Cannabis: deux fois plus de fumeurs depuis 1989

La proportion de gens affirmant avoir consommé du cannabis a doublé en 13 ans, selon une analyse de Statistique Canada. Trois millions de Canadiens de plus de 15 ans ont déclaré avoir pris de la marijuana ou du haschich au moins une fois en 2002, soit 12,2 % de la population. En 1989, seulement 6,5 % des personnes sondées avaient affirmé avoir consommé du cannabis.

Deux raisons peuvent expliquer cette hausse importante, selon le Dr Edward Adlaf, chercheur principal au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto. «Premièrement, on observe une forte croissance dans la consommation chez les adolescents des écoles secondaires, et ce, depuis les années 90, soutient le Dr Adlaf. Ensuite, dans une moindre mesure, il y a les baby-boomers, qui ont été habitués à cette consommation pendant les années 60-70 et qui parfois continuent à en prendre.»

L'analyse de Statistique Canada, rendue publique hier, démontre en effet que les hausses de consommation les plus significatives impliquent les jeunes de 18 à 24 ans. Une donnée qui inquiète plusieurs spécialistes. «C'est inquiétant particulièrement pour les jeunes qui sont en croissance, au moment où les habitudes de vie sont acquises, où les jeunes sont influençables et ont besoin de toute leur énergie et de leur concentration soit pour étudier, soit pour commencer à structurer et organiser leur vie», explique le président du Comité permanent de lutte à la toxicomanie (CPLT), Rodrigue Paré.

Selon l'analyse, 38 % des personnes âgées de 18 et 19 ans ont affirmé avoir consommé du cannabis dans les douze mois précédant l'enquête.

Pour certains, la banalisation des drogues douces serait la cause de la plus grande consommation chez les jeunes. «Il y a un flou dans la perception des gens, un phénomène de banalisation chez les jeunes, souligne la criminologue et professeur à l'Université d'Ottawa, Line Beauchesne. Parce qu'on parle beaucoup de décriminalisation, les gens ont l'impression que c'est moins grave», ajoute-t-elle.

Actif sur le terrain de la prévention et de l'intervention, Rodrigue Paré abonde dans ce sens. «Les baby-boomers, qui étaient de bons consommateurs de "pot", sont les parents actuels, donc il y a une moins grande notion de danger face à ces produits-là. De plus, il y a toute cette tendance actuelle à la décriminalisation et à la légalisation, beaucoup discutées en ce moment. Finalement, la peur de commettre un geste illégal est devenue inexistante», soutient le président du CPLT.

Par contre, les données révèlent que, globalement, près de la moitié (47 %) des Canadiens ayant affirmé avoir consommé de la marijuana ou du haschich en 2002 l'ont fait à une fréquence de moins d'une fois par mois, ce qui n'est pas très inquiétant pour certains. «On ne parle pas encore de dépendance. Ce n'est pas parce que quelqu'un consomme une fois [de cette drogue] qu'il y a un problème», déclare Line Beauchesne.

«L'importance dans ces nouveaux chiffres, c'est l'implication pour la santé, rétorque le Dr Adlaf. On sait qu'environ 5 à 10 % de ces consommateurs vont développer des problèmes de santé, de dépendance, de consommation non contrôlée. Alors, si le groupe de consommateurs double, il y a beaucoup plus de gens qui développeront des problèmes.»

Drogues dures

Une augmentation se fait aussi sentir dans la consommation de drogues dures (cocaïne, ecstasy, LSD, amphétamines, héroïne), qui passe d'une proportion de 1,6 % en 1994 à 2,4 % en 2002.

«C'est la consommation de drogues comme phénomène global qui a augmenté. C'est plus facile pour un consommateur de cannabis d'essayer la cocaïne ou l'ecstasy que pour quelqu'un qui n'a jamais pris de drogue, alors c'est certain qu'il y a une augmentation pour l'ensemble des drogues», soutient Rodrigue Paré.

«Un consommateur de cannabis n'ira pas nécessairement vers d'autres drogues, mais le milieu qu'il côtoie, le marché noir, crée une vulnérabilité, et quelqu'un va finir par lui offrir d'autres types de produits», ajoute pour sa part Line Beauchesne.

Les données utilisées pour l'analyse proviennent de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, qui a recueilli en 2002 les témoignages de plus de 28 000 Canadiens de plus de 15 ans, provenant des dix provinces du pays.

