Les quatre saisons de la COVID-19

Au rythme des saisons, la crise se sera déployée en quatre grandes phases: le choc du printemps, le répit de l’été, la deuxième vague de l’automne et le grand gel de l’hiver.
Illustration: Romain Lasser Au rythme des saisons, la crise se sera déployée en quatre grandes phases: le choc du printemps, le répit de l’été, la deuxième vague de l’automne et le grand gel de l’hiver.

Il y a un an tout juste, le Québec plongeait dans l’inconnu d’une pandémie qui allait mettre à l’envers nos vies et notre quotidien. Au rythme des saisons, la crise se sera déployée en quatre grandes phases : le choc du printemps, le répit de l’été, la deuxième vague de l’automne et le grand gel de l’hiver. À travers cette trame temporelle, Le Devoir refait le fil des décisions politico-sanitaires de ces 12 mois noirs. Récit.

Le printemps | 12 mars 2020 au 23 juin 2020

Avec le recul, la scène paraît surréaliste. Le 12 mars 2020, à 11 h 45, François Legault se prépare à annoncer en point de presse que « tout le Québec doit se mettre en mode d’urgence ». À ses côtés sur la scène, bien collés les uns sur les autres, deux ministres (Marguerite Blais et Danielle McCann) et le directeur national de la Santé publique. Qui font quoi ? Se passent des pichets d’eau de main en main et manipulent le verre des autres pour le remplir.

Revoir ces images un an plus tard permet de mesurer à quel point la déferlante de mesures de distanciation et de précautions sanitaires qui allaientsuivre serait difficile à intégrer — même pour ceux qui les imposaient.

« Les prochaines semaines vont être critiques », avertira François Legault ce même jour. Elles le furent certainement. Dans cette première phase de la crise, tous les piliers de la normalité sont ébranlés : éducation, religion, sport, culture, économie, rien n’échappe au choc.

François Legault enchaîne alors les points de presse dantesques : on ferme les écoles, les garderies, les lieux deculte et les salles de spectacle de tout le Québec. On limite les déplacements interrégionaux. On interdit les rassemblements extérieurs et intérieurs. On confine les aînés dans les résidences. Tous les commerces et services non essentiels doivent fermer leurs portes. Il faut désormais se tenir à « un ou deux mètres » de tout être humain qui habite une autre adresse.

Dans ses communications quotidiennes, François Legault ne cesse de prévenir : « Ça va être exponentiel », dit-il le 15 mars — il y a alors 14 nouveaux cas recensés. « On a une grosse bataille devant nous », mentionne-t-il le 17 mars. Neuf jours plus tard, le combat a pris de l’ampleur : « Ce n’est pas exagéré de dire qu’on vit actuellement la plus grande bataille de notre vie collective au Québec. » Une bataille épique, oui, mais aussi très longue.

Les premières mesures sont initialement décrétées pour deux semaines. On comprend toutefois vite qu’on en a pour des mois. « Il n’y a pas personne, même les plus grands spécialistes dans le monde, qui sont capables de dire : ça va-tu durer deux mois ? Ou ça va durer un an ? » remarque François Legault dès le 19 mars.

Le coronavirus fait vite son chemin dans la province. Le 23 mars, le premier ministre annonce qu’il y a tout lieu « de croire qu’il commence à yavoir de la transmission communautaire. » De nouvelles mesures sont déployées pour tenter de protéger les aînés. « La dernière chose qu’on veut au Québec, c’est que le virus entre dans des résidences de personnes âgées.C’est ça qui est le plus dangereux », dit M. Legault ce même jour.

L’hécatombe

Or, l’hécatombe se prépare déjà. À ce jour, 75 % des 10 500 décès enregistrés au Québec l’ont été dans des CHSLD ou des résidences pour aînés. À travers ce carnage silencieux, ce sont tous les ratés de la première vague qui sont mis en lumière.

Le manque d’équipement de protection individuelle est criant. « Tout le monde, les villes, les écoles, les entreprises, tous ceux qui ont des masques, qui ont de l’équipement médical, il faut le ramener dans le réseau médical », demande François Legault le 29 mars.

