Une première femme nommée numéro deux des Forces armées canadiennes

La lieutenante-générale Allen était récemment la représentante militaire du Canada au quartier général de l’Alliance atlantique (OTAN) à Bruxelles.
Photo: La Presse canadienne/HO-Facebook-Royal Canadian Air Force/Sgt. Johanie Mahieu La lieutenante-générale Allen était récemment la représentante militaire du Canada au quartier général de l’Alliance atlantique (OTAN) à Bruxelles.

La lieutenante-générale Frances Allen devient la première femme à être nommée commandante en second des armées au Canada. Sa nomination au poste de vice-chef d’état-major de la Défense a été annoncée mardi matin, à un moment où l’armée est plongée dans un processus d’introspection, à la suite d’allégations explosives d’inconduites visant deux officiers de haut rang.

L’ancien chef d’état-major, le général Jonathan Vance, et son successeur, l’amiral Art McDonald, qui s’est temporairement retiré du poste à peine six semaines après son entrée en fonction, font face à des allégations de comportement inapproprié.

La lieutenante-générale Allen était récemment la représentante militaire du Canada au quartier général de l’Alliance atlantique (OTAN) à Bruxelles. Elle est par ailleurs la deuxième femme à avoir atteint le grade de lieutenant-général au sein des Forces armées canadiennes. Elle était considérée comme une candidate potentielle pour succéder à M. Vance, avant que l’amiral McDonald ne soit sélectionné pour le poste. Elle serait alors devenue la toute première femme à occuper le poste de cheffe d’état-major au Canada.

Mme Allen remplace le lieutenant-général Mike Rouleau, qui était en lice pour le poste de chef d’état-major par intérim de la Défense, un poste finalement confié au lieutenant-général Wayne Eyre. M. Rouleau occupera à Ottawa un nouveau rôle de conseiller stratégique auprès du chef d’état-major par intérim, un poste de deux ans sur « les capacités futures » de l’armée.

Qui savait quoi ?

Tout en saluant mardi matin la nomination de Mme Allen, le chef conservateur, Erin O’Toole, a estimé que, dans l’ensemble, la confiance dans l’armée s’érode — et les communiqués de presse sur les nominations ne vont pas la sauver. « Nous devons montrer une action rapide et sérieuse pour les hommes et les femmes en uniforme, en particulier les femmes, qui ont besoin de constater que leurs voix seront entendues, a déclaré M. O’Toole. Et jusqu’ici, les libéraux ont été plus soucieux d’éviter la responsabilité que de montrer que nos Forces armées canadiennes doivent être une institution préservée et respectée. »

M. O’Toole était ministre dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper qui a nommé M. Vance chef d’état-major en 2015, mais il a assuré mardi qu’il n’avait pas pris part à cette décision. L’enquête menée par le Comité de la défense des Communes tente de déterminer, notamment, les circonstances de son choix, en plus de comprendre la façon dont le gouvernement libéral a traité les allégations visant MM. Vance et McDonald.

Cette enquête a été amorcée lorsque le réseau Global a annoncé que M. Vance avait eu une relation continue avec une subordonnée, qui s’est poursuivie après avoir été nommé chef d’état-major de la Défense — il promettait alors d’éliminer les inconduites sexuelles au sein de l’armée. Global a également fait état d’allégations selon lesquelles M. Vance aurait envoyé en 2012 un courriel à une autre subordonnée, beaucoup plus jeune que lui, suggérant qu’elle l’accompagne dans un centre de villégiature naturiste.

M. Vance n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires de La Presse canadienne et les allégations n’ont pas été vérifiées de manière indépendante. Global News a rapporté que M. Vance avait nié tout acte répréhensible. Les allégations visant M. McDonald ont fait surface après ces reportages. Les libéraux soutiennent qu’ils ne savaient rien de ces allégations lorsqu’ils l’ont nommé chef d’état-major.

Entendre les plaignantes

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a lui aussi estimé que les libéraux avaient commis des erreurs. « Avec deux personnes qui sont dans des positions tellement importantes, [les libéraux] ont encore, il me semble, ignoré des plaintes ou des préoccupations tellement graves », a-t-il dit en conférence de presse.

« Et ce que ça envoie comme message aux femmes qui travaillent dans le [secteur] militaire, c’est qu’elles ne sont pas écoutées. Ça, c’est un problème. Ça, c’est inacceptable », a-t-il ajouté.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a lui aussi salué la nomination de Mme Allen, mais a déploré le fait que les libéraux ne prennent pas leurs responsabilités. « La nomination d’une femme comme numéro deux des Forces armées — et pourquoi pas numéro un ? — me semble une idée de nature à donner un sentiment de sécurité et de confiance accru aux candidates et aux femmes qui sont déjà à l’intérieur des Forces armées », a-t-il dit en conférence de presse mardi matin.

Le premier ministre Justin Trudeau a soutenu mardi midi que son gouvernement avait « toujours démontré l’importance de mettre des femmes dans des positions de pouvoir ».

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