Voyager à l'étranger - Les valeurs culturelles, des frontières plus étanches que tout

Les mesures de sécurité dans les aéroports ont été passablement augmentées dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.
Photo: Agence Reuters Les mesures de sécurité dans les aéroports ont été passablement augmentées dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

On a beau vivre dans un monde globalisé, aux frontières de plus en plus souples et perméables aux échanges, bourlinguer à travers le monde comporte des risques et appelle certaines précautions. Surtout en cette époque de méfiance planétaire. Et si, de tout temps, les penseurs ont livré des leçons de tolérance à l'égard de la différence, tel Montesquieu dans ses Lettres persanes, voyager entraîne souvent la contorsion de nos valeurs profondes.

En Irak, où le tourisme reprend tranquillement, une femme de nationalité canadienne, mariée à un Irakien, doit avoir l'autorisation de son mari pour quitter le pays. Toute femme étrangère âgée de moins de 45 ans doit d'ailleurs être accompagnée d'un homme pour aller et venir sur le territoire.

«Le premier principe quand on voyage, c'est de respecter les valeurs du pays qu'on visite», commente Meissoon Azzaria, fille d'un Iraquien et ex-participante de la Course Destination Monde. Elle a visité plusieurs pays du Moyen-Orient et avoue qu'elle ne voyagerait pas seule au pays de son père.

«Il n'y a rien de nouveau là-dedans et l'Irak n'est pas le seul pays [avec de telles exigences]», affirme Reynald Doiron, du ministère canadien des Affaires étrangères (MAE), qui précise que les croyances religieuses, les comportements sociaux et les lois qui en découlent constituent un autre genre de frontières. «Mais l'islam est aussi complexe que la chrétienté, insiste-t-il. Il y a des pays libéraux et d'autres extrêmement conservateurs.»

Mine d'information

Ce genre de renseignement figure sur le site Internet des conseils aux voyageurs (www.voyage.gc.ca) du MAE, véritable mine d'information sur les pays à visiter, leurs moeurs se reflétant dans les avis et contre-indications donnés. Et, en cette période de vacances, l'heure est aux avis destinés aux voyageurs. «C'est aussi important de connaître les risques que présente une région que de s'assurer d'avoir des chèques de voyage et un passeport en règle», fait-il valoir.

Le portail fédéral compte des fiches descriptives et prescriptives sur plus de 225 pays du monde. Mises à jour quotidiennement, elles relèvent tout ce qui pourrait affecter le séjour du Canadien en vacances ou du travailleur déraciné. Le gouvernement recommande ainsi à ses citoyens d'éviter une cinquantaine de pays (ou d'en sortir s'ils s'y trouvent déjà), à cause de la menace d'attentat ou des guerres intestines qui s'y livrent. Collé à l'actualité, le site souligne le tout récent référendum en Bolivie, en marge duquel pouvaient survenir des manifestations violentes, ou encore les inondations en Inde, au Népal et au Bangladesh, où «le pire reste encore à venir». Il ne s'agit donc pas toujours de menace à la sécurité et à l'intégrité des visiteurs.

Une fiche spécifique porte sur les Jeux olympiques qui s'ouvriront à Athènes le mois prochain. Un avis daté du 2 juillet, «en vigueur jusqu'à la fin des paralympiques à la mi-septembre», précise M. Doiron, rappelle aux Canadiens que, «dans la conjoncture mondiale, tout événement international d'envergure peut être la cible d'attaques terroristes. [...] Il se peut qu'il y ait des manifestations durant les Jeux et que certaines dégénèrent.» La menace terroriste teinte bien sûr les fiches d'un grand nombre de pays. Un avertissement d'intention générale, mis à jour en avril dernier, est toujours en vigueur.

Pas aussi loin que les Américains

Mais «on ne va pas aussi loin que les Américains, indique le fonctionnaire. On ne saute pas trop vite aux conclusions. Dans un pays où il y a un risque élevé d'attentat, on ne dit pas que les Canadiens sont spécifiquement visés.» La règle d'or consiste à rester vigilant et à éviter les lieux bondés et très fréquentés par les Occidentaux. «Rappelez-vous Bali en 2002...», évoque-t-il.

Essentiellement, le ministère rédige ces conseils à partir de quatre sources distinctes. «La première, ce sont les rapports de nos missions à l'étranger», relève M. Doiron. Ambassades et consulats canadiens font état des diverses conditions imposées (visa et autres exigences) par les pays, ainsi que de leurs particularités culturelles, météorologiques et législatives, qui peuvent passablement varier dans un rayon de quelques centaines de kilomètres. «Les femmes n'ont pas le droit de conduire en Arabie Saoudite, alors qu'au Koweït, pays voisin, elles peuvent le faire», compare le fonctionnaire.

Les gouvernements étrangers ayant une approche comparable à la nôtre en matière d'avis à donner aux voyageurs constituent la seconde source de référence. Le MAE peut aussi obtenir des indications supplémentaires de la part d'organisations internationales telles que l'OCDE, les Nations unies ou Médecins sans frontières. Enfin, la dernière source et non la moindre: «les voyageurs canadiens qui connaissent des problèmes et nous en parlent», affirme le fonctionnaire fédéral.

Pour l'année terminée le 31 mars dernier, le site, qui compte 10 000 abonnés, a reçu 2,3 millions de visiteurs, soit 6300 internautes quotidiennement. Une augmentation de l'achalandage de 10,5 % par rapport à l'année précédente. Les fiches les plus consultées sont celles des États-Unis, des Caraïbes (Cuba et République dominicaine) et des pays d'Europe. Inutile de dire que l'Afrique, continent oublié, ne figure pas au palmarès. «On en apprend énormément sur la planète et les êtres qui l'habitent, note M. Doiron.

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Saviez-vous que...?
- Les autorités d'un pays étranger peuvent refuser l'entrée à un parent voyageant seul avec ses enfants s'il n'a pas une permission écrite de l'autre parent. «Les mesures de sécurité se sont resserrées depuis le 11 septembre 2001», explique Me Jean-Philippe Brunet, spécialiste du droit de l'immigration chez Ogilvy Renault. En conséquence, la législation s'applique de manière plus stricte. Il faut donc plus que jamais s'y plier quand on voyage sans le deuxième parent biologique ou avec l'enfant d'un autre. Dans ces cas, la loi requiert que l'adulte ait en sa possession une déclaration écrite, devant notaire, avocat ou simple témoin, incluant le nom et la date de naissance de l'enfant, le nom et la date de naissance des deux parents, les détails du voyage (dates, destinations, modes de transport) et la confirmation de «non-objection» au voyage.
- Il y a quelques jours, l'Agence des services frontaliers du Canada a diffusé ses conseils pour passer la frontière, rappelant qu'une pièce d'identité valide avec photo peut être exigée (à défaut du passeport) pour rentrer au pays. Une règle qui a toujours été en vigueur, mais qu'on applique, semble-t-il, plus systématiquement.
- Être ivre en public est passible de poursuites criminelles dans les Caraïbes.
- Avec la tolérance zéro de M. Bush frère, fumer un joint dans un bar de la Floride est passible d'emprisonnement et de poursuites criminelles.
- En Asie du Sud-Est, des écriteaux placés à l'entrée des lieux à caractère religieux demandent aux femmes de s'abstenir d'y pénétrer si elles ont leurs règles.