Procès de Michel Venne: la plaignante ne serait ni fiable ni crédible, plaide la défense

Michel Venne fait face à des accusations d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle
Photo: Francis Vachon Le Devoir Michel Venne fait face à des accusations d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle

Le procès de l’ancien journaliste du Devoir, Michel Venne, à Québec s’est terminé vendredi avec des plaidoiries dénonçant autant les omissions de la plaignante que la mémoire « trop parfaite » de l’accusé.

La présumée victime « est prompte à l’exagération » et à « remplir ses trous de mémoire selon le message qu’elle veut livrer », a déclaré dans sa plaidoirie l’avocate de l’accusé, Lida Sara Nouraie.

Plus tard en après-midi, le procureur de la Couronne a parlé de la mémoire « trop parfaite » de Michel Venne qui nie avoir touché la cuisse de la plaignante lors d’un voyage en taxi, mais garde néanmoins un souvenir de ce trajet supposément banal. « Il n’avait pas de raison de se souvenir d’un non-évènement », a-t-il dit.

Après deux semaines de procès, celui-ci s’est conclu vendredi devant le juge Stéphane Poulin de la Cour du Québec. Ce dernier a convoqué les avocats à une audience le 9 avril où sera fixée la date du jugement.

M. Venne fait face à des accusations d’agression et d’exploitation sexuelles pour des gestes qui auraient été commis à l’été 2008, en marge de l’école d’été de l’Institut du Nouveau Monde (INM). La plaignante, qui était âgée de 17 ans à l’époque, a affirmé dans son témoignage qu’il avait tenté de toucher ses parties génitales devant l’endroit où elle logeait et qu’il lui avait touché la cuisse dans un taxi en marge de l’événement. En raison de son âge au moment des faits, une ordonnance de non-publication nous empêche de divulguer son identité.

La plaignante confrontée à ses contradictions

Dans sa défense, l’avocate de Michel Venne a beaucoup insisté sur le manque de crédibilité de la jeune femme.

La décision de la présumée victime de remettre aux policiers un enregistrement altéré de sa conversation avec Lise Payette pèse lourd sur sa crédibilité, selon Me Nouraie.

 

Cela dénote « une capacité de modifier les faits pour les rendre conformes à sa perception de la vérité », a fait valoir l’avocate. « C’est préoccupant, Monsieur le Juge », a-t-elle aussi lancé.

Lors du dépôt de sa plainte, la présumée victime avait remis aux policiers l’enregistrement d’une conversation avec Lise Payette en 2017 où il était question de ses allégations contre le directeur de l’INM.

Or, cet enregistrement avait été modifié de telle sorte qu’on ne puisse pas s’en rendre compte, a souligné Me Nouraie. Les modifications, a-t-elle ajouté, portaient sur des thèmes qui « ne supportaient pas la version des faits de la plaignante » : la non-amitié entre Lise Payette et Michel Venne, les allusions au fait que la jeune femme avait, elle-même, rédigé la lettre disculpant l’accusé, la volonté de l’ancienne ministre d’aider la jeune femme, etc.

D’emblée, la victime présumée n’a pas fourni d’explications satisfaisantes sur les raisons qui l’ont poussée à modifier le fichier.

Enfin, le fait qu’elle ait signé une lettre lavant l’accusé de tout soupçon soulève en soi un doute raisonnable, plaide la défense qui reproche à la jeune femme de « dramatiser sa rencontre avec Mme Payette pour tenter de minimiser la valeur de la lettre qu’elle a elle-même rédigée. »

« Il n’y a pas un iota de preuve démontrant que M. Venne s’est servi de Mme Payette pour l’inciter à écrire une lettre niant les gestes », a-t-elle également affirmé.

La lune, l’étoile et la publicité

La défense tente de « noyer le poisson » en se concentrant sur des détails, a rétorqué le procureur de la Couronne Michel Bérubé.

Les modifications apportées à l’enregistrement constituent un « fait anecdotique », a-t-il dit. « On veut détourner l’attention du tribunal. »

L’affaire, selon lui, ne se résume pas à deux versions contradictoires, parce qu’il y a deux témoins importants, dont celui « complètement désintéressé » d’un collègue de l’INM à qui la jeune femme s’était confiée au lendemain de l’incident devant la résidence.

Me Bérubé est aussi revenu sur les démarches de Michel Venne auprès de Lise Payette. « C’est Michel Venne qui implique Mme Payette dans cette affaire-là. C’est lui qui a ramené ça parce qu’il voulait une job au Devoir. Pas parce qu’il voulait des explications ». La rencontre entre la jeune femme et Lise Payette était « un guet-apens ».

Enfin, concernant la vraisemblance de la version de l’accusé sur le « malentendu » ayant mené aux accusations d’agression sexuelle, l’avocat a conclu sa plaidoirie en citant ses propos sans les commenter. « J’avais ma main sur son épaule à 45 degrés. Elle m’a dit “Regarde au loin, j’ai observé quelque chose”». Ça pouvait être la lune, une étoile ou une affiche commerciale. »

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