Dix ans de partage démocratique dans la francophonie

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
En 2019, le DGEQ a effectué deux missions en Tunisie, à l’occasion des scrutins présidentiel et législatif.
Photo: Riadh Dridi Associated Press En 2019, le DGEQ a effectué deux missions en Tunisie, à l’occasion des scrutins présidentiel et législatif.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

La démocratie n’est pas un long fleuve tranquille, comme l’ont rappelé le saccage du Capitole aux États-Unis le 6 janvier dernier ou encore les récentes contestations des résultats électoraux au Mali et au Sénégal. Depuis 10 ans, le Réseau des compétences électorales francophones (RECEF) œuvre à renforcer les capacités électorales de ses 32 pays membres.

Le Québec se trouve au cœur de cet effort. Le RECEF émane en effet d’une initiative conjointe de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et d’Élections Québec. C’est d’ailleurs au Québec que l’organisme a été créé lors d’une assemblée constitutive en août 2011. À cette occasion, les 11 membres fondateurs ont installé le siège social du RECEF dans la province et ont placé l’organisme sous la responsabilité du secrétariat général du Directeur général des élections du Québec (DGEQ).

Le RECEF est venu structurer un engagement international qui existait de longue date à Élections Québec. L’actuel DGEQ, Pierre Reid, rend d’ailleurs hommage à l’apport majeur sur ce plan d’un de ses prédécesseurs, Pierre-F. Côté, lequel a occupé cette fonction de 1978 à 1997.

Un long processus

 

« L’expertise électorale du DGEQ a souvent été sollicitée, notamment au tournant des années 1990 lorsque de nombreux pays africains ont amorcé des virages démocratiques et ont souhaité se doter de commissions électorales permanentes », explique Pierre Reid.

En 1991, l’OIF a par exemple confié à Pierre-F. Côté le mandat d’appuyer le processus de démocratisation dans les pays francophones. Au cours des deux années suivantes, les délégués de 10 États africains ont participé à un programme de formation au Québec. Le DGEQ a réalisé près de 235 missions à l’étranger depuis 1985, en plus de recevoir à plusieurs reprises des représentants internationaux venus assister à des formations. Le Québec a lui-même accueilli des experts et des observateurs, entre autres lors des référendums de 1980 et de 1995.

En novembre 2000, l’OIF a adopté la Déclaration de Bamako au Mali. Ce texte constitue le socle de la vision de la démocratie et de l’État de droit défendue par la francophonie. On peut notamment y lire que « pour consolider la démocratie, l’action de la francophonie doit reposer sur une coopération internationale qui s’inspire des pratiques et des expériences positives de chaque État et gouvernement membre ». Le RECEF naîtra 11 ans plus tard de la volonté de structurer cette entraide.

Des occasions de partage

 

« Il ne s’agit plus de venir en aide à des pays, comme avant les années 1990, mais plutôt de créer des occasions de partage afin d’améliorer les pratiques démocratiques chez tous les membres, souligne Pierre Reid. Le Réseau se compose d’États d’Amérique du Nord, d’Afrique et d’Europe. Il offre donc une belle variété d’approches, de contextes et de défis. »

En 2019, le DGEQ a effectué deux missions en Tunisie, à l’occasion des scrutins présidentiel et législatif. Il a également coordonné un séminaire électoral international en Roumanie, sur le thème de la participation électorale et de l’éducation à la démocratie. Ses représentants ont également séjourné en Tunisie en juin et en France en octobre pour discuter des questions de désinformation et d’intégrité des processus démocratiques à l’ère des réseaux sociaux.

« La démocratie se voit sans cesse confrontée à de nouveaux défis et, présentement, la désinformation, la protection des données électorales, la composition des listes et des commissions électorales et la violence qui menace la sécurité de certains scrutins sont au cœur de nos préoccupations », confie Pierre Reid.

En novembre 2019, le lancement du Forum des femmes du RECEF au Rwanda a constitué un autre moment fort pour l’organisme. Ce lieu d’échange permettra d’aborder les questions d’égalité entre les hommes et les femmes dans l’ensemble des processus électoraux. Il a été créé dans la foulée de l’adoption par l’OIF en octobre 2018 de la Stratégie de la Francophonie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits et de l’autonomisation des femmes et des filles. « Il y a plusieurs enjeux, notamment quant à la présence des femmes sur les listes électorales ainsi qu’au sein des commissions électorales et du personnel électoral, affirme Pierre Reid. Il reste du travail à faire de ce côté. »

Pandémie oblige, l’année 2020 a vu le report de plusieurs activités. Pierre Reid garde espoir de tenir une rencontre du RECEF à l’automne, en personne ou plus probablement en visioconférence. « Nous avons bien hâte de pouvoir nous réunir à nouveau, entre autres pour souligner les 10 ans du Réseau », admet le DGEQ.

Événements à venir

• Le webinaire du Forum des femmes aura lieu le 15 avril prochain. Il s’agit du deuxième volet d’une formation offerte le 3 décembre dernier sur l’élaboration d’une politique interne de genre dans une organisation.  

• Une conférence sur la sécurité électorale devrait avoir lieu au Sénégal à la fin octobre 2021, si la situation sanitaire le permet.

 

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