33 millions de francophones dans les Amériques

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Le nouveau p.-d.g. du CFA, Sylvain Lavoie, est arrivé en poste en octobre dernier. 
Photo: Photo fournie par le CFA Le nouveau p.-d.g. du CFA, Sylvain Lavoie, est arrivé en poste en octobre dernier. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Les 12 mois de pandémie auront été une période charnière pour le Centre de la francophonie des Amériques (CFA), une agence québécoise créée en 2008 pour animer la francophonie, de la Terre de Feu à la Terre de Rupert. Ainsi, sa bibliothèque numérique — la Bibliothèque des Amériques, riche de 15 000 titres — a triplé sa fréquentation, à 93 000 visiteurs, en 2020. Le nombre des nouvelles inscriptions auprès de l’organisme atteint 1000 noms par mois, un chiffre qui a doublé depuis l’apparition de la COVID-19 — une tendance qui ne donne aucun signe d’essoufflement.

« Nous avons pris une approche numérique dès notre fondation, ce qui nous a placé à un endroit porteur, dit Sylvain Lavoie, nouveau p.-d.g. de l’organisme, arrivé en poste en octobre 2020. On rejoint des gens qui ne nous auraient pas trouvé autrement. »

Sylvain Lavoie est lui-même la preuve d’une nouvelle époque au CFA. C’est la première fois, en effet, que le Conseil des ministres désigne un non-Québécois — ici un Acadien natif du Nouveau-Brunswick, qui a grandi dans une ferme laitière du Madawaska, près d’Edmundston, est diplômé de l’Université de Moncton et a fait toute sa carrière entre le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick et l’Association des enseignants francophones de la province.

« Je suivais le CFA depuis longtemps et ça me parlait, dit Sylvain Lavoie, qui est âgé de 41 ans. Moi, ce qui m’anime, c’est l’idée toute simple, mais mal comprise, qu’on est 33 millions de francophones dans les Amériques. On est une grande famille, les possibilités sont immenses. La francophonie des Amériques a une voix intéressante, et il faut briser l’isolement. Nous avons à nous raconter. »

Pour le Mois de la Francophonie, le CFA offre une programmation en ligne qui comprend des récits historiques, une série balado sur la culture avec Alexandra Diaz, une collection de livres de contes pour enfants, une nuit de la poésie au Mexique, un panel sur le français aux États-Unis, un concert en ligne en partenariat avec le Lycée français de New York, un spectacle de cirque en ligne et un documentaire de Kim O’Bomsawin, Je m’appelle humain.

Une « drôle de bibitte »

Cet éclectisme particulier correspond à ce que le CFA a toujours voulu être. Dès 2003, le ministre Benoît Pelletier avait souhaité que le Québec retrouve sa vocation de leader de la francophonie et il avait créé le Centre. Son premier p.-d.g., Michel Robitaille, arrivé en poste en 2008, avait marqué les esprits en organisant un concours de poésie slam en ligne, qui avait fait mouche en recueillant des dizaines de candidatures provenant de la Louisiane au Nunavut. Son successeur, Denis Desgagné, avait poursuivi dans la même veine, en créant notamment la Bibliothèque des Amériques et en assurant la permanence du Regroupement des villes francophones et francophiles d’Amérique, une idée du maire de Québec, Régis Labeaume.

Depuis, cette agence de 15 employés reste une « drôle de bibitte ». Même si le CFA relève du Secrétariat aux relations canadiennes, il joue dans les platebandes de plusieurs autres ministères — notamment ceux des Affaires internationales, de la Culture, de l’Éducation, des Affaires autochtones. Hors du Québec, le Centre collabore avec les associations provinciales, les conseils scolaires, les associations d’enseignants, les Alliances françaises et les délégations et bureaux du Québec aux États-Unis, au Mexique et au Brésil.

« Nos sessions de formation regroupent des enseignants de 24 nationalités différentes, raconte M. Lavoie. On a fait beaucoup de travail en 12 ans, et il en reste beaucoup à faire, mais mes prédécesseurs nous ont placés à un endroit intéressant. Ça fait de nous une organisation qui a développé des compétences de plus en plus reconnues. »

Vers un volet économique plus fort

M. Lavoie cite le cas du Brésil, qui compte plus de 600 000 francophones, dont les 750 membres de la Fédération brésilienne des professeurs de français. « Ça me fait un bien immense de voir à quel point ils sont fiers. Ça amène une compréhension complètement différente de la langue que l’on parle. »

Il explique que les francophones de langue maternelle ont beaucoup à apprendre de ces « passionnés, qui en mangent ». « Ils ne parlent pas français pour les mêmes raisons que vous et moi. Ça nous montre une autre manière d’être fiers de notre langue, pour nous ouvrir au monde. »

Parmi les choses qu’il voudrait essayer, l’une d’elles consisterait à jouer le volet économique un peu plus fort. « Pas tant avec les chambres de commerce, qui sont déjà organisées, qu’avec les entrepreneurs qui osent s’afficher en français. Parce que le CFA cherche à faire travailler les forces vives : nos jeunes, nos enseignants, nos intervenants, nos artistes, nos entrepreneurs », explique M. Lavoie. Celui-ci voudrait aussi mieux faire connaître cette francophonie aux Québécois. « Parce qu’on est toujours plus forts ensemble. »

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