La plaignante témoigne au procès de Michel Venne pour agression sexuelle

L’ancien journaliste et ex-directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM) Michel Venne
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir L’ancien journaliste et ex-directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM) Michel Venne

Le procès de l’ancien journaliste Michel Venne pour agression sexuelle a débuté lundi au palais de justice de Québec.

L’ancien directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM) est accusé d’avoir agressé sexuellement une jeune femme de 17 ans à l’été 2008. En raison de l’âge de la plaignante à l’époque, son identité doit rester confidentielle.

Lors de son témoignage, lundi, la jeune femme a relaté que Michel Venne lui avait fait des attouchements à deux reprises en marge d’activités de l’INM. Ces incidents seraient survenus dans un taxi et à l’entrée de son hôtel. Elle a raconté qu’à l’époque, elle ignorait que cela constituait une agression qui pourrait faire l’objet d’une plainte.

C’est dans la foulée du mouvement  « Agressions non dénoncées » en 2014 que l’idée d’en parler publiquement a fait son chemin, a-t-elle expliqué.

Intervention de Lise Payette

Une partie du témoignage de la plaignante a par ailleurs été consacrée aux échanges qu’elle a eus sur son agression, avec l’ancienne ministre et animatrice Lise Payette.

Mme Payette, a-t-elle raconté, l’avait invitée par courriel à la visiter en 2015 dans son appartement de L’Île-des-Sœurs.

L’ancienne animatrice lui a alors dit qu’elle « avait fait du tort à un de [ses] amis » et l’a invitée à écrire une lettre à Michel Venne et sa famille pour s’excuser. Se disant « intimidée » par une femme qu’elle admirait, la jeune femme a accepté.

Mais trois ans plus tard, elle regrette cette décision et décide de rappeler Mme Payette pour lui en parler, une conversation qu’elle enregistre et que le procureur Michel Bérubé a diffusée lors du procès de M. Venne lundi matin.

Cet enregistrement a fait l’objet de longs échanges entre les avocats lundi. Tout en acceptant que son contenu soit rendu public, le juge Stéphane Poulin a rappelé que le tribunal n’avait pas encore établi qu’il s’agissait d’une preuve admissible.

Dans l’enregistrement, Mme Payette conseille à la victime, de nouveau, d’oublier ce qui s’est passé avec l’accusé en 2008. « Au lieu de t’aider, ça va te nuire. Moi, je laisserais passer ça, tout simplement. Quand tu seras un peu plus vieille, tu écriras un livre là-dessus », a déclaré l’ancienne ministre décédée en 2018.

Or à cette occasion, Mme Payette affirme qu’elle n’est pas proche de Michel Venne. « Ça n’a jamais été mon ami », l’entend-on dire.

L’ancienne animatrice de télévision dit aussi à la plaignante que Michel Venne a remis la lettre qu’elle avait signée au conseil d’administration du Devoir parce qu’il convoitait à l’époque un poste de direction au sein du journal. « La lettre, il s’en est servi parce qu’il pensait que ça l’aiderait à avoir le poste qu’il voulait avoir », dit-elle.

Mme Payette affirme également dans la conversation que c’est à cause de cette intervention que la direction du journal lui a retiré sa chronique à l’époque. « J’ai été mise à la porte du Devoir à cause de ça. »

Lundi, la direction du Devoir n’a pas voulu faire de commentaires à ce sujet. En 2016, Mme Payette était revenue sur les circonstances de son départ du Devoir lors d’une série d’entrevues sur un livre à paraître. La direction avait alors affirmé dans un communiqué que « des visions irréconciliables sur les critères de rigueur associés à la publication de chroniques » expliquaient son départ.

Début du contre-interrogatoire

Lundi après-midi, c’était au tour de la défense d’interroger la jeune femme. L’avocate Lida Sara Nouraie a notamment avancé que, contrairement à ce que la plaignante avait dit, elle et Michel Venne se connaissaient avant 2008, puisqu’ils s’étaient déjà envoyé des courriels en 2006, dont elle avait copie. « Je n’avais pas de souvenir de ça », a concédé la jeune femme. « Visiblement je me suis trompée. »

Me Nouraie lui a également demandé si elle avait l’habitude de « faire la bise » à ses collègues en 2008, ou encore si elle avait l’habitude de tutoyer Michel Venne. Elle a en outre suggéré que l’attouchement dans le taxi ait pu être « accidentel ». « Je ne pense pas. J’y vais par déduction, a répondu la plaignante. « Quelqu’un qui met sa main sur la cuisse près du vagin, [ce n’est] pas par hasard. »

Le contre-interrogatoire de la défense doit se poursuivre mardi et pourrait se prolonger jusqu’au milieu de la semaine.

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