Des trousses de dépistage en espagnol réclamées pour les travailleurs agricoles

Les travailleurs étrangers temporaires forment aujourd’hui plus de 30% de la main-d’œuvre agricole du Québec.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les travailleurs étrangers temporaires forment aujourd’hui plus de 30% de la main-d’œuvre agricole du Québec.

Les travailleurs étrangers temporaires peinent à utiliser la trousse de dépistage pour la COVID-19 à leur arrivée au Québec, faute d’instructions en espagnol. Considérés comme essentiels dès les premiers jours de la pandémie, ils doivent maintenant tenter d’utiliser un système de tests mal adapté à leur réalité, déplorent tant les employeurs que les travailleurs eux-mêmes.

« Dans tout le processus, il n’y a pas d’information en espagnol. Je ne sais pas qui a pensé que ce système allait fonctionner, mais c’est sûr que ça ne marche pas », dit Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles. « Cette procédure doit être revue », ajoute-t-il.

« Ce système n’a jamais été pensé pour les travailleurs étrangers temporaires. Pourtant, ils sont autorisés à venir ici, donc on trouve que ça n’a pas d’allure », affirme Michel Pilon, coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleurs et travailleuses migrants agricoles du Québec (RATTMAQ). Il indique avoir reçu plusieurs appels à ce sujet, rapportant une « grande incompréhension » du fonctionnement de cette trousse.

Ce système n’a jamais été pensé pour les travailleurs étrangers temporaires

Ils seront au moins 15 000 au Québec durant toute l’année 2021, provenant de deux programmes d’immigration temporaire, avec des contrats variant entre six semaines et deux ans. Dans la province, la plupart de ces travailleurs viennent du Mexique ou du Guatemala et ils sont hispanophones, ce qui réduit le nombre de langues nécessaires pour communiquer, souligne M. Pilon.

Au moment où ils se mettent en quarantaine, ces travailleurs ont déjà été testés deux fois en quelques jours. Comme les autres voyageurs au Canada, ils doivent en effet présenter un test négatif qui date de moins de 72 heures avant de monter à bord de leur vol. À leur arrivée à l’aéroport, ils sont testés sur-le-champ, puis on leur remet une trousse de dépistage à utiliser eux-mêmes, dix jours après leur arrivée.

Ils entament ensuite un isolement de quatorze jours dans un logement conforme aux règles de quarantaine, qui peut ou non être leur logement habituel, plutôt que dans un hôtel désigné et approuvé par le gouvernement du Canada.

Au dixième jour après leur arrivée, ils doivent communiquer avec une infirmière pour s’auto-administrer le test en appel vidéo. Devant la caméra, la personne doit s’introduire elle-même le bâtonnet ouaté (écouvillon) profondément dans chaque narine pour prélever un échantillon. Le travailleur doit ensuite téléphoner à un service de messagerie, qui vient récupérer cet échantillon.

Les difficultés ne s’arrêtent donc pas à la langue. M. Pilon, du RATTMAQ, rapporte par exemple qu’il a fallu deux heures et demie au téléphone à un travailleur avant d’obtenir le soutien d’une infirmière. « Il y a non seulement la barrière de la langue, qui a été complètement oubliée, mais aussi le processus en tant que tel. Donnez le service ou ne demandez pas ce test », demande M. Pilon à l’Agence de santé publique du Canada (ASPC).

« Dans certaines régions, il n’y a pas d’Internet haute vitesse pour se connecter à un appel vidéo, et les travailleurs n’ont pas nécessairement des appareils intelligents non plus », note Marcel Groleau. Même son de cloche pour le syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui souligne qu’à leur arrivée, les travailleurs n’ont pas encore eu le temps de brancher leurs appareils à des réseaux locaux pour faire eux-mêmes le suivi.

Il y a non seulement la barrière de la langue, qui a été complètement oubliée, mais aussi le processus en tant que tel. Donnez le service ou ne demandez pas ce test.

De plus, « la quarantaine empêche le contact pendant toute cette période », ce qui ne facilite pas l’entraide pour une main-d’œuvre qui a généralement un faible niveau de scolarité, écrivent les TUAC dans un courriel à Service Canada obtenu par Le Devoir. Ils demandent que les employeurs collaborent plus étroitement dans cette démarche, afin de répondre au besoin de traduction et d’explications.

S’ils ne communiquent pas le résultat de ce test du dixième jour, les travailleurs s’exposent à des amendes allant jusqu’à 750 000 $, car ils sont alors en infraction à la Loi sur la mise en quarantaine et aux décrets d’urgence, indique le gouvernement fédéral sur sa page Web consacrée au dépistage de la COVID-19 chez les voyageurs. Ni Emploi et Développement Social Canada, qui gère certains aspects de leur séjour au pays, ni l’ASPC n’ont été en mesure de répondre aux questions du Devoir. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu d’amendes rapportées à l’UPA, aux TUAC ou au RATTMAQ à cause de ce test.

Des problèmes récurrents

Les travailleurs étrangers temporaires forment aujourd’hui plus de 30 % de la main-d’œuvre agricole du Québec, selon une analyse de Statistique Canada. Leur nombre dans la province a doublé entre 2015 et 2019, passant de 8000 à plus de 16 000, d’après les données fournies par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Leurs arrivées se sont aussi maintenues au-dessus de 15 000 en 2020, malgré les difficultés liées à la pandémie. Mais l’offre de services n’a pas suivi.

L’absence de services gouvernementaux en espagnol et adaptés à eux est un enjeu de taille pour ces travailleurs, qui ont les mêmes droits et obligations que tous les autres employés au Québec, y compris l’obligation de payer des impôts, l’assurance-emploi, le régime québécois d’assurance parentale, le régime de pensions et d’autres cotisations.

Pour Michel Pilon, du RATTMAQ, il faut aller plus loin et remettre en question la manière de faire parvenir de l’information à ces travailleurs. Au lieu des brochures gouvernementales écrites en langage technique, son organisation publie plutôt des vidéos explicatives en langage courant en espagnol sur les réseaux sociaux, dont l’application WhatsApp, très populaire chez ces personnes.

Emploi et Développement social Canada précise par exemple dans ses lignes directrices aux employeurs concernant la COVID-19 : « Il est conseillé que les renseignements soient fournis dans une langue que le travailleur comprend. » Le numéro de la ligne téléphonique d’information du gouvernement du Canada sur le coronavirus accompagne cette mention, mais cette ligne n’offre aucun service en espagnol.

Le même ministère a mis sur pied une ligne réservée aux travailleurs étrangers temporaires, dont une majorité est en agriculture, pour dénoncer les abus et les fraudes. Elle ne les sert cependant pas en espagnol. « Nous avons [sic] pas de service d’interprète pour la ligne de dénonciation », écrit ce ministère dans un courriel.

Moins de 700 nouveaux cas

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est passé sous la barre des 700. Selon les données publiées dimanche par le ministère de la Santé, 674 nouveaux cas ont été rapportés dans la province depuis le précédent bilan quotidien. Le nombre de cas actifs est passé de 7153 à 7022. Le Québec s’approche peu à peu du plateau des 300 000 cas répertoriés, puisqu’on enregistre maintenant 297 592 cas depuis le début de la pandémie. Cinq décès se sont ajoutés au bilan des victimes, pour un total de 10 540. Les autorités ont notamment déploré trois décès dans les 24 dernières heures. La situation est aussi stable sur le front hospitalier. On rapporte 547 hospitalisations, soit 4 de moins que la veille.

À voir en vidéo