Les jours plus longs pourraient réduire l’adhésion au couvre-feu

Le couvre-feu a commencé alors que le temps était froid et le nombre de cas quotidiens de 2500 en moyenne. La probabilité que les gens l’acceptent était donc probablement à son plus haut.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le couvre-feu a commencé alors que le temps était froid et le nombre de cas quotidiens de 2500 en moyenne. La probabilité que les gens l’acceptent était donc probablement à son plus haut.

Le couvre-feu imposé à travers le Québec dans le but de diminuer la propagation de la COVID-19 est l’objet de nouvelles attentions, alors que des experts en santé publique se demandent si les citoyens seront toujours prêts à se conformer à la règle à mesure que les jours s’allongent.

Le couvre-feu — qui est entré en vigueur début janvier — est associé à une forte baisse du nombre de nouveaux cas de COVID-19 signalés quotidiennement dans la province.

Il semble également avoir un large soutien du public, avec 70 % des Québécois en faveur de la mesure, selon un sondage publié mardi par l’institut de santé publique du Québec.

Mais ce soutien pourrait décliner une fois que le couvre-feu signifie qu’il faut rester à l’intérieur quand il fait encore jour dehors, a déclaré Kim Lavoie, titulaire de la chaire de médecine comportementale à l’Université du Québec à Montréal.

« D’un point de vue comportemental, à mesure que les jours s’allongent, il va sembler de moins en moins naturel d’être à la maison après un certain temps », a indiqué Kim Lavoie, qui étudie actuellement l’adhésion aux mesures contre la COVID-19 dans le monde.

« Si le gouvernement continue à distribuer des contraventions aux gens pour cela, après un certain moment de l’année, je pense que vous allez avoir beaucoup plus de répulsion, parce que ça va sembler tellement anormal d’être à la maison à vingt heures, quand le soleil brille encore », a-t-elle indiqué.

Dans les « zones rouges » de la province, qui représentent plus de la moitié de la population, le couvre-feu est actuellement en vigueur entre 20 h et 5 h. Dans le reste de la province, à l’exception de la région nord du Nunavik, il a été repoussé à 21 h 30.

Daniel Weinstock, professeur titulaire à la faculté de Droit et à l'Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé de l’Université McGill, a déclaré que « le couvre-feu a commencé à un moment où la probabilité que les gens l’acceptent était probablement à son plus haut ».

Le temps était froid et la province signalait en moyenne plus de 2 500 cas de COVID-19 par jour.

Mais avec les jours qui s’allongent et l’heure sur l’horloge qui avance, cela peut changer.

« Quand il fera encore jour au moment où nous serons censés entrer pour le couvre-feu, je pense qu’à ce moment-là, ce sera très difficile à maintenir et les gens commenceront probablement à montrer du mécontentement », a-t-il déclaré.

Kim Lavoie est d’avis que la facilité d’application de la mesure peut signifier que les gens continueront de la suivre, même s’ils ne l’appuient pas.

Elle croit que le couvre-feu a été efficace pour empêcher les gens de rendre visite à leurs amis et à leur famille, ce qui a été difficile à mettre en place pour les gouvernements du monde entier.

Le changement d’heure qui a lieu dimanche matin a déjà entraîné une contestation judiciaire du couvre-feu.

Vendredi, un groupe de juifs hassidiques a comparu devant le tribunal pour demander une dérogation à la mesure afin qu’ils puissent organiser des prières de groupe après le coucher du soleil — ce qu’ils disent ne pas pouvoir faire une fois l’heure avancée.

La demande initiale a été rejetée par le juge Brian Riordan au motif qu’elle pourrait mettre en danger la santé publique.

Daniel Weinstock a déclaré que les tribunaux doivent s’en remettre au gouvernement en raison de l’urgence de santé publique en cours et du fait que le couvre-feu semble avoir fonctionné.

« Bien qu’il ne soit pas encore possible d’établir avec le genre de certitude que nous aimerions que ce soit le couvre-feu qui a conduit à la baisse des chiffres, il existe des preuves circonstancielles très solides », a-t-il déclaré.

Cet article a été produit avec l’aide financière de la bourse Facebook et de la Presse Canadienne.