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Reconnaissance faciale: Clearview AI a violé la vie privée des Canadiens

Le commissaire fédéral à la protection de la vie privée, Daniel Therrien
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Le commissaire fédéral à la protection de la vie privée, Daniel Therrien

La société américaine Clearview AI, qui a mis au point une technologie controversée de reconnaissance faciale, a exercé une « surveillance de masse » illégale au Canada, selon un rapport d’enquête publié mercredi par les chiens de garde de la vie privée au pays.

Dans un rapport publié mercredi avec trois de ses homologues provinciaux, le commissaire fédéral à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, affirme qu’en prélevant des milliards d’images de personnes sur Internet, l’entreprise a violé les lois canadiennes sur la protection de la vie privée.

La technologie de Clearview AI permet la collecte d’un grand nombre d’images provenant de diverses sources. Cette vaste banque d’images peut ensuite aider les policiers, les institutions financières et d’autres clients à identifier des inconnus, grâce à la technologie de reconnaissance faciale.

Le rapport note entre autres que l’entreprise américaine a constitué une base de données de « plus de trois milliards d’images de visages », y compris ceux d’un grand nombre de Canadiens et d’enfants. Des forces policières y ont eu accès, tout comme des organisations commerciales, et ce, sans le consentement des personnes, déplorent le commissaire Daniel Therrien et ses homologues du Québec, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.

Les commissaires estiment que cette « surveillance de masse » pratiquée par Clearview pour construire sa banque d’images constitue « un affront au droit à la vie privée » et inflige « un préjudice général à tous les membres de la société, qui se retrouvent constamment dans une parade d’identification policière ».

« C’est tout à fait inacceptable », a déclaré M. Therrien lors d’une conférence de presse, mercredi.

Clearview se défend

Clearview AI a déclaré aux enquêteurs que les lois canadiennes sur la protection de la vie privée ne s’appliquaient pas à ses activités parce que l’entreprise n’avait pas de « lien réel et substantiel » avec le Canada et que le consentement n’était pas nécessaire parce que l’information était accessible au public.

Les commissaires ont rejeté ces arguments. Ils ont découvert que Clearview avait non seulement recueilli des images de Canadiens, mais également commercialisé activement ses services auprès de corps de police du pays.

M. Therrien avait annoncé l’année dernière que Clearview AI cesserait d’offrir ses services de reconnaissance faciale au Canada en réponse à l’enquête. Clearview devait ainsi suspendre indéfiniment son contrat avec la GRC, le seul client qu’il lui reste au pays. L’entreprise américaine a toutefois rejeté les recommandations des quatre commissaires de cesser de colliger des images de personnes au Canada et de supprimer les images et détails biométriques d’individus qu’elle possède déjà.

Les commissaires ont prévenu mercredi que, si l’entreprise continue de résister, ils « entreprendront les autres actions » à leur disposition en vertu de leurs lois respectives.

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