Le site The Rebel empêché de poursuivre des médias

Le fondateur et propriétaire de The Rebel, Ezra Levant, en 2016
Photo: Jeff McIntosh Archives La Presse canadienne Le fondateur et propriétaire de The Rebel, Ezra Levant, en 2016

Un tribunal ontarien a rejeté deux poursuites en diffamation intentées par le site canadien de commentaires d’extrême droite The Rebel contre des journalistes qui l’ont associé au tireur de la mosquée de Québec et au mouvement néonazi, notamment.

Dans deux décisions très similaires rendues mardi, le juge de la Cour supérieure de l’Ontario James Diamond a empêché le média Rebel News Network de poursuivre la chaîne qatarie Al Jazeera et un blogueur américain, Brendan DeMelle. Ces actions en justice, réclamant respectivement 600 000 dollars et 70 000 dollars, représentent des « poursuite-bâillon », de l’avis du magistrat.

Dans une vidéo d’Al Jazeera diffusée sur YouTube en date du 29 septembre dernier, le média The Rebel est dépeint comme un vecteur de radicalisation d’extrême droite, ayant influencé notamment l’auteur de la tuerie à la grande mosquée de Québec et celui des meurtres de deux agents de la GRC à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, en 2018.

Le journaliste Brendan DeMelle, spécialisé en désinformation en environnement, va encore plus loin. Il a traité le fondateur de The Rebel, Ezra Levant, de « néonazi déshonoré » dans un article dont le titre peut être traduit par : « Les attaques de la droite envers Greta Thunberg : combien bas sont-ils prêts à aller ? “The Rebel” tente de décrocher un prix. »

Le juge reconnaît la nature diffamatoire de différentes allégations contenues dans ces œuvres. Il tranche par exemple qu’il était faux de prétendre que les tueurs mentionnés s’étaient radicalisés grâce à The Rebel. Il note qu’il y a, « au plus, une faible possibilité » que le perpétrateur de l’attentat de Québec eût été exposé à des publications d’ex-collaborateurs du site d’opinion.

On peut aussi lire que l’étiquette de sympathisant néonazi (retiré plus tard par l’auteur) est incorrectement accolée à M. Levant. Tout au plus a-t-il collaboré avec l’influenceuse d’extrême droite Faith Goldy, présente au rassemblement meurtrier de Charlottesville, en Virginie, puis renvoyée pour une participation à une baladodiffusion néonazie.

Or, note le juge, « le public conserve néanmoins un fort intérêt dans le sujet de l’expression concernant l’extrême droite politique et les sites web de commentaires sociaux, ainsi que les causes qui mènent des individus à commettre des actes violents comme ceux référés dans l’article et la vidéo. »

Dans sa conclusion, il note que The Rebel n’a donné aucune preuve spécifique de dommages engendrés par les publications de M. DeMelle et d’Al Jazeera. Par contraste, cette dernière a allégué que la réputation du site canadien est déjà « si basse » qu’elle ne « peut pas être diminuée davantage » par la publication des déclarations contestées.

Il y aurait donc, selon le juge, un préjudice plus grand pour la société si cette poursuite allait de l’avant, étant donné le risque que cela limite la libre expression dans les médias. Le concept de « poursuites-bâillons » a justement été conçu pour éviter que des actions en justice n’enfreignent les débats publics.

Dans un courriel envoyé au Devoir, le fondateur et propriétaire du site The Rebel, Ezra Levant, s’est dit « très heureux que la Cour a confirmé que toutes les déclarations faites à propos de [lui] et Rebel News […] étaient factuellement fausses et diffamatoires. » M. Levant se dit en désaccord avec la décision de ne pas permettre un véritable procès sur le fond, et compte faire appel de cette décision.

Ni Al Jazeera, ni Brendan DeMelle n’avaient répondu aux demandes du Devoir au moment de l’écriture de cet article.

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