« Pour certains équipements, on en a pour trois à sept jours », avoue-t-ille 31 mars. « On a actuellement 14 joursde gants, 13 jours de masques N95, 10 jours de masques chirurgicaux et 6 jours seulement de blouses »,détaille-t-il le 6 avril. Sur le terrain, les travailleurs de la santé donnent un son de cloche plus alarmiste : dans les faits, l’équipement manque ou, du moins, n’est pas où il devrait être.

Le manque de personnel — notamment de préposés aux bénéficiaires — est encore plus préoccupant, voire catastrophique. Pendant plusieurs semaines, le gouvernement demandera, puis implorera, tous ceux qui le peuvent à venir donner un coup de main pour soigner les aînés : des médecins et des militaires deviennent préposés. « On a besoin de bras, on a besoin de gens qui ont toutes sortes de formations médicales, dit François Legault le 14 avril. Il faut venir combler cette pénurie de préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD, et on a besoin de tout le monde. »

En chiffres

1110 C’est le nombre de cas positifs enregistré le 1er mai, le plus élevé de cette période.

1866 C’est le nombre d’hospitalisations enregistré le 13 mai, le plus élevé de cette période.

222 C’est le nombre le plus élevé de personnes aux soins intensifs pendant cette période, les 29 avril, 2 et 7 mai.

152 C’est le nombre de décès enregistré le 30 avril, le plus élevé de cette période.

Des milliers de travailleurs de la santé manquent à l’appel, parce qu’ils sont malades ou qu’ils ont peur de contracter la maladie. Le 23 avril, François Legault parle de 9500 travailleursde la santé absents dans le réseau. « C’est énorme. » Le 5 mai, 11 200 personnes sont absentes.

On comble comme on peut. Quelque 10 000 Québécois viendront prêter main-forte, en plus d’un millier de soldats. « Il y a beaucoup d’employés qui n’ont pas toutes les qualifications habituelles qu’on exige, remarque François Legault le 19 mai. [Mais] ça demeure très difficile dans le réseau de la santé. » La solution : une campagne lancée le 27 mai pour convaincre 10 000 personnes de suivre une formation accélérée pour devenir préposé aux bénéficiaires (en date du 3 mars 2021, 7700 nouveaux préposés avaient intégré le réseau).

Le chaud, le froid

À plusieurs reprises durant cette première vague, François Legault perçoit une lumière au bout du tunnel… mais celui-ci s’allonge à mesure. On souffle le chaud et le froid. « Le problème est vraiment dans [six] CHSLD », affirme-t-il le 9 avril. Le 10, il prédit que « les beaux jours s’en viennent ».

Or, le lendemain, le ton change complètement. « On a appris à 20 h, hier soir, qu’il y aurait eu 31 décès à la résidence privée Herron », relate-t-il en parlant d’un drame « épouvantable » (qui fait actuellement l’objet d’une enquête). La suite du mois d’avril et le début de mai verront les décès s’accumuler dans les résidences pour aînés du Québec.

« Peut-être qu’on ne s’attendait pas à autant de personnes infectées, confie le premier ministre le 15 avril. C’est un virus qui frappe très fort, puis on a vu que, dans certains cas, du personnel qui n’avait même pas de symptômes, bien, a probablement infecté des résidents. Et donc il faut comprendre qu’onn’arrivera pas, malheureusement, à sauver tout le monde. »

À partir de la mi-mai, le Québec entre dans une période de déconfinement général — la région de Montréal suit avec retard, et parfois pas du tout (écoles). Le 12 mai, après avoir multiplié les avertissements sur le faux sentiment de sécurité que procurent les masques artisanaux, François Legault et Horacio Arruda font une première apparition masqués. « J’ai voulu porter le masque, pas parce qu’on en a besoin ici, mais parce qu’on veut faire unesuggestion forte aux Québécois [de le porter] quand ils sortent de chez eux. »

Le 9 juin, le cap des 5000 décès est franchi, mais le pire de la crise semble passé. Du moins pour l’instant. « La majorité des experts s’entendent pour dire qu’il va y en avoir une, deuxième vague. À l’automne, ou on verra », prévenait déjà le docteur Arruda le 12 mai.

