Finie la surveillance des délinquants par les maisons de transition

Marylène Lévesque a été tuée à coups de couteau, le 22 janvier, par Eustachio Gallese, dans une chambre de motel de Québec.
Photo: Facebook Marylène Lévesque a été tuée à coups de couteau, le 22 janvier, par Eustachio Gallese, dans une chambre de motel de Québec.

La surveillance de quelque 155 délinquants en semi-liberté au Québec sera retirée aux centres où ils habitent.

C’est le meurtre de Marylène Levesque, il y a un an, qui conduit le Service correctionnel du Canada (SCC) à retirer les contrats de surveillance aux Centres résidentiels communautaires comme la Maison Painchaud où habitait Eustachio Gallese au moment de son crime.

Un comité d’enquête sur ce drame a publié son rapport jeudi matin, presque un an après la mort de la jeune femme.

Le 22 janvier 2020, Eustachio Gallese, en semi-liberté, a tué Marylène Levesque, une femme qu’il a rencontrée grâce à une permission obtenue au printemps précédent de fréquenter des « établissements de massages érotiques ». Cette permission, donnée par son agente de libération conditionnelle, lui avait été retirée par la Commission des libérations conditionnelles en septembre 2019.

À son procès, en février 2020, Gallese a reconnu avoir fait fi de cette interdiction. Il a plaidé coupable aux accusations de meurtre au premier degré.

Le comité fait une série de recommandations au Service correctionnel. Il a constaté des lacunes dans la gestion du cas et la surveillance de Gallese.

« Considérant les difficultés de communication entre les organismes concernés, de la complexité de la hiérarchie dans la prise de décision et de la disparité des exigences de formation, le comité d’enquête est d’avis que la surveillance du délinquant ne répondait pas aux attentes minimales d’une gestion de cas adéquate », peut-on lire dans le rapport.

C’est ce qui conduit à la recommandation de retirer cette responsabilité à la Maison Painchaud, ce que le SCC fera dès le 31 mars. Le SCC examinera les contrats qui le lient à sept autres centres résidentiels semblables et reprendra toute la responsabilité de la surveillance.

Dans un courriel, la directrice de la Maison Painchaud, Isabelle Verge, dit prendre acte des constats du rapport. Elle s’engage à les étudier « rigoureusement ». « Nous sommes engagés à poursuivre notre mission de favoriser la réinsertion sociale des contrevenants tout en assurant la protection de la société », écrit-elle.

Des quelque 2000 délinquants en semi-liberté, environ 155 sont surveillés par des organismes partenaires des autorités fédérales, un arrangement qui n’existe qu’au Québec et qui cessera.

Cette affaire avait soulevé toute une tempête politique à Ottawa. Les partis d’opposition ont réclamé des comptes à la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Or, le comité d’enquête ne reproche rien à la commission.

Tout au plus, note-t-il que la décision écrite de la commission, suite à l’audience pendant laquelle on avait interdit verbalement à Gallese de fréquenter un salon de massage pour fins sexuelles, « pouvait porter à confusion », car « elle ne reflétait pas l’intégralité de ce qui avait été souligné par les commissaires à l’audience ».

Le rapport n’adresse aucune recommandation à la Commission des libérations conditionnelles.

Que s’est-il passé ?

Le comité d’enquête écrit dans son rapport « qu’une série de facteurs se sont enchaînés » et « ont contribué directement » au drame.

Parmi ces facteurs :

  • la fréquentation par Gallese d’un salon de massage pour fins sexuelles à plus d’une occasion, dont trois autorisées par son équipe de gestion de cas :
  • l’absence de vérification des déplacements de Gallese ;
  • les difficultés de communication entre les intervenants de la Maison Painchaud et l’équipe de gestion du SCC « tout au long de sa surveillance dans la collectivité ».

Le comité d’enquête en arrive à cette conclusion : « Les lacunes présentes au niveau de la surveillance de ce cas ont contribué à l’incident. »

Des punitions à venir ?

Dès l’an dernier, on a retiré la surveillance de délinquants aux employés du SCC directement impliqués dans le dossier Gallese. Maintenant que le comité d’enquête a remis son rapport, la commissaire du SCC, Anne Kelley, a lancé des enquêtes disciplinaires.

« Ça va nous permettre de déterminer si d’autres mesures […] sont requises », a offert Mme Kelley lors d’un point de presse jeudi matin pour commenter la publication du rapport. Mme Kelley n’a pas dit combien de ses employés font l’objet d’une enquête.