Deux enquêtes déclenchées pour déterminer les causes du décès de Mireille Ndjomouo

Trois jours avant son décès à l’Hôpital général juif, Mireille Ndjomouo a publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on la voit demander de l’aide afin de quitter l’hôpital Charles-Le Moyne.
Photo: Capture d'écran Trois jours avant son décès à l’Hôpital général juif, Mireille Ndjomouo a publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on la voit demander de l’aide afin de quitter l’hôpital Charles-Le Moyne.

Le décès d’une femme de 44 ans, Mireille Ndjomouo, qui a publié un appel à l’aide vidéo lors de son hospitalisation à l’hôpital Charles-Le Moyne, à Longueuil, fait l’objet de deux enquêtes.

Le coroner a annoncé vendredi la tenue d’une enquête pour déterminer les causes et les circonstances qui ont mené au décès de cette mère de trois enfants, d’origine camerounaise.

Le p.-d.g. du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Centre a quant à lui mandaté la direction de la qualité pour examiner la situation.

Le 7 mars dernier, trois jours avant son décès à l’Hôpital général juif, Mireille Ndjomouo a publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on la voit demander de l’aide afin de quitter l’hôpital Charles-Le Moyne.

« Je viens vous supplier de me faire sortir de cet hôpital. J’avais un mal seulement à ma jambe. C’est pour ça que je suis venue ici. Mais depuis que je suis ici, c’est comme s’ils me tuent à petit feu. Ils me font gonfler le corps, je n’arrive plus à respirer. J’ai des boutons partout sur moi, de la tête aux pieds. S’il vous plaît, mes chers compatriotes, je vous en supplie, partagez cette vidéo dans tous les réseaux sociaux. Je demande au docteur de me transférer dans un autre hôpital, là où je serai mieux suivie, mais il ne veut pas », lance Mireille Ndjomouo, admise à l’hôpital Charles-Le Moyne le 1er mars dernier.

Après quelques jours à l’hôpital, Mireille Ndjomouo exprime la volonté d’être transférée dans un autre établissement. En vain. Elle s’inquiète pour son état de santé et pense avoir reçu un antibiotique auquel elle est pourtant allergique. Seule dans sa chambre d’hôpital, sans avoir le droit de recevoir de visite de sa sœur, Mireille Ndjomouo appelle à l’aide dans une vidéo.

Elle y précise qu’une infirmière se serait aperçue qu’un médicament qui lui était donné par intraveineuse n’aurait pas été le bon. L’établissement n’a pas souhaité commenter cette affirmation au Devoir pour des raisons de confidentialité.

Sa sœur, Christine Ndjomouo, estime que cela l’a fait paniquer. « Elle s’est dit qu’elle n’avait pas une bonne prise en charge », explique-t-elle au Devoir. « Tout ce que je sais, c’est qu’au dossier, il y a un antibiotique qui a été donné. Mais j’ignore pourquoi », ajoute la sœur de Mireille Ndjomouo, infirmière clinicienne de formation qui affirme avoir consulté les notes au dossier de sa sœur lors de sa visite à l’hôpital Charles-Le Moyne.

Alors qu’elle se bat pour pouvoir aller au chevet de sa sœur depuis plusieurs jours, Christine Ndjomouo se voit systématiquement refuser l’accès. Jusqu’à la publication dimanche matin de la vidéo de sa sœur sur les réseaux sociaux, qui a été vue par des milliers de personnes.

« Ma sœur m’appelait en pleurs au téléphone. Je suis venue samedi. On ne me laissait pas monter. J’ai appelé la police, mais ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire. Dimanche matin, ma sœur m’avait envoyé une vidéo qu’elle avait tournée. Cette vidéo a réveillé tout le monde. Avec ça, les gens sont allés à l’hôpital pour m’aider à entrer et j’ai finalement réussi à aller la voir », lance-t-elle.

Martine Lesage, conseillère-cadre aux relations avec les médias du CISSS de la Montérégie-Centre n’a pas souhaité faire de commentaire. « En respect de la loi, notre établissement ne peut commenter publiquement le dossier d’un patient puisqu’il s’agit de renseignements confidentiels », a-t-elle précisé par courriel.

Elle explique également que les visites aux patients sont actuellement restreintes en raison de la pandémie.

« Considérant que nous sommes situés en zone rouge, un proche aidant par jour peut accompagner un usager, sauf exception. Un nombre maximum de deux proches aidants différents pouvant se relayer doivent être identifiés. De plus, soulignons qu’en tout temps, il peut y avoir restriction de visites selon certaines circonstances », précise l’hôpital.

Une fois auprès de sa sœur, Christine Ndjomouo apprend que la vie de sœur est réellement en danger. Elle affirme que le médecin aurait remis en question la lucidité de Mireille Ndjomouo, mais elle lui confirme qu’elle est en plein contrôle de ses moyens. Le transfert vers l’Hôpital général juif est alors officiellement demandé. Mais Mireille Ndjomouo décède mardi, une heure après avoir reçu un diagnostic de lymphome. L’enquête du coroner devra confirmer quelles sont les causes exactes du décès.

« Le lendemain matin, tout était très clair, je pouvais venir la voir. Si elle était allée là [à l’Hôpital général juif] dès la première fois, on aurait pu se parler de beaucoup de choses. Elle meurt, j’ai des questions et pas de réponses. Elle a un fils de 14 ans, il y a des choses que j’aurais voulu demander, mais elle est partie, je n’ai pas eu le temps de lui parler, car elle était dans la peur. Au moins elle a pu mourir où elle voulait, entre de bonnes mains », lance-t-elle.

« Au moins si elle avait pu voir sa famille, ça aurait pu la calmer. Selon elle, elle ne recevait pas les soins adéquats, elle a fait des crises, mais personne n’écoutait. Elle voulait changer d’hôpital. Si on avait été un peu humain avec elle, et qu’elle mourait, ça ne m’aurait pas dérangé comme maintenant », conclut Mme Ndjomouo.

Des réponses à venir

Alors qu’une enquête du coroner est en cours pour déterminer les causes et les circonstances qui ont mené au décès de Mireille Ndjomouo, le p.-d.g. du CISSS de la Montérégie-Centre a quant à lui mandaté la direction de la qualité pour examiner la situation.

Atterré par la vidéo de Mireille Ndjomouo, l’avocat montréalais Aric Jackson Kingne Wekouo a décidé de s’occuper du dossier au nom de la famille de la défunte.

« On veut juste avoir des réponses, on veut savoir ce qui s’est passé, pourquoi elle n’a pas été transférée quand elle l’a demandé. Comment en vient-on à lancer un SOS sur les réseaux sociaux pour être transférée ? Pour nous, ça n’a pas de sens », lance Me Kingne Wekouo. « On dirait quelqu’un qui est dans une prison quelque part dans un pays très peu démocratique, qui lance un cri d’aide comme ça », ajoute-t-il sans pour autant tirer de conclusions pour le moment.

L’avocat affirme qu’il fera analyser son dossier médical par des experts pour voir s’ils corroborent la version qui sera donnée par l’hôpital Charles-Le Moyne.

« C’est dur de voir le témoignage de quelqu’un qui ne vit plus aujourd’hui qui dit : on va me tuer. C’est terrible », conclut-il.

Une manifestation est prévue samedi à 15 h devant l’hôpital Charles-Le Moyne, organisée par le groupe Justice pour Mireille Ndjomouo, qui a été créé sur Facebook dans la foulée des évènements.

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