Quant au vaccin, c’est un espoir encore bien lointain. « C’est assez évident que, dans les prochains mois, même, peut-être, les prochaines années, il n’y aura pas de vaccin, affirme François Legault le 13 mai. On va être obligésd’apprendre à vivre avec le virus. »

En citations

«On a vu dans cette première phase un gouvernement qui était surtout en réaction, qui n’était pas prêt. Il y avait un grand défi pédagogique dans les communications. Ils ont fait de leur mieux dans le contexte, mais on a eu beaucoup de messages contradictoires à cette étape — sur les masques, sur le fait qu’on disait “ça va bien aller” alors que les aînés mouraient à côté…»

Mireille Lalancette, professeure et spécialiste de la communication politique, UQTR

«Je retiens surtout un degré d’impréparation abyssal. Et ce n’est pas parce qu’on n’était pas avertis. […] La Santé publique a été démantelée en 2015 par Gaétan Barrette, pour aller vers le tout-à-l’hôpital. Et ça a fait en sorte qu’on a été comme des queues de veau durant la première phase : on court des masques, les gens se promènent de zone froide en zone chaude, les CHSLD sont mal préparés, on n’a pas le personnel de recherche de contacts, on fonctionne par fax, etc. Je dis abyssal pour être gentille : on pourrait dire criminel, avec ces milliers de morts.»

​Louise Potvin, professeure à l’École de santé publique de l’UdeM, rédactrice en chef de la «Revue canadienne de santé publique»

L’été | 24 juin 2020 au 8 septembre 2020

On définit un ressac comme le « retour violent des vagues sur elles-mêmes, lorsqu’elles ont frappé un obstacle ». C’est un peu ce qu’a subi Danielle McCann le 22 juin, alors que François Legault profitait d’un répit dans la crise sanitaire — la fin de la première vague — pour la remplacer par Christian Dubé à la tête du ministère de la Santé.

Ce faisant, François Legault annonçait ses couleurs : une volonté de brasser le réseau de la santé pour « améliorer la gestion, améliorer l’imputabilité » et ne pas revivre le traumatisme du printemps. « Danielle a fait de grands changements en un an et demi. Mais il reste encore beaucoup de choses à faire. »

En chiffres

46 C’est le nombre de cas positifs enregistré le 18 août, le plus bas de cette période.

91 C’est le nombre d’hospitalisations enregistré le 5 septembre, le plus bas de cette période.

7 C’est le nombre le plus bas de personnes aux soins intensifs pendant cette période, le 27 juillet.

0 ​À 11 reprises durant cette période, on ne déplore aucun nouveau décès.

Sur le front sanitaire, « la situation est pas mal sous contrôle », note alors le premier ministre. Les réouvertures et autorisations se multiplient depuis un bon mois : rassemblements amicaux, musées, bibliothèques, modules de jeu dans les parcs, centres commerciaux, campings, sports d’équipe, restauration, salles de spectacle, le Québec se déconfine presque partout.

« À partir d’aujourd’hui, plutôt que de dire ce qu’on déconfine, on va vous dire ce qui n’est pas déconfiné : on change d’approche », dit Horacio Arruda le 26 juin. Le 3 juillet marque officiellement la « reprise de tous les secteurs d’activités économique », à l’exception des festivals, des camps de vacances et des combats sportifs.

Globalement, les indicateurs statistiques montrent que le virus circule moins. Il y a ainsi cinq fois moins d’hospitalisations à la fin de l’été qu’au début de celui-ci. Pendant une douzaine de jours durant l’été, le Québec enregistre moins de 100 cas positifs. L’accalmie permet aussi depréparer la suite : près de 7000 futurs préposés aux bénéficiaires suivent la formation accélérée pour être prêts à intégrer le réseau des CHSLD en septembre.

