L’Archidiocèse de Montréal veut un portrait complet des abus sexuels de prêtres

L’Archidiocèse de Montréal a annoncé lundi qu’il confie à l’ex-juge de la Cour supérieure André Denis un vaste et double mandat de recensement des tristes événements qui ont terni son passé et porté un dur coup à son image présente.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne L’Archidiocèse de Montréal a annoncé lundi qu’il confie à l’ex-juge de la Cour supérieure André Denis un vaste et double mandat de recensement des tristes événements qui ont terni son passé et porté un dur coup à son image présente.

Toujours hantée par les multiples scandales sexuels mis au jour ces dernières années, l’Église catholique poursuit son chemin de croix dans l’espoir d’exorciser ce démon.

L’Archidiocèse de Montréal a ainsi annoncé lundi qu’il confie à l’ex-juge de la Cour supérieure André Denis un vaste et double mandat de recensement des tristes événements qui ont terni son passé et porté un dur coup à son image présente.

« Pour le diocèse, c’est un moment important parce que c’est un moment de faire la vérité, quel que soit le lieu où ça nous conduise », a déclaré l’archevêque Christian Lépine, en entrevue avec La Presse canadienne.

« C’est un moment d’être transparent dans l’expression de cette vérité et si on fait la vérité et si on est transparent pour la communiquer, ça veut dire qu’on est prêts à travailler pour changer les choses. »

Le juge Denis devra d’abord « identifier tout possible indice d’abus sexuel sur des mineurs ou des personnes vulnérables » qui serait le fait des évêques, prêtres, diacres, actifs ou retraités, et du personnel pastoral présentement en poste, explique-t-on dans le communiqué de l’Archidiocèse. Cette démarche vise non seulement le diocèse de Montréal, mais aussi ceux de Joliette, Saint-Jean-Longueuil, Saint-Jérôme et Valleyfield, qui sont sous son autorité.

L’archevêque Lépine a précisé que « toute personne soupçonnée de telles actions inacceptables sera suspendue pendant la tenue d’une enquête approfondie ». Le juge Denis est à l’œuvre depuis décembre dernier et il devrait compléter ce mandat d’ici l’été 2021.

Audit statistique des abus sexuels

Le magistrat à la retraite devra par la suite réaliser « un audit statistique relatif aux abus sexuels de prêtres vivants ou décédés des cinq diocèses en se basant sur les informations contenues à leurs dossiers, pour la période de 1940 à 2020 », un audit qui dit être rendu public à l’issue de la démarche. L’archevêque Lépine assure que les évêques des diocèses participants ainsi que l’archevêque de Montréal « se sont engagés à offrir toute leur collaboration à l’honorable André Denis pour qu’il ait un accès complet aux dossiers des prêtres ».

« C’est une revue de tous les dossiers. Ça vise toutes les personnes vivantes, donc prêtres, diacres, évêques, laïcs vivants, mais qui sont engagés par le diocèse, qui ont actuellement des postes ou qui sont la retraite », a précisé M. Lépine.

« On regarde l’ensemble de l’histoire pour s’assurer qu’il n’y a rien eu d’échappé. En principe, on pense qu’il n’y en a pas, mais on fait appel à quelqu’un de l’extérieur pour s’assurer qu’il n’y a pas de cas qui nous ont échappé, qui sont passés entre les mailles du filet », a expliqué le prélat montréalais.

Suites d’un rapport dévastateur

L’Archevêché affirme que ces démarches s’inscrivent « dans son processus de vérité, transparence et transformation », mais elles font surtout suite au rapport d’enquête dévastateur de l’ex-juge Pepita G. Capriolo sur Brian Boucher. L’ex-prêtre a été condamné à huit ans de pénitencier en mars 2019 pour des agressions sexuelles sur deux mineurs. Le rapport Capriolo, un document étoffé de 283 pages, faisait notamment état d’une absence de volonté de régler le dossier à l’interne ; d’une tendance à se renvoyer la balle d’une instance à l’autre ou d’un intervenant à l’autre, personne ne voulant prendre la responsabilité ; d’une complaisance face aux événements ; d’un manque de rigueur dans l’archivage de documents pertinents ou carrément de leur destruction et ainsi de suite.

La démarche ne vise toutefois que les prêtres et autre personnel pastoral qui relèvent des diocèses et non les membres de communautés religieuses, telles que la congrégation de Sainte-Croix ou les Clercs de Saint-Viateur, dont plusieurs font l’objet de recours judiciaires. Ces communautés ne relèvent pas des diocèses.

Par ailleurs, suivant l’une des recommandations du rapport Capriolo, un comité a été constitué pour assurer la mise en œuvre des 31 recommandations de la juge. Ce comité composé de 12 membres a entrepris ses travaux le 12 janvier. L’Archevêché dit s’attendre à ce que ce comité soit en mesure « de faire état du progrès accompli à chaque trimestre et de compléter (ses travaux) au cours de l’automne 2021 ».

La juge Capriolo et l’archevêque Christian Lépine coprésident ce comité, qui regroupe non seulement des experts externes de disciplines diverses et des membres de la direction de l’Archevêché de Montréal, mais aussi un producteur culturel, victime et survivant de sévices commis par un représentant de l’Église catholique.

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