Le rapport d’enquête sur la mort de Marylène Levesque divise

Pour l’une des amies de Marylène Levesque, c’est «une honte» que les personnes qui ont autorisé le tueur à être remis en liberté et à fréquenter des salons de massages érotiques n’aient pas été «sanctionnées».
Photo: Facebook Pour l’une des amies de Marylène Levesque, c’est «une honte» que les personnes qui ont autorisé le tueur à être remis en liberté et à fréquenter des salons de massages érotiques n’aient pas été «sanctionnées».

Bien accueilli par la mère de la victime, le rapport d’enquête sur les circonstances de la mort de Marylène Levesque est jugé trop clément par d’autres. Pour l’amie de Marylène Levesque, c’est « une honte » que les personnes qui ont autorisé le tueur à être remis en liberté et à fréquenter des salons de massages érotiques n’aient pas été « sanctionnées ». Elle ajoute que les décisions de la Commission des libérations conditionnelles dans le dossier d’Eustachio Gallese sont « banalisées » et risquent d’être « répétées ».

Jeudi, un comité d’enquête rendait public son rapport sur les circonstances qui ont mené Eustachio Gallese — un détenu en libération conditionnelle — à assassiner Marylène Levesque le 22 janvier 2020. Ce comité spécial était composé de représentants de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) et du Service correctionnel canadien (SCC).

Le rapport critique le travail du personnel de la maison de transition où M. Gallese était hébergé pendant sa libération (la Maison Painchaud) et recommande que les contrats de surveillance de ce type de centres leur soient retirés.

Former les agents correctionnels

Le rapport recommande par ailleurs au Service correctionnel de faire en sorte que les agents de libération conditionnelle aient désormais accès à une « formation spécifique » sur la violenceconjugale. Il n’adresse toutefois aucune recommandation à la Commission des libérations conditionnelles. Tout au plus note-t-il que la décision écrite de la Commission, à la suite de l’audience pendant laquelle on avait interdit verbalement à Gallese de fréquenter un salon de massage pour fins sexuelles, « pouvait porter à confusion », car « elle ne reflétait pas l’intégralité de ce qui avait été souligné par les commissaires à l’audience ».

Eustachio Gallese avait rencontré Mme Levesque grâce à une permission obtenue au printemps précédent de fréquenter des « établissements de massages érotiques ». Cette permission, donnée par son agente de libération conditionnelle, lui avait été retirée par la Commission des libérations conditionnelles en septembre 2019. À son procès, en février 2020, il avait reconnu avoir fait fi de cette interdiction.

Mesures appropriées, selon la mère

L’Association des familles de personnes assassinées trouve, elle aussi, que la CLCC s’en tire à bon compte. « Je trouve ça insultant », a déclaré sa directrice, Nancy Roy, qui estime que la Commission devrait renforcer son expertise en psychiatrie et en criminologie. « Ça déresponsabilise la Commission. »

La mère de la victime, Karyne Levesque, a quant à elle bien accueilli le rapport. « Ma cliente l’accueille favorablement. Ça ne ramènera jamais à la vie sa fille, par contre, le rapport d’enquête a quand même ciblé des fautes qui étaient évidentes », a déclaréson avocat, Me Dominic Bouchard.« On a reconnu ce qui était une mesure inappropriée dans le cadre d’une remise en liberté. »

La mère de la jeune femme se réjouit, en outre, de la décision de resserrer la surveillance de ceux qui sont accueillis dans les résidences pour personnes en libération conditionnelle.

Ça ne ramènera jamais à la vie sa fille, par contre, le rapport d’enquête a quand même ciblé des fautes qui étaient évidentes

 

Questionné sur l’absence de reproches à l’endroit de la CLCC dans le rapport, Me Bouchard a dit ne pas pouvoir se prononcer sur certains aspects du dossier en raison de l’entente de dédommagement conclue de gré à gré en septembre entre la famille et le gouvernement fédéral.

Dès l’an dernier, on a retiré la surveillance de délinquants aux employés du SCC directement impliqués dans le dossier Gallese. Maintenant que le comité d’enquête a remis son rapport, la commissaire du SCC, Anne Kelley, a lancé des enquêtes disciplinaires. « Ça va nous permettre de déterminer si d’autres mesures […] sont requises », a déclaré Mme Kelley lors d’un point de presse jeudi matin pour commenter la publication du rapport. Mme Kelley n’a pas dit combien de ses employés font l’objet d’une enquête.

Avec La Presse canadienne

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