À Québec, le gouvernement et la Santé publique restent toutefois sur leurs gardes. « Le soleil, l’été nous font oublier le virus, remarque Horacio Arruda le 29 juin. Par contre, on sait qu’on va avoir potentiellement une deuxième vague… »

Le 13 juillet, François Legault remarque que « depuis une semaine, le nombre de cas [de contamination] a un peu augmenté. On voit qu’il y a de la transmission communautaire. On n’est pas encore rendus à une étape où c’est inquiétant, mais il faut être vigilants. » C’est ainsi que le port du masque (ou couvre-visage) devient obligatoire dans les transports encommun (13 juillet) et les endroits publics fermés (18 juillet).

La fréquentation des bars cause quelques maux de tête au gouvernement et à la Santé publique, qui rehausseront les mesures à leur égard. Somme toute, la saison estivale en sera une de répit et de vie un peu plus normale après le choc printanier… et avant la seconde vague.

En citations

« C’était nécessaire de permettre la reprise d’activités, les gens ont poussé un soupir de soulagement. Mais il y a eu une série de choses pas claires dans les communications — les directives de distanciation pour les jeunes (1 m, 1,5 m, ou 2 m), la question des rassemblements… »

Mireille Lalancette

« Le déconfinement était absolument nécessaire — les gens l’auraient fait de toute façon, sans encadrement. On a bien fait de ne pas permettre les festivals. Mais je retiens aussi que le gouvernement a voulu profiter de l’été pour tenter de réorganiser la santé publique et embaucher des gens. Or, dans une santé publique relativement désorganisée, intégrer des centaines de nouveaux employés, c’est difficile. »

Louise Potvin

L’automne | 8 septembre 2020 au 20 décembre 2020

Elle était peut-être anticipée depuis le printemps : n’empêche que personne n’a vu arriver la deuxième vague de la pandémie au Québec. Du moins pas sur le coup.

« On est dans la deuxième vague, dans son début », remarque Horacio Arruda le 21 septembre. Ce jour-là, il y a 585 nouveaux cas, une augmentation de 350 % en deux semaines. « Il y a du virus partout au Québec. »

Sauf qu’un mois plus tard, le ministre de la Santé, Christian Dubé, refera le calcul à rebours : la deuxième vague aurait finalement débuté versle 2 septembre — soit quelques joursavant le dévoilement du systèmed’alertes régionales et de son code de couleurs, et au moment où la rentrée scolaire battait son plein.

Mais peu importe la date précise, on retiendra surtout que la trêve estivale n’aura été que ça : un cessez-le-feu temporaire.

À mesure que les courbes retrouvent de l’altitude, l’inquiétude monte à Québec. Le gouvernement change de ton : après des semaines de tolérance générale, on demande maintenant aux policiers de distribuer des amendes à ceux qui ne respectent pas les différentes règles sanitaires. « Il y a une petite minorité de gens irresponsables qui ne suivent pas les consignes », relève François Legault le 10 septembre. « Certaines de ces personnes pensent encore qu’Elvis est vivant », raille-t-il.

Cinq jours plus tard, alors que huit régions changent déjà de palier d’alerte, François Legault souligne être « très inquiet de la situation qu’on vit actuellement, puis [de] la tendance qu’on voit au Québec ». « La situation est critique et inquiétante : il faut qu’on réagisse maintenant. » Ce même jour, après avoir « supplié » la population de collaborer avec la Santé publique pour faciliter la recherche de contacts, Horacio Arruda rappelle que « de façon générale, quand il y a des épidémies d’un nouveau virus, la première vague, elle est habituellement beaucoup plus petite que la deuxième, jusqu’à une proportion d’à peu près trois fois. »

Le visage de la crise a changé depuis le printemps : ce n’est plus Montréal et les résidences pour aînés qui concentrent les problèmes. La transmission communautaire fait son œuvre un peu partout, notamment parmi les jeunes.

