Appel à la libération des détenus d’un centre de surveillance de l’immigration

Une personne peut être détenue dans un centre de détention comme celui de Laval pour divers motifs, parce qu’elle fait face à l’expulsion et qu’un agent frontalier craint qu’elle ne se présente pas à l’aéroport pour son renvoi, par exemple.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Une personne peut être détenue dans un centre de détention comme celui de Laval pour divers motifs, parce qu’elle fait face à l’expulsion et qu’un agent frontalier craint qu’elle ne se présente pas à l’aéroport pour son renvoi, par exemple.

Devant une éclosion de COVID-19 au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSIL), Solidarité sans frontières (SSF) exige la libération immédiate des personnes qui y sont détenues. Selon cet organisme, qui défend les droits des migrants, trois personnes ont reçu un diagnostic positif au SRAS-CoV-2 et seraient maintenues en isolement. L’une d’elles ferait une grève de la faim depuis une semaine.

« Honnêtement, on pense que, dans une pandémie comme ça, c’est complètement illogique de garder des gens dans de petits espaces comme ça », a dit l’une des porte-parole de SSF, Tanya Rowell Katzemba. Elle souligne que, d’après plusieurs organisations de défense des droits de la personne, c’est non seulement une pratique cruelle, mais aussi « inefficace » pour contenir le virus. « Il y a des gens qui travaillent au centre, qui en sortent et y retournent. Ce n’est pas une bonne stratégie de santé publique, en plus d’être une pratique inhumaine. »

Au printemps dernier, pendant la première vague de la pandémie, une dizaine de détenus craignant d’attraper la COVID-19 avaient entamé une grève de la faim pour protester contre l’absence de mesures sanitaires adéquates et réclamer leur libération. Le gouvernement fédéral avait alors commencé à relâcher certaines personnes. En avril, un membre du personnel — un agent de sécurité — avait été infecté, mais aucune autre personne n’avait été contaminée au CSIL.

En novembre dernier, seules 12 personnes étaient détenues au Centre de surveillance de l’immigration de Laval, sur une capacité de 109. Le gouvernement de Justin Trudeau avait alors indiqué qu’il souhaitait mettre en place des solutions de remplacement à la détention. « Il y a bien des systèmes qu’on va examiner dans les mois et les années à venir pour voir si on peut les améliorer », avait-il dit au Devoir.

Il y a une certaine liberté quand on fait une quarantaine chez soi, et c’est ce qu’on veut pour ces gens-là.

Rappelons qu’une personne peut être détenue au centre de détention pour divers motifs, parce qu’elle fait face à l’expulsion et qu’un agent frontalier craint qu’elle ne se présente pas à l’aéroport pour son renvoi, par exemple, ou encore parce que son identité n’est pas établie.

Manque d’autonomie

Selon Solidarité sans frontières, qui tiendra une conférence de presse mardi matin sur le sujet, même si une personne atteinte de la COVID-19 doit faire une quarantaine d’une manière ou d’une autre, il n’est pas acceptable qu’elle soit obligée de la faire entre les murs d’un centre de détention. « Ce n’est pas comparable. Une personne qui est détenue et [touchée par] la COVID ne peut pas contrôler son environnement, ce qu’elle mange ou ce qu’elle écoute à la télé », dit Mme Rowell Katzemba en déplorant le manque d’autonomie dans ce type de quarantaine en captivité. « Il y a une certaine liberté quand on fait une quarantaine chez soi, et c’est ce qu’on veut pour ces gens-là. »

La Ligue des droits et liberté, qui a récemment dénoncé la « dégradation importante » des conditions de détention dans les prisons au Québec, appuie les revendications de Solidarité sans frontières en ce qui concerne la situation des détenus. « La Ligue demeure très critique quant à l’enfermement des migrants », a indiqué la responsable des communications, Elisabeth Dupuis.

Au moment où ces lignes étaient écrites, l’Agence des services frontaliers du Canada n’avait répondu à aucune des questions du Devoir.

 

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