Budget 2021-2022: le manque de nouveaux logements sociaux fait craindre le pire pour la ville d’Edmonton

La ville d’Edmonton enregistre au moins 2000 personnes sans domicile fixe, sur une population totale avoisinant un million d’habitants.
Photo: Tetyana Babiy Getty Images La ville d’Edmonton enregistre au moins 2000 personnes sans domicile fixe, sur une population totale avoisinant un million d’habitants.

Le gouvernement albertain a annoncé la semaine dernière son intention de réduire de 25 % le financement des infrastructures municipales au cours des trois prochaines années. Une mesure décriée par la Ville d’Edmonton, qui craint de voir le nombre de sans-abri augmenter.

« Le budget de l’Alberta est terrible », déclare sans détour Jim Gurnett, militant durant près de 40 ans sur les questions de logement pour l’Edmonton Coalition on Housing and Homelessness.

Selon lui, le budget 2021-2022, qui a été déposé jeudi dernier, ne rend pas compte de la réalité actuelle des Albertains. « Nous aurions besoin d’au moins 20 000 logements abordables, alors que nous n’en obtenons que quelques centaines. Le budget contient juste assez d’argent pour construire 1000 logements, dans le courant de l’année, et ce, dans toute la province », explique-t-il.

Le budget a été présenté comme un budget « humaniste », axé sur la protection des vies et des moyens de subsistance. Le gouvernement de Jason Kenney dit « maintenir » un financement d’environ 193 millions de dollars pour les services de soutien et de proximité aux sans-abri, dans le cadre du nouveau budget 2021-2022, qui entrera en vigueur le 1er avril.

Or, dans le budget précédent, qui se terminera le 31 mars, la somme allouée pour cette même catégorie était d’environ 248 millions, accusant ainsi une baisse réelle de 55 millions.

Le budget enregistre aussi une réduction de 22 % des aides sociales dans la catégorie Société de logement social de l’Alberta, passant d’environ 298 millions à 276 millions des dépenses prévues l’an prochain.

Les restrictions budgétaires annoncées auprès des municipalités risquent fort non seulement de renforcer la précarité, mais aussi d’augmenter les coûts associés au problème d’itinérance. Le maire d’Edmonton, Don Iveson, n’a pas mâché ses mots ni caché son inquiétude. « Je suis mal à l’aise et déçu, la province n’est toujours pas prête à travailler avec Edmonton sur la question des logements sociaux », déplore-t-il sur son compte Twitter.

En effet, il n’y a pas de nouveaux fonds pour de nouveaux logements sociaux comme il l’avait demandé, soit 5,9 millions supplémentaires. Don Iveson tire la sonnette d’alarme et dénonce le manque de cohérence du gouvernement. « Les logements sociaux permettent de garantir aux personnes qui ont des besoins importants de sortir de la rue et d’être en sécurité, surtout en temps de pandémie. Mais nous avons aussi des montagnes de preuves qui démontrent que les logements sociaux réduisent les coûts pour les budgets de la santé, de la justice et des forces de l’ordre, au moment même où la province cherche à faire des économies », souligne le maire.

Le logement social pour éviter la rue

En attendant, la ville d’Edmonton enregistre au moins 2000 personnes sans domicile fixe, sur une population totale avoisinant un million d’habitants. Il y existe 10 refuges, dont 5 supplémentaires ont été installés grâce à l’argent du gouvernement fédéral, en raison de la COVID-19.

Si la question du logement social demeure cruciale, c’est parce qu’elle peut vraiment changer les choses dans une province où les loyers restent élevés. « En Alberta, les gens qui ont un logement social paient un loyer qui est inférieur de 15 ou 20 % à celui du marché », décrit Jim Gurnett.

Selon lui, il existe 25 000 logements sociaux à Edmonton où les locataires dépensent 50 % de leurs revenus pour payer leur loyer. « Si les gens n’ont pas assez d’argent pour payer ce qui correspond au prix du marché, ils deviennent des sans-abri. Certaines personnes ne sont pas encore à la rue, mais il y a un danger qu’elles le deviennent », prévient-il.

Aujourd’hui, il précise qu’il y a plus de personnes qui vivent aujourd’hui dans la rue qu’auparavant. Une responsabilité qu’il attribue aux gouvernements fédéral et provincial qui ont cessé de construire des logements il y a plusieurs années. « De 1950 à 1993, au Canada, on a investi beaucoup d’argent dans la construction de logements sociaux, et il y avait alors très peu de sans-abri. En 1993, les gouvernements ont arrêté », rappelle le militant de l’Edmonton Coalition on Housing and Homelessness.

De son côté, Don Iveson appréhende ces coupes budgétaires et prévoit déjà « des pertes d’emplois pour la ville, mais aussi dans toute la province, durant la période la plus fragile de la reprise économique », conclut-il.

 
 

Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément que le montant alloué par l’Alberta aux services de soutien et de proximité aux sans-abri en 2019-2020 était de 284 millions de dollars, a été modifiée.

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