Pêche à la baleine - Le lobby baleinier revient en force

Sorrente — La réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI), qui s'est ouverte hier en Italie, accueille six nouveaux membres qui devraient modifier le rapport de force, au sein de la nouvelle assemblée, en faveur des pays partisans d'une reprise de la pêche.

Mais dans l'hypothèse où les pays baleiniers parviendraient à ravir la majorité, il est toutefois très peu probable qu'ils puissent lever le moratoire sur la pêche baleinière commerciale en vigueur depuis 1986, puisqu'il leur faudrait une majorité qualifiée de 75 % des 57 pays membres de la Commission.

Parmi les nouveaux venus, la Mauritanie, les îles Tuvalu, la Côte-d'Ivoire et le Surinam devraient se ranger aux côtés des pays baleiniers.

Des écologistes accusent ces derniers, au premier rang desquels se trouve le Japon, d'avoir acheté le vote de ces nouveaux membres.

«Certains des pays en voie de développement les plus pauvres sont utilisés pour voter en faveur de la pêche à la baleine», estime un responsable de Greenpeace, John Frizell. «Il est évident que c'est une affaire d'argent.»

Le Japon, qui voulait faire adopter par l'assemblée le vote à bulletin secret, a essuyé hier un premier échec. Cette motion a été rejetée par 29 voix contre 24, ce qui indique qu'il n'est pas acquis que la nouvelle assemblée penchera en faveur du lobby baleinier.

La Belgique et la Hongrie, deux des six nouveaux membres, devraient en effet voter avec les «antipêche» durant cette réunion annuelle, qui se tient jusqu'à jeudi à Sorrente, dans le sud de l'Italie.

Un abattage «cruel»

Le Japon, qui considère la pêche à la baleine comme une tradition respectable et la viande de baleine comme un mets délicat, est le chef de file des pays baleiniers qui combattent le moratoire. Cette mesure devait à l'époque permettre de sauver des espèces en voie d'extinction telles que la baleine bleue.

Soutenu par d'autres pays baleiniers tels que la Norvège et l'Islande, le Japon estime que plusieurs espèces ont suffisamment proliféré pour pouvoir être pêchées à nouveau.

«Nous sommes perplexes de voir qu'une baleine, qui consomme trois à quatre fois son propre poids, continue d'être considérée comme une ressource qui ne doit pas être touchée par l'homme, à une époque où les nations du monde font tout leur possible pour trouver de la nourriture pour leur peuple» a affirmé le représentant du Surinam, affichant ainsi son soutien au Japon.

Une étude dévoilée hier, à l'ouverture de la réunion, vient contredire ces arguments. Selon le rapport coordonné par Daniel Pauly, de l'université de la Colombie-Britannique, au Canada, les baleines ne chassent pas les mêmes organismes et ne le font pas dans les mêmes zones que les humains et elles ne portent donc pas atteinte aux ressources halieutiques.

Blocage

Si le lobby baleinier s'empare de la majorité à la CBI, qui lui échappe depuis une vingtaine d'années, il pourra, à défaut de faire lever le moratoire de 1986, bloquer toute nouvelle résolution, notamment celle proposée par la Nouvelle-Zélande, qui s'inquiète des conditions d'abattage des baleines.

Cette résolution est soutenue par de nombreuses organisations de défense des droits des animaux, qui considèrent que cette pêche est cruelle.

Les images de harponnage de baleines ont provoqué l'émotion dans le monde entier, et des militants de la lutte contre la pêche baleinière exigent son interdiction totale, estimant qu'il n'y a aucune manière humaine de tuer les cétacés, considérés par beaucoup comme des animaux à la fois intelligents et sensibles.

La CBI a été créée en 1946 pour surveiller la chasse baleinière et éviter notamment l'extinction des cétacés.