Le militant acadien Jackie Vautour n’est plus

Jackie Vautour
Photo: Archives Les Rendez-vous du cinéma québécois Jackie Vautour

Le militant acadien Jackie Vautour, qui s’était battu dans les années 1960 et 1970 contre l’expropriation de centaines de résidents lors de la création du parc national Kouchibouguac, au Nouveau-Brunswick, est décédé dimanche à l’âge de 92 ans. Il avait été hospitalisé récemment pour un cancer du foie et une pneumonie.

M. Vautour était natif du village de Claire-Fontaine, dans la circonscription de Kent, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick. Lorsque le gouvernement fédéral a décidé de créer un nouveau parc national dans cette région, en 1969, Ottawa a exproprié plusieurs villages et plus d’un millier de résidents, souvent des paysans et des pêcheurs très pauvres. Environ 250 familles ont été déplacées pour créer le parc côtier au nord de Moncton, un projet autorisé par Jean Chrétien, alors ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien dans le cabinet de Pierre Elliott Trudeau.

La plupart des expropriés acceptent alors la compensation d’Ottawa, qui prévoit notamment la perte de leur droit ancestral de pêche sur ce territoire. Mais Jackie Vautour décide de se battre, notamment devant les tribunaux, et aussi contre les policiers qui venaient l’exproprier. Sa maison de Claire-Fontaine a été démolie en 1976.

Le parc national est finalement créé le 15 janvier 1979, mais Jackie Vautour conteste l’expropriation devant les tribunaux, en vain ; la Cour suprême refuse d’entendre sa cause. Des émeutes en appui aux expropriés éclatent et le gouvernement du Nouveau-Brunswick tient alors une commission d’enquête afin d’examiner les impacts socio-économiques de la création du parc national. Le gouvernement fédéral est blâmé et les compensations aux expropriés sont portées à 1,6 million de dollars.

Certains expropriés, dont Jackie Vautour, ont plus tard tenté de regagner leurs droits de pêche en invoquant leur origine « métissée » — micmaque et européenne. Pendant ce temps, Jackie Vautour s’est installé dans le parc national, où il est resté pratiquement jusqu’à la fin de ses jours avec sa femme, Yvonne.

Des historiens estiment que la lutte des « expropriés de Kouchibouguac » a poussé Parcs Canada à ne plus forcer les gens à quitter leurs terres pour créer ainsi un parc national. Ronald Rudin, professeur émérite d’histoire à l’Université Concordia, estime que Parcs Canada « ne fera plus jamais ce qu’il a fait à Kouchibouguac ». Le professeur Rudin soutient que M. Vautour est devenu le symbole d’une attitude acadienne plus nationaliste.

« Alors qu’il n’a jamais cessé de revendiquer le droit de rester sur ses terres, Jackie est devenu un symbole qui inspira toute une génération de militants et d’artistes acadiens touchée par sa persévérance et son ardeur », écrit la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) dans un communiqué.

Zachary Richard lui a rendu hommage dans La ballade de Jackie Vautour : « O no, tu me fais pas peur / Avec ton fusil / J’veux pas voir du sang couler / Mais c’est ma vie / Que t’essaies d’arracher ».

« Peu de personnes ont marqué de façon aussi importante l’imaginaire collectif du peuple acadien que Jackie Vautour », affirmait lundi Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB. « Son combat restera à jamais gravé dans nos mémoires, l’héritage d’une partie sombre de l’histoire acadienne contemporaine. » 

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