Edmonton a même battu le record, avec une augmentation de 171 % », rappelle Mme Kamariza.

Le gouvernement de Justin Trudeau est déterminé à renforcer le bilinguisme partout au pays en misant plus que jamais sur l’immigration des francophones à l’extérieur du Québec. Un projet de loi en ce sens doit d’ailleurs être déposé d’ici la fin de l’année par la ministre chargée des Langues officielles, Mélanie Joly.

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