Finalement, Dieudonné n'est «pas raciste», s'amende le B'nai Brith

L’humoriste Dieudonné
Photo: Jacques Nadeau L’humoriste Dieudonné

Le calme après la tempête. Le spectacle de Dieudonné présenté dans le cadre du Festival Juste pour rire n'est finalement «pas raciste», a commenté hier l'organisme de défense des droits des juifs, B'nai Brith. Mais la réaction favorable du public aux blagues visant Israël et la communauté juive laisse toutefois un «goût amer» au groupe de pression, qui n'envisage pas d'intenter de poursuites contre l'artiste, préférant plutôt signer dans les prochains jours une lettre ouverte envoyée aux journaux pour dénoncer l'humoriste français, a-t-il expliqué.

Au lendemain de la première représentation à Montréal du spectacle Mes excuses, de Dieudonné, le B'nai Brith reconnaît à mots voilés avoir sans doute crié au loup un peu trop vite en début de semaine dernière. «Je ne pense pas qu'il y ait eu de la diffamation, a expliqué au Devoir le porte-parole du B'nai Brith, Steven Slimovitch, qui a assisté samedi soir à la première au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), mais j'ai trouvé le spectacle de mauvais goût. Finalement, il a insulté tout le monde. Et je ne crois pas que ce type d'humour devrait avoir d'espaces de diffusion au Canada.»

Fustigé par plusieurs groupes de défense des intérêts de la communauté juive, dont le B'nai Brith, à son arrivée à Montréal, Dieudonné a été placé sous surveillance par ces organismes, qui attendaient d'ailleurs la première des six représentations afin de vérifier si des propos racistes ou antisémites y étaient tenus. Le cas échéant, des poursuites auraient pu être intentées, avaient-ils prévenu une semaine avant l'entrée sur scène de l'humoriste franco-camerounais.

En marge, le B'nai Brith a également interpellé les organisateurs du Festival Juste pour rire pour leur faire part des «inquiétudes de la communauté juive concernant les représentations prévues». L'association juive se demandait alors si nous avions «vraiment besoin d'importer l'antisémitisme français au Canada».

Au coeur de ses craintes: une série de procès intentés contre l'artiste en France pour diffamation et incitation à la haine raciale, après la diffusion en décembre d'un sketch sur les ondes de France 3, le Radio-Canada des Français: 17 au total, qui tous, sauf un toujours en cours, se sont conclus en dernière instance en faveur de Dieudonné. Quant à la polémique soulevée par ce passage à la télévision, elle se retrouve désormais à la base du presque one-man-show de l'humoriste.

Un spectacle montréalais plus loin, les esprits et les attaques semblent donc s'être calmés. «Des moyens légaux ne sont pas envisagés aujourd'hui, a poursuivi M. Slimovitch. Mais je maintiens que ce n'est pas en riant des religions et des races que l'on va aider nos concitoyens à se rapprocher. Une chose me rend également mal à l'aise, c'est que les gens ont aimé ça.»

Vrai. Car si le B'nai Brith n'a guère de plaisir à s'exposer aux répliques cinglantes et au cynisme engagé ou dévastateur de Dieudonné, le public rassemblé au TNM samedi en a par contre visiblement eu beaucoup. Accueil chaleureux, applaudissements complices accompagnant les références à la polémique et à l'emportement ou à la frilosité de la communauté juive, l'homme a fait salle comble dans le calme et sans mesure de sécurité particulière... autre que celle enchâssée, pour rire, dans ce plaidoyer contre la censure et la pensée unique.

Invité à commenter la polémique mercredi dernier, lors d'une conférence de presse, Gilbert Rozon, le père du Festival Juste pour rire, avait simplement trouvé étrange que des personnes jugeant que Dieudonné est raciste lui fassent autant de publicité. Sans aucun doute, la campagne de promotion involontaire orchestrée par le B'nai Brith a été d'une efficacité tout aussi redoutable que les flèches que l'humoriste engagé a lancées à l'endroit de la communauté qui préférerait le voir se taire.
4 commentaires
  • Laure Gardenelle - Inscrite 19 juillet 2004 12 h 10

    Le « Goy » : coupable d'office ?

    Je tiens le racisme pour une forme de déficience intellectuelle.

    Sauf que...