Les analystes de Statistique Canada apportent toutefois un bémol aux chiffres publiés. «Il y a un phénomène d'augmentation de la consommation, mais jumelé à une plus grande volonté de répondre à cette question; les gens sont plus ouverts à en parler qu'avant», explique l'analyste principal en matière de santé chez Statistique Canada, Marc Hamel. Line Beauchesne soutient aussi qu'une donnée importante manque à l'analyse, c'est-à-dire les consommateurs de moins de 15 ans. «La vulnérabilité est grande chez les consommateurs précoces», explique-t-elle.

Le Québec ne fait pas bonne figure dans cette enquête, se trouvant au-dessus de la moyenne nationale avec la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse, ce qui pourrait être causé notamment par une plus grande accessibilité du cannabis dans ces provinces, selon Line Beauchesne.

Décriminalisation

Dans sa première déclaration sur le sujet depuis son élection le 28 juin dernier, le premier ministre Paul Martin a annoncé hier qu'il entendait réintroduire le controversé projet de loi sur la décriminalisation de la marijuana.

Les intervenants du milieu n'approuvent pas tous cette idée. «Quand tu décriminalises, c'est que tu peux consommer une substance qui est illégale mais tu ne peux pas en vendre et tu ne peux pas en acheter», soutient Rodrigue Paré. «C'est dire aux jeunes: du "pot", tu peux en prendre, mais celui qui t'en vend, il ne peut pas t'en vendre. Il y a un illogisme aberrant là-dedans.»

Auteur du livre Légaliser les drogues pour mieux en prévenir les abus (1991), Line Beauchesne n'approuve pas du tout ce projet de loi. «Les gens ne veulent pas payer d'amende, ils continueront à se cacher, et si on est plus sévères avec les cultures privées, ça obligera plus de gens à aller sur le marché noir», explique la professeur Beauchesne.

«De plus, les peines sont moins grandes, mais il reste toujours un dossier criminel si vous vous faites prendre; tout ça ne rend pas le travail de prévention plus aisé», souligne celle qui milite pour une légalisation totale, mais avec un meilleur contrôle de la qualité et de la prévention.
6 commentaires
  • Sandro Pellegrino - Inscrit 22 juillet 2004 05 h 38

    Assez de statistique débile

    cé quoi ces études là suffit de se promener pis de sortir un peu pour réaliser que y a bin plus de fumeur de pot que ca.

    En plus si tu consomme autre chose que du pot cé pas ton joint qui t'aura amener jusque là mais bien ton jugement personnel, comme on dit c pas parce qu'on dit de sauter en bas du pont que tu vas le faire pareil pour la consommation de drogue plus dure.

  • Alain Dubois - Inscrit 22 juillet 2004 06 h 46

    Le cannabis remplacerait-il le tabac ?

    Dans presque tous les pays occidentaux fait rage d'agressives campagnes antitabac... La consommation de tabac y est presque diabolisée alors que dans la société une autre drogue, plus dangereuse, voit sa consommation presque banalisée... le cannabis. Cette étude de Statistique Canada va dans le même sens que plusieurs autres études européennes dont la dernière en date est celle de l'ESPAD/OFDT "Les substances psychoactives chez les collégiens et lycéens français: consommations en 2003 et évolutions depuis dix ans". Les tableaux graphiques portant sur les premiers résultats du volet français de l'enquête ESPAD 2003 (www.toxico.info/documentation/drogues-lyceen-2003.pdf) et concernant la consommation de substances psycho active des jeunes collégiens et lycéens de 12 à 18 ans sont éloquents. La courbe de la consommation de cannabis (en augmentation) est inversement proportionnelle à celle de la consommation du tabac (en diminution)... Cette tendance statistique est observable dans tous les pays qui mènent des campagnes antitabac...

    Les addictions tel le gambling (5% au Québec (1) - 15% pour les loteries vidéo), la consommation de l'alcool (et du vin !) et des drogues qu'elles soient légales ou non devraient être abordées à l'intérieur d'une même politique de santé publique et non pas, comme aujourd'hui, faire l'objet de campagnes sans liens les unes aux autres...

    Des vases communicants ?

