Le souffle

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Cloé Marcil, inhalothérapeute à l'hôpital Charles-Lemoyne.

Cloé Marcil valse chaque jour avec la mort depuis 10 mois. Aux premières loges du dernier souffle, c’est elle qui intube et extube les victimes de la pandémie, souvent quand la médecine ne peut plus rien pour elles.

« C’est aussi nous qui “débranchons” les patients quand il n’y a plus d’espoir. Beaucoup sont morts seuls. Certains jours, on perd plus de patients qu’on en sauve. Ça joue sur le moral des troupes », confie cette jeune inhalothérapeute de 27 ans, au front depuis des mois à l’hôpital Charles-LeMoyne.

Ces experts de l’oxygénation, qui jouent un rôle central depuis le début de la pandémie, ont été propulsés dans une nouvelle réalité. « C’est très dur, dit-elle. Cette situation, je ne pensais jamais vivre ça dans ma carrière. »

 
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Avec la pandémie, Cloé Marcil a été propulsé dans une nouvelle réalité. 

Lors de la première vague, accompagner autant de malades esseulés l’a plongée au cœur de drames humains. Assister aux derniers échanges d’une famille sur FaceTime est venu ébranler ses certitudes. « On était souvent derrière l’écran, les yeux pleins d’eau. Un jour, un homme que je devais intuber venait de parler à sa femme pour la dernière fois au téléphone. Il pleurait tellement, il m’a prise dans ses bras », raconte Cloé, émue.

« Extuber des patients qui vont mourir seuls, ça vient nous chercher, en tant qu’êtres humains. Quand je le pouvais, je leur tenais la main jusqu’à la fin », raconte Jocelyn Vachon, président de l’Ordre des inhalothérapeutes du Québec, qui a prêté main-forte cet été à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Si les familles ont aujourd’hui droit à une dernière visite, les patients, eux, sont de plus en plus alertés par le symbole incarné désormais par la mise sous respirateur. « Quand on en arrive là, on voit bien la détresse dans leur regard. Leurs yeux crient : “Est-ce que je vais m’en sortir ?” » Une situation difficile pour Cloé, d’autant plus que la moyenne d’âge des patients a baissé. « Parfois, ils n’ont que 50, 60 ans. Ça pourrait être mon père ! » Depuis la COVID, le travail de ces gardiens du souffle a pris une tout autre dimension.

« Les patients ont peur quand ils voient leur taux d’oxygène baisser un peu et nous appellent. Même si ce n’est pas grave, on y va. Plusieurs fois par jour. Juste pour les rassurer. C’est aussi ça, notre rôle. »

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