Procès de Michel Venne: une lettre trouvée chez Lise Payette change la donne

L’ancien directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM) Michel Venne est accusé d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle pour des gestes posés en 2008.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’ancien directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM) Michel Venne est accusé d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle pour des gestes posés en 2008.

La présentation de la défense au procès de Michel Venne a été retardée lundi en raison de la découverte de copies d’une lettre cosignée par la présumée victime et l’ancienne ministre Lise Payette.

La semaine dernière, la plaignante avait raconté que Mme Payette lui avait enjoint d’écrire une lettre d’excuses à Michel Venne en 2015 alors que des rumeurs circulaient selon lesquelles il l’aurait agressée.

Or la lettre n’ayant pas été présentée en preuve, la Cour ignorait ce qu’elle comportait exactement. La plaignante se rappelait seulement l’avoir laissée entre les mains de Mme Payette, décédée depuis. Mais voilà que vendredi, le procureur de la Couronne Michel Bérubé trouvait dans ses courriels un message du fils de Lise Payette lui disant qu’il avait trouvé des copies de la lettre dans les affaires de sa mère.

« Je vous donne ma parole, cette histoire n’est pas fondée », peut-on lire dans le document où il est précisé que la « missive » a « été écrite sans aucune contrainte ».

Avisé de ce nouveau développement lundi, le juge Stéphane Poulin a accepté de repousser la présentation de la preuve de la défense afin d’analyser d’abord le document. La présumée victime a donc de nouveau été interrogée sur le contenu de la lettre.

En après-midi, l’avocate de Michel Venne, Me Lida Sara Nouraie a voulu savoir comment elle avait pu signer une telle lettre et ensuite porter plainte contre son client. « C’est ce que j’ai signé, mais je me sentais extrêmement intimidée, extrêmement choquée », a affirmé la plaignante en répétant que Lise Payette lui avait dicté chacune des phrases à écrire dans la lettre.

« Extrêmement choquée »

Après plus d’une semaine de procès, on ignore toutefois pourquoi Mme Payette est intervenue dans cette affaire et quelle était la nature de sa relation avec Michel Venne. La semaine dernière, la victime a affirmé dans son témoignage que Lise Payette l’avait décrit comme son « ami » lors de leur discussion de 2015.

Toutefois, dans l’enregistrement qu’elle a fait de sa seconde conversation avec Mme Payette en 2017, l’ancienne ministre avance plutôt qu’elle le connaissait à peine.

Lise Payette a été chroniqueuse au Devoir de 2007 à 2016, alors que Michel Venne y a œuvré entre 1990 et 2006. L’ex-directeur de l’Institut du Nouveau Monde est accusé d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle pour des gestes commis en 2008. Étant donné que la présumée victime était alors mineure, son anonymat est protégé par une ordonnance de non-publication.

L’intégrale de la lettre

Montréal, 3 décembre 2015,

 

Bonjour,

 

J’ai eu vent qu’une rumeur circule à l’endroit de Michel Venne. Je suis extrêmement navrée d’apprendre que celle-ci ait pu vous porter préjudice. Je sais que ce ragot me concerne. C’est pourquoi il me semble important de rectifier les faits dès maintenant avant d’engendrer quelques dommages collatéraux irréparables.

 

Je vous donne ma parole. Cette histoire n’est pas fondée.

 

Je tenais à vous écrire ces quelques mots, car je ne voudrais pas détruite une famille inutilement.

 

Veuillez prendre note que cette missive est écrite sans aucune contrainte



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