Le désir inébranlable de soigner pour une immigrante mexicaine

Il y a un an, presque jour pour jour, Alma Leticia Anguiano s’inscrivait sur le site «Je contribue».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il y a un an, presque jour pour jour, Alma Leticia Anguiano s’inscrivait sur le site «Je contribue».

Prêter main-forte en CHSLD au plus fort de la première vague de COVID-19 n’a pas été de tout repos pour Alma Leticia Anguiano. Mais ces quatre mois intenses ont laissé intact son rêve de devenir infirmière auxiliaire, sur le point de devenir réalité.

Si tout va bien, la femme âgée de 38 ans pourra exercer ses nouvelles fonctions l’an prochain. Mme Anguiano caresse d’ailleurs le rêve de s’envoler un jour vers le Grand Nord québécois, pour venir en aide aux communautés inuites du Nunavik. « S’il y a quelqu’un qui a besoin de nous, c’est bien eux », estime celle qui a quitté le Mexique pour s’installer au Québec en 2014.

Il y a un an, presque jour pour jour, Alma Leticia Anguiano s’inscrivait sur le site « Je contribue », déployé en urgence par le gouvernement pour « ajouter des bras » dans le réseau de la santé. Le nouveau coronavirus déferlait alors sur la province.

Dès avril, la jeune femme a été embauchée pour travailler au CHSLD René-Lévesque, à Longueuil. Elle a également été envoyée en renfort dans d’autres centres d’hébergement de la région.

Sur la ligne de front

L’étudiante en soins infirmiers raconte s’être rapidement sentie épuisée à force d’enchaîner les quarts de travail sans préavis, et sans pouvoir faire de pause très souvent. Elle se souvient surtout de son découragement envers la gestion déficiente des ressources humaines aux établissements de santé et l’insouciance du réseau pour la santé des employés.

« Ils deviennent propriétaires de ton temps, sans se demander si tu as des engagements familiaux ou pas », déplore celle qui soutient avoir vu des dizaines de collègues quitter leur poste, poussés à bout.

Pendant ses quatre mois en CHSLD, Mme Anguiano était chargée de surveiller les entrées et les sorties de l’établissement, devant faire respecter les consignes sanitaires et désinfecter les surfaces. Un poste que, généralement, « personne ne veut faire » et qui lui a valu, dit-elle, le mépris et l’arrogance de certains employés, offusqués de devoir respecter ce nouveau protocole.

« Ils devaient signer le registre des entrées et des sorties s’ils ne montraient pas leur carte d’identification, mais plusieurs le prenaient mal, notamment les infirmières avec une certaine ancienneté. » « Je devais être très stricte là-dessus, car autrement, j’aurais pu avoir des problèmes, ajoute la jeune femme. J’ai dû faire des rapports pour non-respect des procédures à plusieurs reprises. »

Une oreille pour les résidents

La jeune femme a toutefois rapidement tissé des liens avec les résidents, en quête plus que jamais de contacts humains. « Au 3e étage, il y avait cette dame en fauteuil roulant qui aimait descendre au fumoir, raconte Mme Anguiano. Elle avait de la difficulté à se déplacer à cause des tuyaux de sa sonde urinaire qui s’emmêlaient dans les roues de son fauteuil. Je lui donnais un coup de main quand je la voyais sortir de l’ascenseur. »

Mme Anguiano avoue avoir été particulièrement bouleversée par l’état de détresse d’une résidente qui flânait régulièrement autour du poste d’accueil. « Elle était très déprimée, elle n’avait aucune parenté et pleurait chaque matin », se souvient l’étudiante, qui prenait le temps de discuter avec elle lorsqu’il n’y avait personne à accueillir à l’entrée.

La dame venait d’arriver en CHSLD, n’ayant pas encore fait le deuil de sa maison ni de sa voiture. « Elle se demandait comment elle avait pu se rendre [en centre d’hébergement]. Un jour, elle m’a dit qu’elle pensait à l’aide médicale à mourir, après avoir entendu un autre patient en parler avec sa famille », relate Alma Leticia Anguiano, soulignant avoir averti l’infirmière en poste ce jour-là.

Mme Anguiano suit actuellement le programme en soins infirmiers au cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil. Elle a auparavant fait une session tremplin au DEC pour allophones et quelques sessions au programme de francisation spécialisée en soins infirmiers.

Ce dernier permet aux personnes immigrantes intéressées par une carrière en soins infirmiers de se préparer à étudier dans le domaine. Il se veut une solution concrète à la pénurie de main-d’œuvre qui touche le secteur depuis longtemps.

« J’ai pris mon apprentissage du français au sérieux, sachant que ma réussite dépendait de cela », conclut Mme Anguiano.

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