Davantage de policiers déployés dans les quartiers chauds de Montréal

La mairesse Valérie Plante et le chef du SPVM, Sylvain Caron, avaient convié les médias jeudi matin à Rivière-des-Prairies.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mairesse Valérie Plante et le chef du SPVM, Sylvain Caron, avaient convié les médias jeudi matin à Rivière-des-Prairies.

Face à la flambée de violence dans les rues de Montréal, davantage de policiers ont été déployés dans les quartiers chauds de la métropole et seront soutenus, sous peu, par la nouvelle escouade vouée à contrecarrer le trafic d’armes.

ELTA, l’équipe permanente qui se consacre à la lutte contre le trafic d’armes à feu, entrera en fonction le 22 février et aura à son bord 22 enquêteurs, a annoncé le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Sylvain Caron et la mairesse Valérie Plante avaient convié les médias jeudi matin à Rivière-des-Prairies afin de rassurer la population à la suite de la mort tragique de la jeune Meriem Boundaoui, 15 ans, survenue dimanche à Saint-Léonard.

« On connaît les quartiers plus vulnérables à Montréal », a assuré Valérie Plante, en soulignant le travail « essentiel » effectué tant par les forces policières que par les organismes communautaires et les écoles pour lutter contre le « sentiment d’exclusion ».

Les quartiers du nord-est de la métropole qui sont aux prises avec une recrudescence de violence sont aussi ceux qui ont été les plus durement touchés par la pandémie, a rappelé la mairesse. « La pandémie a pu venir exacerber [certaines problématiques] et contribuer à marginaliser certaines personnes. »

L’escouade ELTA, dont la création avait été annoncée en décembre, aura comme objectif de saisir les armes à feu avant qu’elles ne soient utilisées. « [L’escouade] nous permettra d’approfondir les enquêtes dans le but d’arrêter les têtes dirigeantes des réseaux de trafic d’armes », a expliqué le chef Caron.

 

Les armes à feu en circulation à Montréal proviennent essentiellement du trafic à la frontière ou dans les réserves, de vols, ou encore ont été fabriquées de manière artisanale. « On veut mieux comprendre ces réseaux pour intervenir en amont », a mentionné Sylvain Caron.

Le chef du SPVM a indiqué avoir parlé mercredi à la famille de Meriem Boundaoui pour lui offrir ses condoléances. « J’ai pris l’engagement qu’on mettrait tous les efforts pour tenter de retrouver le ou les auteurs de ce crime crapuleux. »

Plus d’argent et de ressources

Pour contrer cette nouvelle flambée de violence, la mairesse Valérie Plante a demandé à Québec et à Ottawa de bonifier leur soutien financier pour que plus de ressources financières et humaines soient consenties aux services policiers, mais aussi aux organismes communautaires qui œuvrent en prévention.

« Toronto a vécu des problématiques similaires, bien que plus importantes, et a reçu de l’aide du gouvernement fédéral pour doter leurs équipes de police de plus de ressources pour trouver des solutions dans l’immédiat », a-t-elle plaidé.

La mairesse a également interpellé le gouvernement provincial pour qu’il soutienne avec plus de vigueur les programmes de prévention de la violence. À titre d’exemple, Valérie Plante a mentionné qu’un projet développé à Montréal-Nord avec plusieurs partenaires veille à améliorer les infrastructures collectives et l’accès au logement.

« Une des façons de sécuriser les quartiers, c’est de s’assurer que les jeunes ont des endroits intéressants où aller, des installations sportives, des centres communautaires. Et en ayant accès à du logement, on enlève une pression qui peut amener à créer une certaine marginalisation. »

La Ville de Montréal a également sollicité 15 millions supplémentaires à Québec, dans le cadre de ses demandes prébudgétaires, pour financer des équipes mixtes. « C’est un modèle montréalais qui fonctionne bien », a mentionné Valérie Plante, en citant l’exemple de l’escouade EMRII qui permet à des policiers du centre-ville de Montréal de patrouiller en compagnie d’un travailleur social afin de réaliser des interventions plus adéquates auprès de personnes vivant en situation d’itinérance.

La mairesse dit être en discussion avec la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, et le ministre canadien de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, pour faire déboucher ces dossiers. Elle a également discuté directement avec le premier ministre Justin Trudeau mercredi soir.

Interrogée à cet effet, la ministre Rouleau a dit poursuivre l’analyse des demandes de la Ville de Montréal. « [Cela] s’ajoute aux actions et aux besoins que nous avions déjà établis avec le milieu pour le nord-est de Montréal, spécifie-t-elle dans un courriel. Nous sommes toutes les deux d’accord pour dire qu’il faut poser une multitude de gestes à plusieurs niveaux pour que ces quartiers ne revivent plus cette situation. »

Quant au chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal, il réclame une réponse plus rapide. « Au lieu de demander sans cesse de l’aide financière pour la sécurité aux paliers supérieurs, la Ville de Montréal doit investir dès maintenant pour augmenter les effectifs policiers et le financement communautaire dans les quartiers chauds, a déclaré Lionel Perez. Avec un budget de 6,1 milliards, ça n’a aucun sens que la mairesse refuse d’investir 16 millions pour la sécurité de ses citoyens. »

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