    Les campagnes qui sont menées depuis plusieurs années contre le tabagisme, qui sous plusieurs aspects ressemblent à une inquisition, ne risquent-elles pas, si elles se poursuivent, d'engendrer un mal plus grand encore ? Les jeunes ont depuis toujours été enclins à consommer des drogues (alcool, cannabis, tabac, etc.) pour marquer leur passage à la vie adulte. Ce rite de passage, même si on peut le déplorer, est un fait de société. Les services sociaux sanitaires qui initient les campagnes de prévention sur le tabagisme et qui recommandent l'adoption de lois de plus en plus sévères et contraignantes pour les usagers de tabac devraient prendre davantage en compte la psychologie des adolescents. S'il est important de continuer à informer les jeunes sur les dangers du tabagisme, il l'est tout autant sinon plus, de les informer sur les risques associés aux addictions et à la consommation de cannabis et des autres drogues sans quoi il n'y aura qu'un simple déplacement de la consommation d'une drogue (le tabac) à une autre (le cannabis) *

    Alain Dubois (un non fumeur de tabac et de cannabis), Toxico Québec NEWS

    -1-Selon cette étude (PDF) le Québec aurait le plus haut taux de joueurs compulsifs (5%) du Canada et probablement de tout les pays occidentaux. -Pour les loteries vidéo, S.Chevalier évoque un taux de 9% de joueurs compulsifs et de 40% de joueurs éprouvant un problème significatif. (Jeu pathologique et joueurs problématiques : Le jeu à Montréal par S Chevalier, D Allard, Régie régionale de la santé et des services sociaux de Mtl-Centre, 2001 www.jeu-compulsif.info/documents/jeu-pathologique-

    Aussi un excellent dossier de Radio France sur le sujet 'Abaltaba'. www.radiofrance.fr/reportage/dossier/index.php?rid

    Par le même auteur: *Le cannabis plus populaire que la cigarette chez les jeunes - CANNABIS : Légalisation ou décriminalisation? www.toxico.info/documentation/Alain-Dubois/ISQ.htm

    -1-Selon cette étude (PDF) le Québec aurait le plus haut taux de joueurs compulsifs (5%) du Canada et probablement de tout les pays occidentaux. www.jeu-compulsif.info/documents/sondage-leger-mar

    Alain Dubois, éditeur de www.toxico.info

  • Serge Granger - Inscrit 22 juillet 2004 07 h 03

    Marijuana: un projet de loi rétrograde

    Un projet de loi rétrograde

     la dépénalisation de la marijuana cache la réalité


    Une étude parue le 21 juillet 2004 de Statistique Canada affirme que 12,2% des Canadiens ont consommé du cannabis au cours de l'année 2002. En plus, 47% de la population admet avoir utilisé du cannabis. Considérant que l'utilisation du cannabis est actuellement un acte criminel, près de la moitié des Canadiens aurait pu se trouver en prison. Il n'est donc pas surprenant de voir le gouvernement libéral réintroduire le projet de loi sur la marijuana.

    Malheureusement, ce projet de loi ne réglera pas le problème de la consommation et encore moins celui de la criminalité liée à la production du cannabis. Ce projet de loi cherche plutôt à éviter un casier judiciaire au consommateur occasionnel pris en flagrant délit. Bref, cette dépénalisation de la possession simple s'avère futile car elle ne s'attaque pas au fond du problème.

    La criminalité

    Le Ministre de la Justice, M. Irwin Cotler, s'apprête à déposer un projet de loi qui limitera la possession simple à 15 grammes de cannabis sans subir une accusation criminelle. Selon cette logique, le seizième gramme est potentiellement criminel. Qui plus est, la possession simple sera punie par le biais d'une amende (environ 300$) tandis que la culture personnelle de cannabis (1 à 3 plants de marijuana) vaudra une amende de 5 000 $. C'est pourquoi ce projet de loi ne vise pas à réduire la criminalité puisqu'il incite les consommateurs à s'approvisionner auprès d'un réseau criminel. Qui plus est, ce projet de loi ne vise pas à réduire la commercialisation du cannabis puisqu'il est plus facile et moins cher pour les consommateurs de se procurer du pot dans les réseaux criminels. M. Cotler, un homme intelligent aux mains liées, comprend sûrement les limites de ce projet de loi mais il doit naviguer entre les pressions américaines et conservatrices qui exigent une répression plus forte de la réalité.