Plongée dans le rouge

Le 28 septembre, une grosse partie du Québec passe en zone rouge (toutes les régions changent d’ailleurs de palier) : rassemblements interdits, salles de spectacle, cinémas et bars fermés, restaurants restreints aux commandes pour emporter. Par rapport au printemps, Québec parle d’un confinement plus « ciblé » — les écoles demeurent ouvertes, les commerces aussi. Mais « ilfaut donner un gros coup de barre », dit Horacio Arruda.

Durant les points de presse, François Legault évoque des « décisions difficiles » que le gouvernement prend en « essayant de faire de [son] mieux ». Deux grands objectifs encadrent la réflexion : protéger le réseau de la santé et garder les écoles ouvertes.

Mais les critiques sont souvent vives — le « ça va bien aller » du printemps ne convainc plus. « Il y a des gens qui disent qu’on va trop loin, puis d’autres qui disent qu’on ne va pas assez loin, relève le premier ministre le 7 octobre. Donc, je ne sais pas comment on pourrait plaire à tout le monde. » Il parlait alors des masques obligatoires dans les écoles secondaires, mais le constat s’est appliqué à plusieurs autres situations.

À la troisième semaine d’octobre,Québec croit avoir atteint un plateau d’environ un millier de cas par jour. Mais ce « plateau » passe à 1200 cas par jour, puis à 1500 et à 1800… Dans les faits, la situation ne cesse de se détériorer. Si plateau il y a, il monte par à-coups. Et dehors, l’automne installe sa grisaille.

En chiffres

163|2146 C’est le nombre de cas positifs enregistré le 8 septembre et le 20 décembre.

102|1010 C’est le nombre d’hospitalisations enregistré le 8 septembre et le 20 décembre.

15|146 C’est le nombre de personnes aux soins intensifs le 8 septembre et le 20 décembre.

2|21 C’est le nombre de décès enregistré le 8 septembre et le 20 décembre.

« Même quand il n’y a pas de pandémie, ce n’est pas facile, le mois de novembre, remarque le premier ministre le 3 de ce triste mois. Il fait noir, il commence à faire froid… » Mais « dès la fin décembre, il va commencer à faire plus clair, ajoute-t-il. Puis après, bien, on va commencer à cheminer vers le printemps ».

Dans l’immédiat, il faut surtout « passer à travers ». Malgré l’annonce selon laquelle le vaccin développé par Pfizer serait efficace à 90 %, le premier ministre prévient le 10 novembre qu’il faudra « tenir le coup encore pendant des mois ». « Les prochaines semaines vont être tough pour les Québécois », dit-il deux jours plus tard. Une fois de plus, on prévoit des « semaines critiques ».

Le 19 novembre, le gouvernement annonce tout de même un « contrat moral » devant permettre un assouplissement des règles pour le temps desFêtes… « si la situation épidémiologique actuelle se maintient ». Or, non.

« On ne va pas dans la bonne direction », observe M. Legault le 1er décembre. Il promet une décision finale sur les Fêtes avant le 11 décembre. Finalement, 48 heures suffiront pour faire volte-face.

En citations

« Le code de couleurs, c’était un bon coup. Mais on a vu plusieurs contradictions émerger : pourquoi fermer les restaurants, qui s’étaient bien adaptés, mais garder ouverts les centres d’achats ? À mon sens, ça a créé de la confusion et ça a nui à l’adhésion des citoyens. […] Et je pense que le plus mauvais coup de cette crise a été le “côté policier”, les amendes, l’appel à la délation… Ça a créé un climat social qui n’est pas souhaitable. »

Mireille Lalancette

« Le message du gouvernement a complètement changé : au lieu de dire qu’on s’en sortirait ensemble, on s’est mis à montrer du doigt ceux qui n’étaient pas “dociles”. […] Je n’ai pas cru aux rassemblements des Fêtes : je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça. Ils savaient que c’était à peu près impossible. La courbe continuait de s’accroître globalement au Québec, et il n’y a jamais eu de vrai plateau d’une dizaine de jours. »

Louise Potvin

L’hiver | 21 décembre 2020 au 12 mars 2021

Dans cette interminable crise de la COVID-19, un repère lumineux : le 14 décembre 2020, près de 300 Québécois (aînés et travailleurs en résidence) reçoivent une première dose de vaccin. Un peu d’espoir à la veille d’une des périodes les plus noires de la crise.

