Mamadi Camara raconte l’épisode «très traumatisant» qu’il a vécu

Mamadi III Fara Camara dit avoir été témoin de l’agression du policier Sanjay Vig depuis l’intérieur de sa voiture, d’où il a appelé le 911, sans jamais en sortir. Dans sa première entrevue depuis qu’il a été blanchi de l’accusation de tentative de meurtre de l’agent, l’étudiant étranger a fourni plus de détails sur son arrestation et ses six jours de détention, dimanche.

« Ce que je peux vous dire, c’est que je ne suis jamais sorti de mon véhicule. Le policier m’a posé la question quand j’étais au volant, a discuté, et il est retourné à son auto. Je ne suis jamais sorti, je suis toujours resté dans mon auto », a expliqué M. Camara, présent sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle de Radio-Canada en compagnie de son avocate, Me Virginie Dufresne-Lemire.

Pour des raisons légales, c’est celle-ci qui a expliqué la version des faits de la soirée du 28 janvier de M. Camara. Celui-ci aurait tout vu de l’altercation entre le policier qui l’a arrêté et un autre individu, après quoi il a téléphoné au service 911. Il serait ainsi resté dans son véhicule, sur les lieux, jusqu’à ce qu’un autre policier arrive en renfort, prenne son témoignage et lui permette de partir.

Lorsqu’il est arrivé près de chez lui, toutefois, des véhicules de police l’attendaient. L’ayant repéré, les policiers l’auraient mis en joue et l’auraient empoigné par les épaules pour le sortir de sa voiture par la fenêtre. Un agent aurait alors placé son pied sur la tête de M. Camara pour l’immobiliser, un moment « très traumatisant ». M. Camara ne comprend pas pourquoi il a été accusé du crime dont il a été le témoin.

Sous le choc

Durant les six jours de détention qui ont suivi, l’homme dit ne pas avoir pu parler avec ses proches ni sa conjointe, enceinte. « Pendant six jours, je n’ai eu aucune occasion de parler à ma famille. Jamais. » Une fois transféré à la prison de Rivière-des-Prairies, il a dit avoir senti que les gardiens le considéraient comme « un tueur de policier […], un monstre. » Il dit être encore sous le choc d’avoir partagé sa cellule avec des criminels.

« [La libération] a été un grand soulagement, mais, en même temps, je m’y attendais. Depuis le jour de mon arrestation, je n’ai cessé de clamer mon innocence. Si on m’avait écouté, si on avait écouté mon récit, peut-être que ça n’aurait pas pris six jours [avant qu’on me libère]. »

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) aurait fouillé de fond en comble l’appartement de M. Camara et les logements avoisinants. Cet élément, parmi d’autres, fait dire au militant Will Prosper, présent sur le plateau, que M. Camara a été victime de profilage racial. Selon Me Dufresne-Lemire, « la question raciale se pose ».

« Il va falloir que la lumière soit faite. On voit qu’il y a de l’information qui a été donnée aux médias, de l’information qui était fausse. C’est excessivement problématique et c’est une question sur laquelle il va falloir se pencher », a laissé tomber l’avocate, qui n’a pas confirmé pour l’instant si un recours civil sera intenté contre le SPVM. Selon elle, l’enquête du juge Louis Dionne, annoncée mardi pour faire la lumière sur le dossier, n’est pas suffisante. « La responsabilité criminelle des policiers, il faut analyser ça avec sérieux. Et pas uniquement une enquête administrative. Il faut qu’il y ait un processus transparent, et public, pour qu’on comprenne et que ça ne se reproduise plus. »

Même si M. Camara a accepté les excuses du chef du SPVM, lundi dernier, il croit malgré tout qu’« il reste beaucoup de questions qu’on se pose ». L’étudiant étranger guinéen, qui n’a réintégré son appartement qu’en fin de semaine, est toujours fortement bouleversé par les événements. Il ne se sent pas prêt à réintégrer son travail ou ses études pour l’instant, et des démarches ont été entreprises auprès de l’immigration pour qu’il puisse conserver son statut au pays.

Finalement, Mamadi Camara réfute même avoir utilisé son cellulaire au volant, la violation du Code de la route alléguée qui est devenue l’élément déclencheur de toute l’affaire. « Je peux vous assurer que je n’étais pas au téléphone », a-t-il dit, ému.

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