    À crier à l'antisémitisme pour un oui, un non ou un fruit qui tombe de l'arbre (quitte à présenter des excuses ensuite: mais le mal est toujours commis sans réserve au préalable, sinon avec contentement), je ne parviens plus à considérer les organismes tels que le «B'nai Brith» ou le «Congrès juif of Canada» (ainsi que leurs thuriféraires dont ont lit constamment la prose dans les médias de tous horizons) comme étant des organismes intellectuellement ou politiquement crédibles.

    Et si on ne fera jamais de moi une raciste (et bien entre nous, cela dit en passant, je n'oserais jamais tenir ni même penser des propos que des relations juives personnelles tiennent, sans complexe aucun, au sujet d'un bon nombre de «goys»*), les représentants les plus ostentatoires de la communauté juive sont décidément en bonne voie, à tout le moins, de me transformer en parfaite «indifférente» à leur sort.

    Je suis consternée, jour après jour, année après année, de constater que l'un des plus grands ennemis de la communauté hébraïque - peut-être même le plus féroce de tous - réside au sein de ses plus tenaces «défenseurs».

    Il me semble qu'un peu d'intelligence vous éviterait de vous tirer ainsi, et continuellement, dans le pied. Mais voilà hélas! un appel à la réflexion qui manifestement ne rejoint pas des oreilles bien réceptives.

    Ça commence à ressembler à de la délectation morose, ne trouvez-vous pas...?


    * Le Goy : le « non-juif » ! Non mais... imagine-t-on un instant le tapage à travers le Canada si les Québécois, par exemple, «divisaient» le monde (que dis-je: l'univers!) entre «eux» et les «non»-Québécois... Un peuple de xénophobes, et d'antisémites au premier chef assurément, que ces «Français d'Amérique». On s'en doutait bien un peu, hein... Jusqu'où ira donc le ridicule, je vous le demande?

    Quelques textes récents dans le prolongement de l'« affaire Dieudonné M'Bala » :

    http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/7-17.html#tlj, http://ledevoir.com/2004/07/19/59367.html et http://www.cyberpresse.ca/arts/article/1,144,6305,072004,738974.shtml

  • Yanic Litalien - Inscrit 19 juillet 2004 13 h 16

    B'nai Brith et humour

    "Je ne crois pas que ce type d'humour devrait avoir d'espaces de diffusion au Canada"

    ... Le B'nai Brith préfère sans doute défendre l'humour israélien: La loi qui empêche désormais les Palestiniens mariés à des Arabes israéliens d'obtenir la citoyenneté israélienne, une loi raciste qui porte atteinte aux droits de l'homme, voté l'année dernière par la Knesset pour une periode d'un an, s'est vu hier prolongée de 6 mois.

    Le B'nai Brith qui avait dit recevoir une réponse "irresponsable" des organisateurs du festival (www.bnaibrith.ca/press/2004/pr-040712-38.html) ne dénoncerons surement pas cette dernière loi d'un gouvernement qu'ils appuient aveuglément. Et ensuite ils viendront nous dire (le B'nai Brith) de qui ou quoi nous devrions et ne devrions pas rire.

  • FARID KODSI - Inscrit 19 juillet 2004 21 h 04

    Entre le rire et les principes

    Il ne faut tout de même pas mélanger rire et principes. Lorsque le fait de vouloir faire rire va à l'encontre de certains principes sociaux et fondements religieux, c'est là où il y a dérapage.

    Et, dans ce sens, les artistes, les humoristes et les comédiens voguent continuellement dans cette zone de dérapage pour mousser leur popularité, une zone où ces promoteurs de la marginalité pensent que tout leur est permis en bafouant les principes d'autrui et en identifiant l'évolution selon leur propre marginalité, laquelle mène souvent à la décadence et au manque de respect à l'égard de la tradition culturelle et religieuse de bien des familles.

    Dans de tels cas, c'est tout simplement contraire à une saine liberté d'expression qu'il y ait rire ou pas.

    Malgré tout, les gens veulent rire pour rire sans jamais savoir pourquoi ils rient. C'est dire que le rire est aussi contagieux que le fait de bâiller.

  • Yanic Litalien - Inscrit 20 juillet 2004 15 h 52

    B'bai Brith et humour 2

    Tiens, et j'y pense... lors de la prochaine visite de Netanyahou à Montréal, pourquoi ne pas envoyer un observateur Arabe pour vérifier le contenu du discours de ce dernier afin de s'assurer qu'il n'y aura aucun propos haineux.

    Entre les deux humoristes, je préfère Dieudonné. Le premier ne fait pas rire.