    Bien que plusieurs analystes, médias et politiciens à la retraite ont souligné le "courage" du gouvernement, il faudrait plutôt considérer les ordres de la cour qui forcent le gouvernement à agir. Au début des années 1990, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney avait proposé de hisser les peines (jusqu'à 14 ans de prison pour la culture de cannabis) ce que fait le projet de loi actuel. Il faut dire que ce projet de loi a été élaboré par un gouvernement libéral majoritaire fortement inspiré de valeurs conservatrices. Les propositions du Bloc Québécois et du NPD qui permettent la culture personnelle de marijuana ont été rejetées par le gouvernement libéral. Ces propositions auraient pu diminuer l'emprise du crime organisé sur la culture du cannabis mais le gouvernement préfère l'inefficacité et la persévérance dans l'échec. Qui aujourd'hui oserait affirmer que la prohibition fonctionne? Les chiffres de l'étude de Statistique Canada parlent d'eux-mêmes.

    L'économie

    Un autre aspect que le projet de loi ignore réside dans l'impact économique de la prohibition. Selon l'Institut Fraser, l'industrie du cannabis en Colombie-Britannique à elle seule génère 7.7 milliards de dollars par année. Au Québec, aucune étude nous permet de chiffrer l'industrie des drogues mais il serait réaliste d'affirmer qu'au moins quelques milliards échappent également au fisc. Ces milliards manquants dans l'économie civile génèrent un impact évident puisque le gouvernement québécois coupe dans les services sociaux en pleine croissance économique. Cette réalité a même forcé Revenu Québec à opter pour l'activisme fiscal puisque le ministère désire imposer la TVQ aux ventes de marijuana effectuées par le crime organisé.

    Le cannabis a souvent été mentionné comme un facteur qui ralentit la fluidité de la frontière américano-canadienne. Il est tout à fait vrai que fouiller les cargaisons de marchandise qui traversent la frontière la plus occupée du monde ralentit le commerce. Ceci devrait rassurer le lobby policier qui s'oppose à toute forme de décriminalisation ou légalisation de la marijuana. Parcontre, il serait plus utile d'affecter les forces policières à la frontière plutôt que de les faire survoler les champs de maïs. Non seulement les brigades des stupéfiants joueraient un rôle plus constructif dans le contrôle des drogues mais aussi elles assainiraient l'économie civile. Malheureusement, le lobby policier s'entête dans une vision purement corporatiste exigeant plus de budget et bien sûr, plus de policiers.

    Proposer une baisse d'impôt demeurera ridicule tant et aussi longtemps que les politiciens n'envisagent pas des moyens efficaces pour enrayer le blanchiment d'argent, le trafic de la drogue et l'explosion de l'économie illicite. À ce titre, les mesures du ministère québécois des finances avec M. Séguin et sa brigade anti-fraude se comparent à un tire-pois devant une bombe atomique.

    Finalement, ce projet de loi vise plutôt à cacher une réalité qui fait de plus en plus mal à tout le monde. Il est à espérer qu'une nouvelle génération de politiciens saura agir de façon réaliste et tentera de régler le problème plutôt que de le balayer sous le tapis.




    Serge Granger, Ph.D.
    Historien

  • Jean St-Jacques - Abonnée 22 juillet 2004 21 h 28

    Le cannabis, pourquoi

    Je me demande pourquoi on fume du cannabis? Depuis quand, l'esprit et le corps ont besoin de stimulant pour vivre? Certains fument pour tenter l'expérience ou faire comme les autres.
    Je trouve triste que le plan de vie soit si vide et que l'on ne sache pas comment remplir sa vie. Où est le plan de vie?

  • Michel Rausis - Inscrit 24 juillet 2004 10 h 19

    Mafia

    La mafia a commencé à importer du cannabis il y a plus de 40 ans. Aujourd'hui plusieurs états veulent réglementer le marché afin de profiter des milliards que rapporte ce trafique. En tout dernier la Suisse, qui vient de lancer une nouvelle innitiative qui s'intitule "Protéger la jeunesse contre la narco-criminalité"... Moi je vous dit que c'est contre l'état qu'on va bientôt devoir se battre pour protéger la jeunesse si ça continue. Moi je suis pour une dépénalisation pure et simple mais pas pour en faire un marché. Chaque adulte devrait pouvoir cultiver sa propre petite plantation sans être inquiété et qu'on lui fiche la paix.