L'UQAM souhaite mieux soutenir les étudiants autochtones

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
Depuis 2017, l'UQAM a mis en œuvre plusieurs mesures destinées aux étudiants issus des Premières Nations afin de faciliter leur intégration et leur cheminement scolaire. 
Illustration: Delphine Bérubé Depuis 2017, l'UQAM a mis en œuvre plusieurs mesures destinées aux étudiants issus des Premières Nations afin de faciliter leur intégration et leur cheminement scolaire. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Dans le but de faciliter l’intégration et le cheminement de ses étudiants autochtones, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) met sur pied plusieurs initiatives afin d’assurer un meilleur vivre-ensemble.

Création d’un « safe space », embauche d’une conseillère à l’intégration, reconnaissance des acquis en vue d’une admission, places réservées aux Autochtones : l’UQAM a élaboré plusieurs mesures depuis la publication d’un rapport paru en 2017. Le document avait comme conclusion que l’établissement universitaire ne disposait alors toujours pas d’un service de soutien adapté pour les étudiants issus des Premières Nations.

« Il y a beaucoup de ces recommandations qui ont été appliquées, constate le coauteur du rapport, Laurent Jérôme, anthropologue, professeur au Département des sciences des religions et responsable du programme d’études autochtones à l’UQAM. Évidemment, ça ne peut pas être qu’une seule mesure. C’est l’ensemble des mesures qui vont permettre de donner ou de redonner une place aux étudiants au sein de l’institution. »

Selon lui, la mise sur pied d’un « safe space », qui consiste en un local à l’université, a aidé les étudiants autochtones à se réunir régulièrement et à créer des liens sociaux.

« C’est certain qu’en allant à ce local, ça a donné un coup de main », croit pour sa part l’étudiant au baccalauréat en droit d’origine innue Pierre-Simon Cleary. D’après celui qui fait parallèlement une maîtrise en études du religieux contemporain à l’Université de Sherbrooke, cet espace a évité à plusieurs de décrocher avant d’avoir terminé leur diplôme.

S’identifier pour plus de fierté

L’UQAM a également pris l’initiative d’encourager ses étudiants issus des Premières Nations à s’identifier comme tels. « Cela permet de donner une forme de confiance aux étudiants autochtones et qu’ils sentent que l’on prend en considération leur appartenance identitaire », souligne M. Jérôme.

Une conseillère à l’accueil et à l’intégration des étudiants autochtones a aussi été embauchée par l’université. Son rôle est d’informer, d’écouter et d’accompagner ceux qui éprouvent des difficultés durant leur parcours. Elle organise des activités sociales et culturelles dans le but de permettre aux étudiants de briser l’isolement en créant un réseau.

Afin de faciliter l’admission de ceux qui ont un parcours atypique, le Département des sciences juridiques de l’université octroie chaque année quatre places au baccalauréat en droit à des étudiants d’origine autochtone.

L’UQAM travaille d’ailleurs à tenir compte des compétences des étudiants autochtones acquises en marge du réseau scolaire. « Des étudiants qui n’ont pas forcément obtenu un baccalauréat mais qui ont travaillé dans des organisations autochtones depuis des années pourraient essayer de faire valoir leur expérience dans le cadre d’une admission à la maîtrise », illustre M. Jérôme.

Des profils et des défis diversifiés

Si les Autochtones qui viennent étudier à l’UQAM ont différents bagages, M. Jérôme souligne qu’il est important de tous les considérer. « Avec plusieurs profils, on n’a pas le même type d’obstacles non plus », ajoute-t-il.

Pierre-Simon Cleary a pour sa part observé que les étudiants qui éprouvent le plus de difficultés à s’adapter sont ceux qui proviennent directement d’une communauté autochtone. « Ils vont passer en quelques jours d’une communauté de quelques centaines d’habitants au centre-ville de Montréal », souligne-t-il.

35 %

C’est le pourcentage de la population autochtone qui se déplace dans les grandes villes dans le but d’y poursuivre des études postsecondaires.

S’il était lui-même déjà habitué à la vie urbaine et universitaire, il sait, pour avoir grandi à Mashteuiatsh, à environ 1 h 30 de Chicoutimi, que le « décalage culturel » peut parfois être immense. « [Le fait] de s’intégrer non seulement à la communauté montréalaise, mais en plus à la communauté uqamienne, dans un nouvel horaire, avec de nouveaux défis, c’est là où je pense qu’ils peuvent rencontrer des difficultés », croit-il.

M. Cleary ajoute que la barrière linguistique peut poser un obstacle supplémentaire pour certains. « Le français va être leur deuxième langue. Et en plus de ça, il est assez commun d’avoir des lectures en anglais. Même s’ils le maîtrisent de façon passive, c’est une troisième langue pour eux », souligne-t-il.

D’après des chiffres de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador, un peu plus de 35 % de la population autochtone se déplace dans les grandes villes dans le but d’y poursuivre des études postsecondaires. En 2019, l’UQAM recensait 90 étudiants autochtones, selon une porte-parole de l’établissement, Julie Meunier.

Du soutien jusqu’au bout

Selon M. Jérôme, l’UQAM poursuit ses efforts quant à la reconnaissance de la réalité autochtone entre ses murs. Le professeur ajoute qu’un autre rapport déposé en juin dernier a présenté une série de recommandations, dont celle de créer une politique institutionnelle sur les questions liées aux Premières Nations. « Il y a un processus développé actuellement pour arriver à ce qu’une politique institutionnelle puisse être mise en place avec la participation d’acteurs autochtones et de représentants de l’institution », fait-il savoir.

Pour sa part, M. Cleary estime que l’UQAM devrait mieux encadrer l’accueil des nouveaux étudiants des Premières Nations, mais aussi ceux qui terminent leur parcours universitaire. Selon lui, certains peinent à trouver un emploi dans la métropole une fois leur diplôme en main. « Ils ont passé deux ou trois ans en ville, ils se sont créé de nouveaux réseaux. Mais il ne faut pas oublier que, dans ces réseaux-là, c’est souvent d’autres Autochtones », souligne l’étudiant.

« La première chose sur laquelle l’université s’est concentrée, c’est de faire de l’admission et de travailler à les maintenir dans le programme. Je pense que ça a été bien fait et que ça va s’améliorer tranquillement avec le temps. Mais là, il y a la question de comment on les accueille et comment on les soutient jusque sur le marché du travail », conclut-il.