Multiplication des appels à l'aide en ligne de femmes en difficulté

Les mesures de confinement visant à ralentir la progression de la COVID-19 posent «un défi supplémentaire» à toute personne cherchant à fuir la violence.
Photo: iStock Les mesures de confinement visant à ralentir la progression de la COVID-19 posent «un défi supplémentaire» à toute personne cherchant à fuir la violence.

Les appels à l’aide de femmes en difficulté se sont multipliés sur les médias sociaux depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, constate la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF).

Malgré leurs moyens limités, les 36 établissements membres ont chargé des intervenantes de répondre, par écrans interposés, aux personnes qui « communiquent directement [avec elles] via les réseaux sociaux pour avoir des informations et du soutien ». Si une femme et ses enfants se trouvent dans une situation « critique », « on leur demande de venir en maison d’hébergement le plus rapidement possible », explique la directrice générale de la FMHF, Manon Monastesse dans un entretien avec Le Devoir.

Les mesures de confinement visant à ralentir la progression de la COVID-19 posent « un défi supplémentaire » à toute personne cherchant à fuir la violence, fait-elle remarquer. « Elle est presque 24 heures sur 24 avec son conjoint violent. La première chose qu’il va faire, c’est de priver sa conjointe de ses réseaux sociaux, familiaux, de ses collègues de travail… » indique la porte-parole de la FMHF. « [Pour lui,] la pandémie, c’est un terreau fertile. »

Du coup, « les femmes vont communiquer beaucoup plus par Facebook, par Twitter, par d’autres médias sociaux, ou par courriel », souligne-t-elle. « Avant la pandémie, on voyait cela très peu. »

Cela dit, près du tiers des femmes sollicitent de l’aide en appelant dans une maison d’hébergement ou encore SOS violence conjugale.

« Traumatisme beaucoup plus sévère »

Les maisons d’hébergement accueillent de plus en plus des femmes ayant vécu « des violences sévères en très peu de temps », ou encore « du contrôle coercitif intense, 24 heures sur 24 ». « Elles arrivent dans un état psychologique de traumatisme beaucoup plus sévère. […] Les enfants aussi », explique Mme Monastesse près d’un an après l’arrivée de la COVID-19 au Québec. « Ça nous a beaucoup déstabilisées. »

Des mères ont dit avoir choisi de rester à la maison, un environnement devenu « toxique », afin de s’assurer que leurs enfants demeurent « en sécurité » durant la pandémie.

En temps normal, les 36 maisons représentées par la FMHF sont « toujours pleines ». Pourtant, elles affichent cet hiver un taux d’occupation en deçà de 100 %. À ses yeux, il s’agit d’« un signe incontestable que l’accès [aux] services est grandement réduit pour les femmes » victimes de violences conjugale ou familiale, de traite, d’agressions ou d’exploitation sexuelles ou encore d’un mariage forcé, etc.

La directrice de L’Aquarelle, Marie-Eve Guay, constate que les femmes se réfugient dans les maisons d’hébergement plus fréquemment après avoir été victimes d’une agression, mais moins fréquemment « pour se mettre en sécurité quand la tension monte ». « C’est après-coup qu’on reçoit les femmes, souvent avec l’accompagnement de policiers », ajoute la directrice de la maison d’hébergement pour femmes sise à Chibougamau.

En temps normal, les femmes se présentent sans avertissement à L’Aquarelle, dont l’adresse est connue de toutes dans la région, y compris dans les communautés autochtones environnantes. Au début du mois, plusieurs jours se sont écoulés avant qu’une femme ne frappe à la porte, « du jamais vu ». « C’est très critique et très inquiétant », signale Mme Guay. Une membre de son équipe trouvait « super difficile de rentrer travailler, sachant qu’il n’y a personne dans la maison ».

En prévision du budget, la responsable de L’Aquarelle appelle le gouvernement caquiste à poursuivre le rehaussement des sommes allouées aux maisons d’hébergement pour femmes qu’il a amorcé l’année dernière. « Il faut de loin améliorer les conditions de travail des intervenantes. C’est vraiment le nerf de la guerre en ce moment », fait-elle valoir.

Les maisons d’hébergement pour femmes se verront allouer en moyenne 100 000 dollars chacune de plus par année, avait promis le ministre des Finances, Eric Girard, dans son budget 2020-2021. Il leur en faudrait « facilement » 200 000 $ de plus chacune « juste pour la consolidation » de leurs activités, soutient la FMHF dans le cadre des consultations prébudgétaires. Tantôt « essoufflées » tantôt « épuisées », « elles ne suffisent pas toujours pas à répondre aux besoins de plus en plus complexes des femmes et des enfants violentés », souligne-t-elle par écrit au ministre des Finances, Eric Girard.

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