Un homme qui poignardait sa conjointe abattu par un policier à Joliette

La consternation régnait encore mercredi dans l’immeuble à logements de Joliette où un homme, qui était en train de poignarder sa conjointe, a été abattu la veille par un policier.

« J’ai tellement de misère à le vivre », a soufflé une locataire de l’immeuble de la rue Albert-Beaulieu, visiblement encore sous le choc au lendemain du sordide événement.

Selon le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), qui a été chargé de l’enquête, les policiers de la Sûreté du Québec ont été appelés vers 14 h 45 mardi dans l’immeuble pour un « conflit familial ».

À leur arrivée sur les lieux, les policiers auraient entendu la femme crier. Les policiers ont alors défoncé la porte de l’appartement pour se trouver face à l’homme qui était en train de poignarder sa conjointe.

Un policier a alors ouvert le feu et atteint le suspect. L’homme de 31 ans a succombé à ses blessures à l’hôpital. La femme a également été transportée à l’hôpital pour soigner des blessures, mais sa vie n’est pas en danger.

Le couple, qui n’aurait pas d’enfants, logeait au deuxième étage de l’immeuble depuis environ un mois et demi, a raconté Antoine Bibeau, qui vit à l’étage supérieur. « C’était un couple bien normal, qui ne déplaçait pas beaucoup d’air. » Aucune chicane audible n’avait jusque-là émané de leur appartement, souligne-t-il. « Avant ça, il n’y avait jamais rien eu, aucun événement. »

Selon lui, des locataires auraient entendu trois coups de feu lors de l’intervention policière. Mercredi, des enquêteurs œuvraient toujours dans l’immeuble de la rue Albert-Beaulieu.

En entrevue au Devoir la semaine dernière, la ministre de la Condition féminine Isabelle Charest s’était dite consternée par la vague de féminicides qui frappe la province. « On sait que la situation de la pandémie fait en sorte qu’il y a des violences auprès des femmes qui ont augmenté et souvent de manière plus intense, avait-elle souligné. Donc c’est sûr que j’ai une crainte que ça évolue encore. »

Une fraction de seconde

 

Michel Juneau-Katsuya, ex-policier et ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), rappelle qu’il est très rare pour un policier au Canada de décharger son arme. « Beaucoup de policiers font leur carrière sans jamais tirer sur quelqu’un. »

La décision de tirer se prend en une fraction de seconde, souligne-t-il. « Les policiers vont être guidés par leur entraînement et leur instinct sur le moment. » Et par la suite, ils devront vivre avec les conséquences de leur décision pour le restant de leurs jours. « [Dans le cas présent] c’était quelqu’un qui, malgré la présence des policiers, semblait déterminé à aller jusqu’au bout. Peut-être que le policier n’avait pas d’alternative que de prendre une mesure radicale pour mettre fin à l’acte en progression. » Le BEI a été chargé de faire la lumière sur l’intervention policière.

De nombreuses personnes sur les réseaux sociaux se demandaient mercredi pourquoi le policier n’a pas tiré sur les bras ou les jambes du suspect pour le neutraliser plutôt que de lui infliger des blessures mortelles. « C’est l’éternelle question qui est toujours posée, répond Michel Juneau-Katsuya. Ces personnes, soit n’ont jamais tiré, ou soit regardent trop de films d’Hollywood pour croire que c’est aussi facile que ça de tirer avec une précision aussi grande avec un pistolet. »

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