Le manoir Taschereau détruit par les flammes

Laissé à l’abandon depuis plusieurs mois à la suite des inondations de la rivière Chaudière en 2019, le manoir Taschereau, à Sainte-Marie-de-Beauce, a été emporté par les flammes au cours de la nuit de mardi à mercredi.
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir Laissé à l’abandon depuis plusieurs mois à la suite des inondations de la rivière Chaudière en 2019, le manoir Taschereau, à Sainte-Marie-de-Beauce, a été emporté par les flammes au cours de la nuit de mardi à mercredi.

Endommagé par les inondations de la rivière Chaudière en 2019 puis laissé à l’abandon, le manoir Taschereau de Sainte-Marie, en Beauce, un bâtiment à haute valeur patrimoniale, a été détruit par les flammes au cours de la nuit de mardi à mercredi.

« Quand nous sommes arrivés, le feu était déjà répandu à la grandeur du second étage. Il attaquait aussi le toit. Et il y avait un autre feu devant la porte d’entrée, au pied de l’escalier », explique en entrevue au Devoir le directeur des pompiers de Sainte-Marie, Serge Fecteau. L’incendie est jugé suspect, confirme également celui qui n’a jamais eu à intervenir dans cette maison depuis son entrée en poste il y a 25 ans.

À l’intérieur de la majestueuse demeure, les pompiers n’ont rien pu sauver du brasier. « C’était trop dangereux d’entrer tellement ça brûlait , fait savoir M. Fecteau.  Il reste les quatre murs, qui ont été attaqués eux aussi. Et les colonnes devant. Le toit s’est effondré. Les planchers ont été rongés par les flammes. »

Il a même fallu faire appel aux pompiers d’une autre municipalité pour venir à bout des flammes. « Je veux bien que moins de gens circulent à cause du couvre-feu le soir, mais c’était déjà très avancé quand nous sommes arrivés vers 22 h 45 », soutient Serge Fecteau.

Le propriétaire des lieux, un professionnel de Québec, a été prévenu par les pompiers. Il leur a indiqué ne pas être venu visiter la maison depuis trois semaines. Comme les pompiers n’ont pas été à même de déterminer ce qui a causé un incendie aussi violent, une équipe spécialisée de la Sûreté du Québec a été dépêchée sur place. « Un technicien travaille toute la journée sur les lieux », a précisé le corps policier.

À l’hiver 2020, Le Devoir avait constaté que le bâtiment n’avait toujours pas été restauré à la suite des inondations du printemps précédent. En plein hiver, on voyait que des fenêtres étaient ouvertes et qu’un délabrement général régnait. Jusqu’à ce drame, le bâtiment a été laissé à lui-même un long moment.

Témoin historique

Le manoir Taschereau était classé depuis 1978 par l’État québécois, en raison de son architecture et de son rôle de témoin historique. Fils de seigneur, le cardinal Taschereau, figure importante de l’Église canadienne, y est né. Son neveu, Louis-Alexandre Taschereau, connu à titre de premier ministre du Québec de 1920 à 1936, y séjourna également.

Dans la famille, les notables sont nombreux. C’est une maison de la classe dirigeante qui entend à l’époque se comparer aux demeures du même genre occupées par des gens qui jouissent de suffisamment de privilèges pour s’autoriser à se coiffer du titre d’« élite ».

Ce manoir a été construit entre 1809 et 1811, dans un style britannique qui témoigne de la forte incidence culturelle dans les cercles du pouvoir du nouveau régime politique qui s’établit avec la Conquête. Une succession de notables l’a habité. Si ce bâtiment appartenait à une lignée de seigneurs, il n’a jamais joué à proprement parler le rôle de manoir seigneurial.

En 1944, on avait cru bon ajouter à cette maison d’imposantes colonnes qui lui donnaient des airs d’une maquette de la Maison-Blanche. Les volumes originaux avaient été altérés à cette même occasion, mais la demeure conservait sa dignité et sa majesté.

À la suite des inondations du printemps 2019, des centaines de bâtiments de la Beauce ont été rasées, en conformité avec une politique générale de démolition adoptée par le gouvernement québécois. En raison de l’importance historique du château Beauce, celui-ci était un des très rares édifices anciens situés en bordure de la rivière à échapper à cette politique de destruction.

Avant l’incendie survenu mardi soir, des pourparlers avec le ministre de la Culture et des Communications avaient cours pour envisager sa restauration.

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