Entretien - Régime moteur et écologie: les apparences sont parfois trompeuses...

Notre dernière chronique s'intitulait «Les filles ne font pas tourner leur moteur assez vite». Elle a soulevé de nombreuses réactions, parfois passionnées, notamment de la part de lecteurs soucieux d'écologie. Alors apportons quelques précisions.

Un petit résumé

Dans la chronique en question, nous expliquions que, dans la plupart des cas, il était indispensable de faire tourner les moteurs à essence à haut régime pour en extraire toute la puissance.

Par exemple, le moteur dont la courbe de puissance est représentée au graphique ci-contre ne produit que 50 chevaux-vapeur (cv) à 3000 tr/min. Ces

50 cv sont suffisants pour rouler en ville ou pour maintenir une vitesse de croisière sur l'autoroute, mais nettement insuffisants pour donner des accélérations franches. Pour dépasser rapidement un camion, pour monter une côte abrupte ou pour s'extraire d'une situation délicate, mieux vaut compter sur une bonne centaine de chevaux. Or, pour profiter des 100 cv du moteur de notre exemple, il n'y a qu'une seule solution: faire grimper le régime à 5000 tr/min.

Cela étant établi, nous avons voulu encourager les conducteurs à faire tourner leur moteur à régime élevé de temps en temps. Nous croyons qu'il est important d'apprendre, en situation contrôlée, à extraire la puissance de son moteur et de s'habituer aux vibrations et aux bruits qui surviennent en pareil cas. Ainsi, en situation d'urgence, on sera en terrain connu et mieux à même de se concentrer sur les manoeuvres à effectuer.

Les moteurs sont différents les uns des autres et le régime auquel ils développent leur puissance maximale peut varier sensiblement. Pour établir ce régime pour votre propre auto, nous recommandions de prendre le régime du début de la zone rouge du compte-tours et de le multiplier par 75 ou 80 % (par exemple: 5000 tr/min pour un moteur dont la zone rouge débute à 6000 tr/min).

Bref, nous expliquions que, pour des raisons de sécurité et de plaisir de conduite (ne nous en cachons pas), il est utile d'apprivoiser le comportement de son moteur à haut régime.

Les objections écologiques

À première vue, il peut sembler anti-écologique de faire tourner les moteurs à régime élevé. Or, quand on regarde la situation de façon plus globale, on en arrive à la conclusion inverse...

En effet, quand on sait comment extraire les performances d'un petit moteur, on peut s'abstenir d'acheter un véhicule muni d'un moteur inutilement gros...

Les gens qui sont réticents à faire tourner les moteurs à haut régime optent souvent pour des engins bien trop gros. Ces moteurs développent effectivement beaucoup de puissance à bas régime et ils donnent ainsi l'impression d'être plus civilisés. Mais en réalité, ils polluent et consomment bien plus d'essence en conduite de tous les jours.

À l'opposé, en optant pour un moteur de cylindrée et de puissance modérées, on obtient une bien meilleure économie d'essence. Et on peut quand même avoir accès à de solides accélérations en apprenant à faire tourner le moteur à haut régime au besoin.

Quant à la consommation d'essence supplémentaire d'un moteur qu'on pousse à haut régime, elle sera bien sûr plus élevée. Mais comme il s'agit de périodes très courtes (sans doute moins de 2 ou 3 % de la vie du moteur), l'impact écologique est minime. Et si on ajoute le fait qu'un moteur qui tourne occasionnellement à haut régime s'encrasse moins et fonctionne plus proprement, l'impact devient pratiquement nul, voire positif.

Les conséquences mécaniques

Certains lecteurs se sont inquiétés de l'usure supplémentaire qu'on impose à un moteur en le faisant tourner à régime élevé. Ici encore, les apparences sont trompeuses.

En réalité, on use beaucoup plus un moteur en le faisant tourner à trop bas régime qu'en le faisant tourner occasionnellement à haut régime.

Pour faciliter la compréhension, faisons une analogie avec la bicyclette. Si vous tentez de grimper une côte en 10e vitesse, vous allez être obligé de pédaler très lentement et d'appliquer une force énorme sur les pédales. Ce faisant, vous imposez un grand stress à la chaîne, aux roulements à bille, de même qu'à vos muscles et à vos articulations. À l'opposé, en optant pour la 2e vitesse, par exemple, vous pédalez plus vite et le mouvement devient beaucoup plus fluide. Pour un même résultat, vous appliquez moins de force à chaque coup de pédale, mais vous appliquez cette force plus souvent, ce qui permet de réduire grandement le stress sur le corps et la mécanique.

Il en va de même pour les moteurs. Si vous essayez de grimper une pente abrupte à 2000 tr/min avec un moteur dont la zone rouge débute à 6000 tr/min, le moteur sera en situation de stress. En pratique, cela se traduira par des vibrations, des vitesses de piston trop lentes et une usure prématurée des cylindres. En pareille situation, il est très clairement préférable de grimper la côte à 4000 tr/min, même si vous trouvez que le moteur fait un drôle de bruit...

Le seul moment où il est impératif d'éviter les hauts régimes, c'est lorsque le moteur est froid. Il faut attendre qu'il ait atteint sa température normale d'opération avant de le pousser vers la zone rouge. Sinon, le fait de faire passer à un moteur 2 ou 3 % de sa vie dans les hauts régimes n'a aucune espèce d'impact négatif. Au contraire, comme nous le disions plus tôt, les hauts régimes contribuent à garder les chambres de combustion propres.

Bonne route!

Alors voilà. Si vous avez une auto munie d'un moteur de petite ou moyenne cylindrée, bravo. Pour obtenir une bonne économie d'essence, faites-le tourner à bas ou moyen régime en ville et en vitesse de croisière sur la route. Mais quand vous avez besoin d'accélération, si vous tirez une lourde charge ou avez à monter une côte abrupte, ou encore quand vous devez accélérer pour entrer sur une autoroute, n'ayez pas peur de flirter avec les hauts régimes. Vous serez gagnant sur tous les tableaux.

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