La traversée, une histoire universelle

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale
Image tirée de la bande dessinée La traversée 
Photo: Beatriz Carvalho Image tirée de la bande dessinée La traversée 

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

Parler d’immigration autrement, voilà le défi que s’est lancé l’artiste d’origine brésilienne Beatriz Carvalho, qui signe la bande dessinée La traversée, créée pour la Semaine du développement international à la demande de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).

Dans cette œuvre de douze planches tout en douceur, on suit le parcours d’une jeune réfugiée qui quitte un pays sans nom afin de se rendre dans un autre tout aussi innominé. Au fil d’un récit plus poétique que linéaire, la traversée s’effectue au plus près du monde intérieur de la protagoniste, une enfant qui pose les bases de réflexions universelles à travers son épopée.

« Je voulais que les immigrants puissent s’identifier au personnage, peu importe leur parcours migratoire », raconte l’autrice-illustratrice, à qui on a donné « carte blanche poétique » pour le projet. La bédé commence donc avec ce « voyage interne » pour tranquillement glisser vers des problèmes plus tangibles, alors que la fillette se retrouve face à face avec les officiers de la frontière de son pays d’accueil. « J’ai eu l’intention de créer une histoire qui ouvre des réflexions qui sont à la fois individuelles et intimes pour la personne migrante, mais aussi plus politiques », poursuit-elle.

Des questionnements, indique-t-elle, qui se déploient ainsi à échelle humaine et macropolitique, comme la signification du territoire ou le fait de traverser une frontière. « C’est multifacettes : on peut regarder l’immigration par différents points de vue, et la BD veut apporter cette proximité avec l’expérience des gens », relate Beatriz Carvalho.

Elle-même immigrante, la bédéiste a puisé à même son expérience pour produire l’œuvre, travaillée toutefois autrement que ses précédentes réalisations sur des thèmes semblables (son album Anelis et la mer est paru chez l’Isátis l’an dernier). Alors qu’elle travaille habituellement le texte et l’illustration de concert, Beatriz a cette fois planché sur le texte d’abord, épaulée par l’équipe de l’AQOCI. « Ce projet était spécial pour cette raison : le travail n’était pas conventionnel. Il y a eu beaucoup d’échanges et d’écoute avec l’institution », affirme-t-elle. Les illustrations, elles, ont ensuite été réalisées par monotype, une technique de gravure aux allures d’estampe qui allie dessin sur support rigide et impression sur papier.

Ouvrir des discussions

 

COVID oblige, la bande dessinée sera disponible pour téléchargement en format PDF sur le site Web de l’AQOCI, mais aussi tirée sur papier en quelques exemplaires pour ceux et celles qui en feront la demande. « La bédé est un outil pour ouvrir les sentiments, la réflexion, le regard et les questionnements par rapport à la justice migratoire », affirme sa créatrice. Ainsi, sa charge poétique reste éducative puisqu’elle sera présentée au fil de discussions plus informatives dans le cadre de la Semaine du développement international, ou encore utilisée comme outil au sein de cours au cégep ou au niveau secondaire, accompagnée d’informations complémentaires.

« Je voulais faire une histoire qui n’a pas de réponses, qui apporte plutôt des questions. Moi, je n’ai pas de réponses : j’ai seulement mon expérience comme immigrante et comme artiste », conclut-elle.

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