D’abord, le temps des Fêtes est amputé d’un de ses fondements — les rassemblements familiaux. « On est obligésde se rendre à l’évidence, dit François Legault dès le 3 décembre : ce n’est pas réaliste de penser qu’on va réussir à réduire la progression du virus de façon satisfaisante d’ici Noël. » Les deux journées de rassemblement jusque-là envisagées sont annulées avant même d’avoir pris forme. « On va avoir un Noël qui va être tranquille. »

Sur le terrain, non seulement la « progression du virus » ne ralentit pas, elle s’accélère. Entre le 3 décembre et Noël, le nombre d’hospitalisations augmente de 35 %, alors que le nombre de cas positifs quotidiens bondit de 45 %.

Rendu là, presque toutes les régions du Québec sont en zone rouge. Puis, comme au printemps dernier, le gouvernement ordonne la fermeture temporaire de tous les commerces nonessentiels — la mesure sera finalement en vigueur du 25 décembre au 8 février.

En chiffres

2365|698 C’est, en moyenne, le nombre quotidien de cas positifs enregistré pendant les sept premiers jours de janvier et de mars.

49|11 C’est, en moyenne, le nombre quotidien de décès enregistré pendant les sept premiers jours de janvier et de mars.

1257|613 C’est, en moyenne, le nombre quotidien d’hospitalisations enregistré pendant les sept premiers jours de janvier et de mars.

Le 29 décembre, alors qu’on enregistre un 200 000e cas, un premier variant est détecté — c’est un nouveau front qui s’ouvre dans la lutte.

Début janvier, le gouvernement abat donc une des dernières cartes de son arsenal : le couvre-feu, imposé de 20 h à 5 h partout. Le Québec n’en a pas connu depuis un siècle.

« La réponse [sur la hausse des cas suivant les Fêtes] est un peu dure, mais cela s’est passé beaucoup dans les maisons, justifie le premier ministre le 6 janvier. Face à ce constat, nous sommes obligés d’annoncer une espèce de traitement choc pour réduire le nombre de visites dans les maisons. »

Le réseau de la santé est sous haute pression. Pendant une dizaine de jours, le Québec enregistre entre 2500 et3000 cas positifs quotidiennement.Les hospitalisations atteignent unsommet à la mi-janvier — au moins 140 000 chirurgies ont été reportées depuis le début de la pandémie.

Et puis, tranquillement, la tension baisse. Les différentes courbes commencent à décliner, sauf celle de lavaccination (plus de 620 000 personnes ont reçu une première dose à ce jour).

Les craintes restent cependant nombreuses. « Ça fait un an qu’on résiste, il me semble qu’on n’est pas pour baisserles bras à quelques semaines de la fin »,disait François Legault mardi. Mais quand même, ajouta-t-il : « l’hiver achève, le beau temps s’en vient ».

Il avait employé essentiellement la même formule en avril 2020 : la différence, ici, c’est qu’il y a autre chose que le seul respect des règles sanitairespour espérer y arriver. « La vaccination, c’est du concret. »

En citations

« Le couvre-feu a été mal expliqué, mal justifié d’un point de vue scientifique. Mais si on regarde sur un an : compte tenu du contexte, du défi communicationnel, de la durée, du fait qu’il fallait envoyer une variété de messages à des gens de tous les âges et métiers, je pense que Québec a fait de son mieux. Certains messages auraient pu être travaillés autrement, mais c’est facile à dire a posteriori. »

Mireille Lalancette

« Avec le couvre-feu, on semble avoir évité les événements superpropagateurs. Et on a fait le bon choix de maintenir les enfants à l’école. […] On est maintenant dans une posture nettement meilleure que durant les Fêtes. Mais il faut encore suivre l’effet des variants… et il faudra aussi voir comment va se faire la cohabitation entre humains vaccinés ou non. »

Louise Potvin



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