Le suspect du double meurtre à Sainte-Sophie avait un lourd passé violent

L’homme suspecté d’avoir tué son ex-conjointe et sa belle-mère lundi soir dans les Laurentides avait écopé de travaux communautaires il y a à peine deux ans après avoir plaidé coupable pour des accusations de violence conjugale envers une autre femme. Des organismes d’aide aux victimes déplorent que son passé violent n’ait pas été suffisamment pris au sérieux par la justice.

« Des antécédents à l’égard d’une conjointe ou d’une ex-conjointe, c’est vraiment le facteur de risque le plus important », souligne Louise Riendeau du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Le suspect, un homme de 33 ans, aurait tué Myriam Dallaire et sa mère, Sylvie Bisson, dans leur résidence de la rue Samson, à Sainte-Sophie. Son identité n’a pas encore été confirmée par la Sûreté du Québec (SQ), puisque son état de santé n’a toujours pas permis aux enquêteurs de le rencontrer.

Selon nos informations, Myriam Dallaire et le suspect s’étaient récemment séparés et l’homme n’acceptait pas la rupture. Des organismes d’aide aux victimes de violence conjugale se désolent de constater que cet homicide conjugal n’a pas été prévenu, alors qu’il y avait d’importants indices de dangerosité.

L’homme avait notamment reconnu avoir « grafigné » et menacé de mort une autre femme dans un contexte de violence conjugale en janvier 2018. « La séparation ne s’est pas bien faite. Il y a eu une bousculade et des mots malheureux ont été échangés », avait expliqué son avocat à l’époque.

L’homme avait alors assuré avoir repris sa vie en main. « J’ai décidé de changer », avait-il plaidé devant le tribunal.

« Il a commis un acte, il s’est excusé et il a dit : “Promis, je ne recommencerai jamais.” Et on l’a cru sur parole. Il a reproduit le cycle de violence avec la justice », regrette Sabrina Lemeltier, présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape, qui accueillent les femmes présentant le plus haut risque de se faire assassiner.

Vraisemblablement, il était en couple avec Myriam Dallaire lorsqu’il a enregistré son plaidoyer de culpabilité, puisque l’adresse qui figure au dossier est celle où le meurtre a été commis lundi.

Des antécédents omis

Ce qui choque le plus les intervenantes, c’est que l’homme avait d’autres antécédents qui font état de son comportement violent, qui, selon elles, n’ont pas été considérés. En 2011, l’homme avait reconnu avoir battu un quinquagénaire à coups de barre de métal avec trois autres complices. Les hommes avaient reçu une commande pour donner un « avertissement » à un vendeur de stupéfiants.

« Le système de justice n’a pas fait la relation entre ses actes, alors qu’on aurait pu envoyer un message fort à cet homme, qui avait déjà un passé violent, qui s’est retrouvé devant le tribunal pour de la violence conjugale, et qu’on a laissé aller sans évaluer sa dangerosité », mentionne Mme Lemeltier.

Il a commis un acte, il s’est excusé et il a dit : “Promis, je ne recommencerai jamais.” Et on l’a cru sur parole. Il a reproduit le cycle de violence avec la justice.

 

Il faut cesser de se fier seulement à la parole du contrevenant, renchérit Mme Riendeau, qui siège au Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale, qui a été mis sur pied par le Bureau du coroner en janvier 2018.

Des voyants rouges, des « signes bien identifiables » — comme une séparation récente, une perte d’emprise sur la victime, du harcèlement ou encore des antécédents de violence — qui doivent impérativement être mieux décelés pour faire diminuer le triste bilan des meurtres conjugaux, soulignait le comité lors du dépôt de son premier rapport en décembre dernier.

« Le problème, c’est qu’il y a très peu de suivis auprès des conjoints violents. Est-ce que [Myriam] était au courant de ses antécédents ou lui a-t-il fait croire que son ex était une folle et qu’avec elle, ça allait être différent ? » illustre Mme Riendeau. « La violence est souvent difficile à identifier surtout lorsqu’elle n’est pas physique. C’est pourquoi il est important de faire de la sensibilisation sur tous les gestes de contrôle », ajoute-t-elle.

Le premier ministre François Legault a tenu à adresser quelques mots aux Québécois mercredi lors de son point de presse sur l’état de la pandémie.

« Il n’y a rien de masculin, il n’y a rien de viril d’être violent avec une femme. Au contraire, je trouve ça lâche », a-t-il dit. « On est dans une société civilisée, nos femmes et nos enfants ont le droit à un milieu sécuritaire, alors passons le mot et espérons qu’avec les mesures qu’on met en place pour les centres d’hébergement pour les femmes, la situation enfin s’améliore. »

Besoin d'aide?

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez contacter SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010.



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