Québec assouplit les règles pour créer plus rapidement des places en garderie

François Legault promettait de créer pas moins de 50 000 places, grâce à la création des maternelles 4 ans.
Photo: iStock François Legault promettait de créer pas moins de 50 000 places, grâce à la création des maternelles 4 ans.

Les parents devront prendre leur mal en patience et se débrouiller autrement. Tout indique que le gouvernement Legault ne réussira pas à respecter sa promesse faite aux familles en matière de services de garde.

Québec espère désormais pouvoir ouvrir de 5000 à 7000 nouvelles places subventionnées, d’ici mars 2022, en procédant à un assouplissement des règles administratives devant permettre d’accélérer les travaux.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, s’est engagé vendredi à réduire d’un an le processus de création de nouvelles places en garderie, en ramenant de 17 à 9 le nombre d’étapes à suivre pour mener à bien les projets et réaliser les travaux de construction. Le délai requis pour réaliser un projet du début à la fin passerait de trois à deux ans, en moyenne.

Les places promises vendredi pour l’année qui vient ne seront disponibles que « si tout va bien avec les promoteurs sur le terrain », a nuancé le ministre.

Au début du mandat du gouvernement Legault, en février 2019, le ministre Lacombe s’était pourtant engagé à créer 13 500 nouvelles places dans les services de garde subventionnés, principalement dans les Centres de la petite enfance (CPE), et ce, en moins de deux ans.

Quelques mois plus tôt, en campagne électorale, alors dans l’opposition, le chef caquiste François Legault promettait de créer pas moins de 50 000 places, grâce à la création des maternelles 4 ans, qui allaient faire en sorte de libérer des milliers de places. Résultat : un gouvernement caquiste allait éliminer la liste d’attente.

Deux ans et demi plus tard, on est bien loin du compte puisqu’il n’a mis à la disponibilité des parents qu’entre 2000 et 2500 places, alors que les besoins ne cessent d’augmenter.

Pendant ce temps, la liste d’attente pour obtenir une place a bondi à 51 000 noms. Depuis l’élection du gouvernement Legault, cette liste s’est allongée d’environ 10 000 noms.

En conférence de presse, malgré ces chiffres, le ministre a estimé que l’incapacité de son gouvernement à livrer la marchandise d’ici la fin du mandat en octobre 2022 demeurait « hypothétique ». « Regardez-nous aller. On fera le bilan à la fin », a-t-il dit, ajoutant qu’il ne serait pas « gêné » de sa performance.

Le ministre a aussi eu de la difficulté à expliquer pourquoi il avait mis deux ans et demi avant de constater les problèmes administratifs au sein de son ministère et à corriger le tir. « On n’a pas perdu notre temps », a-t-il assuré.

« La principale contrainte au développement de places, elle s’appelle Mathieu Lacombe », a jugé de son côté le porte-parole du dossier pour l’opposition libérale, le député Marc Tanguay, en point de presse. Le gouvernement caquiste a le pire bilan des gouvernements des dernières décennies, selon lui, « un bilan désastreux » en ce domaine.

Peu après, M. Tanguay s’est fait qualifier de « Schtroumpf grognon » par le ministre, qui a dû se soumettre pendant deux heures vendredi à l’Assemblée nationale aux questions et critiques des partis d’opposition, dans le cadre d’une interpellation sur sa gestion du réseau des garderies, en marge de son annonce.

L’incapacité du ministre de tenir les promesses de son gouvernement, « ce sont les familles du Québec, ce sont les femmes qui en payent le prix », a dit d’entrée de jeu la porte-parole péquiste, la députée Véronique Hivon, qualifiant la situation de « vraie crise ».

Aux yeux de la députée solidaire Christine Labrie, l’important est de savoir si au terme du mandat de quatre ans du gouvernement caquiste il y aura davantage de places disponibles « ou s’il va y en avoir moins » qu’au moment de son élection. « Question hypothétique », a répliqué encore le ministre de la Famille.

Par ailleurs, à l’allègement des règles administratives annoncé vendredi correspondra un allègement des contrôles.

Québec va revoir à la baisse les normes reliées aux appels d’offres publics. Actuellement, tout projet de construction d’un nouveau service de garde doit faire l’objet d’un appel d’offres à partir de 50 000 $. Désormais, le promoteur d’une garderie n’aura pas à se soumettre à ce processus si le projet est inférieur à 105 700 $. Il pourra fonctionner de gré à gré.

Le ministère se montrera « plus flexible » et dorénavant les contrôles gouvernementaux visant à garantir la qualité des travaux et le bon usage des fonds publics « seront au bon endroit », promet le ministre.

Les promoteurs auront également droit à une avance de fonds de 50 000 $, dès le lancement de leur projet.

« Moins de “parlage”, plus de “faisage” »

Le mois dernier, le ministre avait avoué son impuissance à accélérer le processus, faisant valoir que les règles administratives en vigueur dans son ministère étaient trop rigides et trop nombreuses.

Il disait vouloir simplifier et assouplir le processus, s’engageant alors à rédiger un livre blanc et déposer à l’automne un projet de loi destiné à revoir la structure du réseau et l’encadrement des services de garde au Québec, en fonction de la vision de son gouvernement.

« Moins de “parlage”, plus de “faisage” », a résumé M. Lacombe, en rappelant son engagement à tenir une consultation sur le sujet.

Il faut s’attendre notamment à ce que le gouvernement transforme le processus d’attribution de places en garderie.

Actuellement, les projets de création de places doivent émaner de la communauté. Pas de projets soumis dans telle ou telle région, pas de places pour les enfants. « Comment on pourrait faire les choses autrement ? », s’est interrogé M. Lacombe.

En parallèle, le ministre devra s’attaquer au problème criant de pénurie d’éducatrices.

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