D’anciens employés forcés de revenir à la DPJ

Outre les ex-employés forcés de revenir, les employés actuels de la DPJ ne peuvent plus quitter pour d’autres postes au sein du CIUSSS, précise le syndicat.
Photo: iStock Outre les ex-employés forcés de revenir, les employés actuels de la DPJ ne peuvent plus quitter pour d’autres postes au sein du CIUSSS, précise le syndicat.

Dans la capitale, d’anciens intervenants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ont été forcés de réintégrer leur ancien emploi par le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS).

Vivement dénoncée par le syndicat qui représente ces employés, cette pratique a débuté à la mi-janvier en raison du manque de personnel. « On a douze salariés qui sont ramenés de force pour travailler à l’accueil, évaluation, orientation de la DPJ », s’insurge Nicole Cliche du Syndicat des professionnelles, techniciennes et techniciens de la santé et des services sociaux Capitale-Nationale–CSN.

Si le CIUSSS a pu leur forcer la main, c’est qu’il est toujours leur employeur, ces personnes ayant quitté la Protection de la Jeunesse pour d’autres secteurs au sein de l’organisation.

Ce sont des gens qui sont partis parce qu’ils ont vécu des traumatismes, que la pression était trop élevée et qu’ils avaient besoin de recharger leurs batteries.

Selon le CIUSSS, de telles mesures étaient nécessaires en raison de la liste d’attente des cas soumis à la DPJ. « Malgré nos efforts, nous avons dû prendre des mesures exceptionnelles pour avoir la contribution d’employés compétents qui avaient obtenu des postes ailleurs dans notre organisation », a souligné une porte-parole du CIUSSS en soirée, mercredi.

Il s’agit, précise-t-on, d’une mesure d’exception qui se veut temporaire.

« Nos actions à ce niveau ont été guidées par le fait que nous ne pouvons tolérer de liste d’attente pour des enfants dont on nous a signalé un risque pour leur sécurité ou leur développement. Il faut minimalement évaluer ces situations et prendre les mesures appropriées sans délai ».

Pourquoi les employés en question ne veulent-ils pas revenir ? Certains ont déjà beaucoup donné à la DPJ, parfois au détriment de leur vie personnelle, rétorque le syndicat. « Ce sont des gens qui sont partis parce qu’ils ont vécu des traumatismes, que la pression était trop élevée et qu’ils avaient besoin de recharger leurs batteries. »

Selon Mme Cliche, une employée avec un diagnostic de traumatisme reconnu par un médecin a néanmoins pu échapper au déplacement forcé.

Employés forcés de rester

Outre les ex-employés forcés de revenir, les employés actuels de la DPJ ne peuvent plus partir pour d’autres postes au sein du CIUSSS, signale le syndicat.

Cette seconde mesure touche 40 personnes sur les quelque 800 que comptent les effectifs de la Direction de la protection de la jeunesse au CIUSSS. « Dans le contexte actuel, je pense que l’employeur a pris la moins bonne des décisions », déplore Mme Cliche.

À ses yeux, cela risque de nuire au recrutement, les nouveaux venus craignant d’être à leur tour privés de mobilité. « Les gens ne peuvent pas partir, ceux qui avaient réussi à quitter le bateau sont ramenés de force. Ça se parle dans tous les services. »

Cette situation survient alors qu’un arrêté ministériel donne toujours aux CIUSSS des pouvoirs exceptionnels en matière de relations de travail. L’arrêté 007 permet notamment au réseau de la santé de faire fi des conventions collectives dans certaines circonstances. C’est en vertu de cet arrêté notamment que des infirmières ont été privées de vacances au plus fort de la crise.

Depuis le drame de Granby et la commission Laurent, la pression est forte pour réduire les listes d’attente au sein des directions de la jeunesse.

En septembre dernier, le CIUSSS de la Capitale-Nationale avait pourtant réussi à vider sa liste d’attente qui comptait 300 cas avant la pandémie. Or, il semble qu’elle ait recommencé à s’allonger ces derniers mois pour s’élever aujourd’hui à 90 noms, selon les données du syndicat.

En août 2020, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, avait quant à lui annoncé l’embauche prochaine de 300 intervenants supplémentaires aux 600 déjà embauchés au cours de la dernière année.

 

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